‹ Poésies diverses. Avec une notice biobibliographiqueChapitre 45 sur 52 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

RIEN de plus terrible, rien de plus étonnant que l'histoire de la marquise de Gange. Qui se fût jamais imaginé que deux frères rivaux se pussent assez accorder entre eux pour égorger la femme de leur frère? En vérité, il est des événements qui humilient bien l'humanité, et je crois que celui-ci est du nombre.

Le marquis de Lanide, depuis appelé de Gange, rechercha en mariage mademoiselle de Rossan, veuve du marquis de Castellane, et une des plus charmantes têtes de son siècle. Il l'obtint. Les premiers jours de leur union furent heureux. Quelque temps après, deux frères du marquis de Gange, dont l'un étoit abbé, l'autre militaire, vinrent se joindre à nos deux époux, qui vivoient dans un de leurs châteaux. A peine eurent-ils vu leur belle-sœur, qu'ils en devinrent tous les deux amoureux. Bientôt le mari devint jaloux et la persécuta. L'abbé, intrigant et capable de tout, croyant s'en faire un mérite auprès

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de sa maîtresse, dissipa les soupçons du marquis. Mais tout ce qu'il put faire n'eut point assez de force pour fléchir une femme aussi vertueuse que belle. Il résolut donc de l'assassiner, et exécuta cet horrible projet avec son frère.

Voilà l'affreuse catastrophe dont j'ai fait une épîtrehéroïde. Les mœurs de notre siècle, toutes perverses qu'elles sont, n'empêcheront pas d'en plaindre l'héroïne. La vertu persécutée excite toujours la pitié.

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