‹ Poésies diverses. Avec une notice biobibliographiqueChapitre 49 sur 52 · I. Voilà des vers qui peigneiU bien les terreurs du crime · texte numérisé non relu

I. Voilà des vers qui peigneiU bien les terreurs du crime

(Fk.)

Héroides. i8l

Malheureux maintenant, j'ai droit à ta pitié. »

Mais ce Dieu courroucé, prêt à me mettre en poudre,

Pour réponse à mes vœux me présente la foudre.

Sur la terre aussitôt je tombe plein d'effroi.

Et la terre, en grondant, semble s'ouvrir sous moi.

Je me lève égaré... des spectres m'environnent;

J'erre, je fuis, j'entends des accents qui m'étonnent ;

Je m'arrête, j'écoute... et soudain Bélidor

Me découvre son sein de sang tout rouge encor ;

Il me montre en pleurant sa blessure mortelle :

« Vois l'ouvrage, dit-il, de ta main criminelle ;

Mon amitié, tes jours que mon bras défendit,

Tant de dons que sur toi ma bonté répandit,

Regarde, ils ont produit cette reconnoissance :

Tremble, le juste ciel va remplir ma vengeance. »

Il disparoît, et moi je le suis à grands pas;

Je le rappelle en vain ; j'ouvre, je tends les bras ;

Je l'embrasse, il s'échappe, et je le suis encore :

Chère ombre, ô mon ami !... tu fuis, et je m'abhorre !

Viens, parle, entends ma voix, qu'exiges-tu? mon sang,'

Vois-le couler, ce fer va déchirer mon flanc.

Un moment; chez les morts je suis prêt à te suivre...

Hélas ! c'est mon désir, mais on me force à vivre :

Les lois, Dieu me défend, par un ordre cruel,

De porter en mon cœur moi-même un fer mortel ;

Mais quand du haut du trône où s'assied la justice

J'entendrai prononcer l'arrêt de mon supplice.

Rien ne peut m'arracher à ce juste dessein...

D'un bras ensanglanté je percerai mon sein...

Eh ! qu'importe, mon frère, à l'Etat, au ciel même.

i82 Poésies de Gilbert.

Quand les vengeurs des lois, par un ordre suprême,

Condamnent un coupable à descendre au tombeau,

Que son glaive l'y plonge, ou le fer d'un bourreau ?

Je vengerai les lois, je punirai mes crimes ;

Mais je ne veux point être une de ces victimes

Qui, mourant au grand jour d'un infâme trépas.

Servent d'exemple à ceux qui marchent sur leurs pas.

Ah ! qu'il en coûte au cœur qui perd son innocence !

Mais qu'entends-je ?... un bruit sourd... et vers moi l'on s'avance !

C'en est fait, malheureux !... mon asile est connu.

La liberté, l'honneur, pour moi tout est perdu!

Que faire ?... me défendre.'' ou m'arracher la vie?

Me défendre... est un crime... aii ! fuyons l'infamie..."

Qu'est devenu mon fer .''... frappons, j'en ai le temps...

Mais le bruit a cessé... rien ne s'ofire à mes sens...

Vivons... Ah! Mélidor! quel démon me tourmente?

La feuille qui frémit me glace d'épouvante.

Je demande, je crains tout à la fois la mort.

Quand verrai-je, ô mon Dieu ! le terme de mon sort ?

Ces remords, ces combats, ces tourments, ces alarmes.

N'auront-ils point de fin ? point de trêve h mes larmes?

VeneZ; venez me voir, vous qui dans les plaisirs Apaisez sans terreur la faim de vos désirs ; Approchez, contemplez ce corps pâle et livide, Ces yeux creux et flétris, ce front que l'ennui ride, Ce cœur par les remords percé, mis en lambeaux : L'amour des voluptés a causé tous ces maux. Et toi, mon frère, et toi... que toujours mon image Soit présente h tes yeux, t'écarte du naufrage... Par les tourments aflVeux dont je suis abattu,

Héroides. 183

Présume le bonheur dont jouit la vertu... Ah ! si je revivois, mes jours tissus de crimes, Qu'ils seroient innocents !... Souhaits illégitimes ! Adieu, mon frère, adieu... je t'ai tout révélé... Sois heureux, surtout sage, et je meurs consolé.

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