LE CINQUANTENAIRE
(Lue par l'auteur au Congrès National, séance du 28 juin 1884.)»
Français du Canada, que votre voix s'apprête
A chanter ce beau jour :
Nous venons aujourd hui de cette belle fête
Acclamer le retour.
L'aube nait et déjà la vaste multitude,
Serrée en rangs épais.
Défile, respirant la douce quiétude,
Le bonheur et la paix.
Vous qui du ciel voyez cette masse profonde,
Ancêtres vénérés, Dites : ces rejetons d'une race féconde
Sont-ils dégénérés ?
LE CINQL'AXTEXAIRK 13
Voyez leur front altier, leur figure sereine,
Voyez ces ôtendards F"lotter au gré des vents sur cette vague humaine
Où plongent vos regards !
Dans l'espace éthéré, voguent les pâles ombres De ces hommes de fer, morts aux champs de l'honneur ; Ils vienn<>nt, du futur perçant les voiles sombres. Découvrir à leurs fils une ère de bonheur.
Jls viennent apporter à la grande revue Les touchants souvenirs d'un passé glorieux, Quand la sainte espérance expose à notre vue A côté du présent l'avenir radieux.
Nous regardons, ravis, le présent qui s'efface. L'avenir qui s'avance et le passé qui fuit, Ces mobiles jalons que le Temps dans l'espace Transforme en s'éloignant sur la route qu'il suit.
Ces trois termes fatals, le canadien les aime : Il fut, il est encore, il veut être toujours Digne de ses aïeux et digne de lui-même, Fidèle au Canada, son pays, ses amours.
Sur un nuage d'or, dans la voûte azurée, Le génie immortel du Canada français Chante et fait retentir de sa voix assurée Les ais du firmament. Ecoutons ses couplets :
Je suis soldat, voyageur, censitaire.
Hardi marin, paisible laboureur.
Coureur de bois, défricheur, mandataire, Homme d'état, artiste, découvreur.
Est-il besoin que je me sacrifie ?
Sans hésiter j'aliron te le trépas.
La nation que je personnifie Est du sang des héros ; elle ne mourra pas.
Pour conserver ma multiple existence, Il m'a fallu guerroyer constamment ; Abandonné, sans la moindre assistance, Contre Albion j'ai lutté vaillamment.
A Sainte Foy, pour la France, ma mère, Je triomphai dans un suprême efiort.
On me vendit ! Ma douleur lut amère.
Mais, en dépit de tous, je suis devenu fort.
Sous le drapeau de la vieille Angleterre, J'ai par deux fois chassé l'envahisseur ; Bravant l'orgueil d'un pouvoir arbitraire, J'ai du, plus tard, combattre l'oppresseur. On a pendu de sublimes rebelles.
Nobles martyrs dont l'œuvre restera.
Le coq gaulois a retrouvé ses ailes Je suis libre et jamais l'on no m'asservira.
CINQL'AXTKNAIRE 15
De mon bras musculaire, Je frappe rudement Le chêne séculaire Qui s'abat lourdement.
Sur l'élément perfide, Domptant les flots rétifs, Je saute le rapide Sans toucher aux récifs.
On me voit au portage, A l'usine, au moulin.
Au chantier, sur la cage, Ou, fouillant le ravin.
Du flanc de la montagne J'extrais l'or précieux.
Durs travaux qu'accompagne Toujours mon chant joyeux.
De mon bras musculaire, Je frappe rudement Le chêne séculaire Qui s'abat lourdement.
Sur l'élément perfide.
Domptant les flots rétifs, Je saute le rapide Sans toucher aux récifs.
Apôtre, allant porter la semence féconde, Chasseur s'aventurant dans la forêt profonde,
Nocher, sillonnant les cours d'eau, Le Canadien-Français poursuit ses destinées : Il est, des nations sur ses pas entraînées.
Le guide et le porte-flambeau.
On l'a vu traverser, dans ses courses lointaines.
Les fleuves, les grands lacs, les vallons et les plaines.
Escalader le pic géant, Marcher du Groenland au golfe du Mexique, Des rivages fleuris que baigne l'Atlantique
Jusqu'aux bords du Grand Océan.
C'est lui qui, le premier, parcourut l'Amériquo. Sur tout le continent, la légende historique
Kedit les noms de nos trappeurs.
Civilisation, tu nous dois tes conquêtes. En marchant tu nous dis : Francs canadiens, vous êtes
Mes pionniers et mea sapeurs.