‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 40 sur 83 · LE MUET JUSTIFIÉ · texte numérisé non relu

LE MUET JUSTIFIÉ

Conte.

UN bûcheron s'en alloit par la ville, Vendant du bois dont les bouts s'allongeant Hors des crochets d'un baudet mal habile Qui 0, qui là, pou voient heurter les gens.

Voilà pourquoi le rustre crioit : « Gare ! »

Tant qu'il pouvoit. Un poupin, qui se carre £t n'est qu'un sot, ne daignant se ranger, Dans son habit une bûche pointue Vient, en passant, se prendre et le franger.

Le damoiseau sur-le-champ, dans la rue.

Prend des témoins, et cite le manant Devant le juge, afin qu'il le condamne.

Sans nuls délais, à vendre son pauvre âne.

Bâts et panneaux et tout l'accoutrement Pour lui payer son bel habillement.

Le demandeur ayant plaidé sa cause :

« N'avez-vous rien, dit-il à l'accusé, A ces raisons qui puisse être opposé? »

o Desforges-Maillard.

Cettui, toujours demeurant bouche close i < Quoi 1 dit le juge au galant ëtonné, Iffavez-vous donc un muet amené?

— Muet? monsieur, lui répond le Jocrisse.

Si vous l'aviez, tantôt se disant lice, Ouï crier gare à gosier déployé...

— Que dites-vous? Ceci change ta thèse, Repart le juge. Il vous a donc crié Gare bien haut? Allez, j'en suis fort aise.

Allez, monsieur ; votre habit est payé. »

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