‹ Poésies diverses de Desforges-Maillard;Chapitre 65 sur 83 · CI-GIT le frère Hilarion · texte numérisé non relu

CI-GIT le frère Hilarion

Cétoit un digne personnage.

Nul autre avec tant d'avantage N'honora sa profession.

Encloîtré dès son plus jeune âge.

Ce fut dans l'ordre capucin Qu'il mit ses talents en usage.

Sans impudence il fut badin ; Sans être cafard il fut sage, Mérite assurément divin Chez l'encapuchonné lignage. Il ne fit jamais du latin Le long et dur apprentissage ;

Mais, à Taide de maint lopin Qu'il goboit parfois au passage Et qu'il citoit sans jargonnage, On l'eût pris pour un calepin.

Pour peu qu'il eût su davantage, Du couvent on l'eût fait gardien, £t certes plus homme de bien Ne mérita ce haut étage.

Il attiroit par beau langage Froment, orge, avoine au moulin, Et la cloche, au premier drelin.

Lui disoit si c'étoit du pain Qu'on apportoit ou du fromage.

Fût-il à manger son potage, A la porte il voloit soudain, Et fhx: à bas, d'un front serein Recevoit le friand message.

Puis demandoit, d'un air humain :

« Comment fait-on dans le ménage ?

Le monde au logis est-il sain?

Votre procès va-t-il son train?

Que dit-on dans le voisinage?

Oh I le beau temps ! Point de nuage ; Le soleil se lève matin ; L'Almanach nantois, pour certain.

Promet, s'il ne vient point d'orage, Un été fertile en tout grain.

Un automne abondant en vin ; Le printemps l'est en pâturage.

D'ailleurs le proverbe ou l'adage

i68 Des/orges^Maillard.

Dit que gras Avril et chaud Mai

Mènent le froment au balai ^.

Mais mon Dieu I qu'à notre dommage

S'est changé le temps ancien I

Le peuple est devenu païen ;

Et de la ville et du village

Il ne nous vient presque plus rien,

Ni provision, ni chauffage.

Aujourd'hui nous mourrions de faim

Si votre bienûiisante main

N'avoit apporté son suffrage.

Puis adieu, bonjour, grand merci. »

Le donneur retoumoit ainsi

Très satisfait de son V03rage.

Il étoit portier, cuisinier, Sommelier, quêteur^ jardinier :

Tous les arts furent son partage.

Sa mort m'a causé des regrets; Je l'aimois pour son caractère, Et de mes intimes secrets Il fut souvent dépositaire.

Combien de notre Hilarion A tous ceux de sa nation La perte a dû paraître amère !

Quoique cet excellent garçon Dans l'Ordre n'ait été qu'un Frère, Il pouvoit être, avec raison.

Des autres appelé le Père.

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