DARQUISTADE DE SAINT-FULGENT
Conseiller au parlement de Paris Sur la naissance de sa fille.
ousiN, dont la vertu sait faire D'un beau-père un aïeul, un oncle d'un beau-frère,
Ami, reçois mon compliment
Sur les fruits de ton mariage.
Par le flambeau d'Hymen c'eût été grand dommage Que tendre et jeune épouse, en qui tout est charmant,
Esprit, maintien, discours, corsage,
Ne laissât point de son lignage.
Mais croirai-je ce qu'on m'a dit ?
On m'a raconté que ta fille Est si refaite, si gentille, Et marque déjà tant d'esprit.
Que ses cris sont de la musique 1 Et que dans son berceau dégoisant son jargon, Elle paraît bégayer la raison D'un goût joliment laconique.
Déjà, dans ses beaux yeux modestes et mutins,
Que de traits -de subtile flamme I Quelle foule de dons va couler dans son âme ! Et que pour être instruite elle est en bonnes mains 1^
Sa mère en qui la joie aujourd'hui fait revivre Les roses et les lys de son jeune printemps, Fidèle à ses devoirs qu'elle aima toujours suivre. Prendra soin de ses premiers ans.
Ouvriroit-il encor les yeux à la lumière.
Le rare perroquet que mes vers ont chanté , Quand je passois chez toi les beaux jours d'un été Au château de la Mallardière ^ ?
Ta mère se faisoit un plaisir singulier D'élever cet oiseau > qui sous sa main savante Fit de si grands progrès, qu'un bachelier de Nante N'eût été près de lui qu'un petit écolier.
Or s'il est vrai qu'en soi^ école Un oiseau, qui ne peut d'ordinaire imiter
I. Maison et terre seigneuriale fort belle et fort bien peignée, appartenant à M. d'Arquistade, péré du cônéeiller, sijuéc à une lieue et demie de Hantes.
34 Desf orges-Maillard,
Que quelques Bons tronqués de rhumaine parole, Y 6Ut à tel point profiter;
Que sera-ce donc de ta fille, Qui, l'esprit éclairé des rayons les plus purs, Et portant ses regards sur toute sa âunille, N'y verra que talents, mérite, exemples sûrs?
Je disois, l'an dernier, dans mon humeur chagrine, Saint-Fulgent n'aura-t-il point de postérité? Sa femme et lui pourtant sont de fort bonne mine. Quelqu'un me répondit : Tais-toi, pauvre hébété;
Qu'il ait de moins une cousine, La fièvre quelque jour à son hérédité
Peut t'appeler en compagnie De maints collatéraux d'appétit affilé.
Vade r^ro, mauvais génie, Répondis-je en courroux à cet ensorcelé :
Je donnerois mon patrimoine.
Quoique simple, sans fard, et me laissant leun-er» - Le ciel ne m'ait point fait fort âpre et fort idoine. Quelque mince qu'il soit, à le récupérer :
Oui, je le donnerois, prude et sage Lucine,
(Écoute, ô matrone divine.
Un parent, un ami qui te vient implorer) Pourvu que par tes soins, dans la prochaine année, L'aimable Saint-Fulgent pût se régénérer.
Enfin l'affaire est terminée.
Dont grand merci soit dit à la haute bonté Qui rend à mes désirs les effets si conformes.
Te voilà père dans les formes, Et sans qu'il m'en ait rien coûté, Que quelques vœux formés avec sincérité.
Je me flatte du moins que le pouvoir céleste, Satisfait de mon cœur, m'exemptera du reste Et se contentera d'un cierge présenté.
Adieu, très cher cousin; que toujours favorable. Il ajoute en neuf mois à la ôUe un garçon.
Qui puisse tel que toi, noble, honnête, équitable, Être l'appui de ta maison !
Puisse, s'étemisant ta vertu prolifique,
Tromper nunc et in sœcula,
Mille ans et bien loin par-delà Des vains collatéraux l'attente chimérique !
Réjouis-toi : pour le surplus, Ut'tufortunam, dit Horace *, Sic nos te, Cehe , feremus.
Les dieux, pour des secrets qui nous sont inconnus. Aux uns rendent justice, aux autres ils font grâce. Respectons-les partout; bonsoir, et souviens-toi D'avoir dans tous les temps le même cœur pour moi.