‹ Poésies diverses du chevalier de BoufflersChapitre 92 sur 93 · LE PAPILLON ET LA CHANDELLE · texte numérisé non relu

LE PAPILLON ET LA CHANDELLE

ON cher enfant, ton âge m'autorise A te parler du papillon ; Mais sans que ta raison pourtant s'en formalise, Car ceci n'est qu'exemple, et non comparaison. Quand le zéphyr a fait taire la bise, Le papillon, qui ne vit qu'un été.

Des grands soins d'ici-bas ne s'embarrasse guère. L'affaire de la volupté Est sa plus importante affaire ; Il ne veut rien, rien que jouir Sans raisonner, sans réfléchir; Chaque instant le conduit à des amoure nouvelles

Qui n'ont jamais de lendemain.

En une heure il a pu charmer toutes les belles

D'un jardin.

232 Chevalier de Boufflers.

Sans en rencontrer de cruelles ; Mais d'un pareil bonheur on peut prévoir la fin.

Un soir que, retiré dans Tombre et le silence Il réparoit les fatigues du jour.

Il voit une lueur, et pense Que c'est le flambeau de l'amour :

II se lève aussitôt, bat de l'aile, s'avance,

Tourne, retourne, et passe à chaque fois plus près D'un objet si plein d'attraits.

Son éclat l'éblouit, sa chaleur le pénètre.

Et, dans l'ivresse du plaisir, A tout prix il prétend connoitre

Ce fantôme brillant, qui lui donne la mort.

Mon cher enfant, ceci ressemble fort Aux douces erreurs du bel âge; Plus qu'on ne veut le cœur s'engage.

Quand il n'est plus temps d'y songer, Ce n'est qu'alors qu'on en voit le danger; Mais de tout la raison sait tirer avantage.

Et reçoit même une leçon D'un papillon.

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