‹ Poésies diverses du chevalier de BoufflersChapitre 44 sur 98 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

CESSE de m'abuser, fugitive espérance !

Tu n'es pour les humains qu'un fantôme imposteur Les tourments prolongés accroissent ta puissance; Tu leur dois des autels et ton nom séducteur.

Vainement on contemple une rive fleurie,

Où l'on n'arrive point, malgré tous ses efforts;

J'aime mieux remonter le fleuve de la vie

Que d'en suivre le cours sans atteindre ses bords.

Plaisirs évanouis, par vous mon âme émue Se recueille et frémit toujours de volupté : Tels ces feu.x étoiles, en tombant de la nue, Laissent encore au ciel une longue clarté.

Souvenir caressant, frère du plaisir même. Il n'a point ta durée et ta douce langueur : Le plaisir est la fleur qui passe et que l'on aime; Le souvenir en est l'inaltérable odeur.

COUPLETS

A UNE DAME NOMMÉE FRANÇOISE Le jour de sa fête, chez le prince Henri de Prusse

Air du vaudeville de Tom Joues.

LE bon François, moine par excellence, Depuis longtemps est bien déchu; Mais il est moine, et veut en conséquence

Regagner plus qu'il n'a perdu.

« La foi, dit-il, cesse d'être efficace

Depuis que l'homme ouvre les yeux :

Remplaçons la foi par la grâce, Les choses n'en iront que mieux,

« Ne vois-je pas dans ces lieux une belle Qu'un sage adore sous mon nom ?

Dieu me la montre, il faut me servir d'elle; Tout moyen pour mon ordre est bon.

Chevalier de Boufflers.

Céleste objet des plus flatteurs hommages, Soyez propice à mes desseins; Lorsque l'on peut tant sur les sages, Ne pourroit-on rien sur les saints ?

« Vous savez comme à la terre asservie J'imposai mes très humbles lois;

Mon pouvoir tombe, et François vous confie Ses intérêts avec ses droits :

Pour ces temps-ci ma règle est trop austère; Les cœurs sont durs, soyons plus doux; L'art de régner, c'est l'art de plaire, Françoise, et c'est affaire à vous.

« Le monde aveugle, en son erreur profonde.

Prend mes enfants pour des cafards; En bon chemin vous remettrez le monde

En l'éclairant de vos regards ; Un mot de vous fera tomber les armes

Et du sophiste et du moqueur;

L'esprit, à l'aspect de vos charmes.

Passe dans le parti du cœur.

« Sous mon vieux froc, il faut, quoi que l'on fasse,

Que le bon sens reste étouifé; Votre coiffure a bien meilleure grâce;

Aussi de vous tout est coiffé.

Montrer Françoise est une sainte ruse

Pour forcer à d'éternels vœux;

De mon cordon la trame s'use;

Tout, jusqu'au temps, serre vos nœuds.

Chansons. 89

« Mais quand mon cœur à cet espoir se livre,

Le premier point reste en oubli; Il faut songer que tout moine doit vivre,

Et surtout vivre aux frais d'autrui :

Nous vivions tous du bon droit de la quête.

Ce droit aussi nous est ôté;

Exercez le droit de conquête,

Amour fait plus que charité.

« A nos besoins c'est Dieu même qui veille;

En vous voyant, oui, je le vois, Pour opérer chez nous une merveille,

D'une merveille il a fait choix.

Voilà mes vœux, le ciel les trouve étranges ;

Et Françoise y fait des jaloux ;

Mais si je vous préfère aux anges,

C'est qu'ils ont moins d'esprit que vous. »

COUPLETS

M. de Boiçfflers, ayant été envoyé a ***

pour complimenter madame de *** , fit a son retour

les couplets suivants

Air : Et j'y pris hien du plaisir.

ENIVRÉ du brillant poste Que j'occupe en ce moment, Dans une chaise de poste Je me campe fièrement, Et je vais en ambassade, Au nom de mon souverain.

Dire que je suis malade^, Et que lui se porte bien.

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