LES MÉPRISES
IjAi sibi somnia fingant.
Us se créent eux-mêmes des illusions.
Oe tromper est un sort commun.
Tout est méprise dans ce monde;
Et, des travers dont il abonde,
Le secret orgueil de chacun
Est la source la plus féconde. ,
Notre voisin , nouveau Tithon , Vient d'épouser la jeune Aurore, Et de ces tendres nœuds, dit-on, Les doux fruits s'empressent d'éclore.
Mais cet époux à cheveux blancs,
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Que déjà la tombe réclame,
Semble le père de sa femme,
Et ne Test pas de ses enfants. ^
On en rit; mais tel s'en amuse, Qui n*est pas plus sage, entre nous :
Une vanité folle abuse Bien d'autres que les vieux époux.
Tout cède à ce pouvoir suprême.
Sans projets , oomne sans efforts , Chacun s'en ûnpose à soiffnéine ; Chacun pare du nom qa il aime Ses ridicules on ses torts.
Boudant un m<mde qui roilblic, Dorilas, enfermé chez lui, Prend pour de la mélancolie Ou son orgueil ou son ennui ; La jeune et dévote Angélique Pour des remoitls prend ses soupirs ; Dans son boudoir, le vieux cynique
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^end ses regrets pour des désirs ; Et Phryné, de honteux plaisirs Pour l'amour le plus héroïque.'
Entre tant d*hommes abusés
Par ces méprises que je fronde.
Peu sans doute y sont exposés
Plus que messieurs les gens du monde :
Mais si la vanité souvent
Les rend dupes de ses finesses,
L'auteur, l'artiste , le savant.
Sont soumis aux mêmes foiblesses.
Écoutez monsieur Dubasson , Ses notes sont de la musique; Hortensius croit sa logique Plus utile que la raison ; Sur un luth, l'efFroi du Permesse, Victor chante nos monuments.
Et, dans sa ridicule ivresse.
l^ PÛËSIBS DITEIlfiJES.
Il croit ini-méiBc de Lmèce Être un des embeUitsements ; Paul, qui traça ^pelqaes esquisses, Les appelle de grands tableaux ; Dans ses plus ^des uMidri^jfawc Agnelet reaC voir des malioes ; Et tous , un bavdeau sur les yeux , En BOUS fatignaat de leiu* mieux, Prétendent faire nos déliées.
Tel est Tattrait de ce penchant.
Telle est sa puissance secrète.
Que, sur notre heureuse planète.
Pas un homme n'en est exempt :
Et plus la merise est grossière.
Plus je les vois s'^oorgueilHr ; Car, si Ton ne seflattoit guère, On n*auroit guère de plaisir.
En public cajolant sa femme ,
POÉSIES mYBBSBS. t5S
Valsain crok nous dé^ofor tMtt ; Mais Tindiscret a de scr âamme Plus de témoins que dejaknix.
Rimeur, îlclnBte sa conquête; Et quand cfats nos àetmePè ncrrax, Valsain d'an rsjen laminelK D'avance voit orner sa tête, Sur le front du mm poêle Un sort fatal en {ilace deux.
Veuve, et cependant deaenelle, Glari , dont ïmÛ n4[>ip est si«b«.
S'imagine faire un é|>oax Du premier qui la trouve belle; Mais ette 9e ttem^ , (^ari,' Chacun, s'il en éDdkte niaitrt^ Voudtoit devenir son mari, , Et personne ne voiidroit Vétn.
Plus fière eiicor de des anants^ Léda croit, d «ne main savante, Cacher les ravages du tempa :
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Sa toilette nous dit quinze ans, Et son visage en a quarante.
Pour Léda j'en siiis attristé ; Mais sa méprise est peu nouvelle:] Que de gens, dans leur vanité.
Se montrent plus absurdes qu'elle 1
Admirez Favocat Panglos :
Plein de morgue et de suffisance, Il prend son étemel pathos Pour un modèle d'éloquence; Et parcequ'il donne toujours De la pesanteur à son style , Le bavard croit, en homme habile, Donner du poids à ses discours.
C'est ainsi que de nos sottises L'amour-propre est toujours auteur; Et que sur de folles méprises Chacun a fondé son bonheur :
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filais le moraliste sévère, Qui nourrit encor la chimère De réformer ces vieux abus , Malgré tant de philosophie , Est ici-bas , je le parie, Celui <pii s*abuse le plus.
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