‹ Poésies diversesChapitre 32 sur 108 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Paris, 18 1 3.

ORS des demeures souterraines , Néron , des humains le fléau I Que le triste bruit de nos chaînes

Te réveille au fond du tombeau.

Tout est plein de trouble et d'alarmes ;

Notre sang coule avec nos larmes ;

Ramper est la première loi :

Nous trainons d'ignobles entraves -,

On ne voit plus que des esclaves :

Viens; le monde est digne de toi.

Ils sont dévastés dans nos temples Les monuments sacrés des rois :

Mon œil effrayé les contemple ; Je tremble et je pleure à la fois.

Tandis qu'une fosse commune Des grandeurs et de la fortune Reçoit les funèbres lambeaux, Un spectre , à la voix menaçante, A percé la tombe récente Qui dévora les vieux tombeaux.

Sa main d'une pique est armée :

Un bonnet cache son orgueil ; Par la mort sa vue est charmée :

Il cherche un tyran ' au cercueil.

Courbé sur la pouare msensible , Il saisit un sceptre terrible

• Louis XI. Ce roi ne fut point enterré à Saint-Denis : peu impcrte

an poète.

LES MALHEURS DE LA EÊVOLLTÏON. g.*.

Qui du lis a flétri la fleur ; Et d'une couronne gothique Chargeant son bonnet anarchique Il se fait roi de la douleur.

Voilà le fantôme suprême , François , qui va régner sur vous.

Du républicain diadème Portez le poids léger et doux.

L'anarchie et le despotisme , Au vil autel de l'athéisme , Serrent un nœud ensanglanté 5 Et s'embrassant dans l'ombre impure Ils jouissent de la torture De leur double stérilité.

L'échafaud , la torche fumante ,

Couvrent nos campagnes de deuil.

La Révolution béante

Engloutit le fils et l'aïeul.

L'adolescent qu'atteint sa rage

Va mourir au champ du carnage *

Ou dans un hospice exilé ^ Avant qu'en la tombe il s'endorme , Sur un appui de chêne ou d'orme , il traîne un buste mutilé :

Ainsi quand l'affreuse Chimère * Apparut non loin d'Ascalon , En vain la tendre et foible mère Cacha ses enfants au vallon.

Du Jourdain les roseaux frémirent ; Au Liban les cèdres gémirent .

Les palmiers à Jézeraél , Et le chameau , laissé sans guides , Pleura dans les sables arides Avec les femmes d'Ismaël.

Napoléon de son génie Enfin écrase les pervers :

L'ordre renaît : la France unie Reprend son rang dans l'univers.

Prise icî pour le monstre marin cl*Androm^^d[e.

Mais , Géant , fils aîné de l'homme , Faut-il d'un trône qu'on te nomme Usurpateur ? Mal fécondé , L'illustre champ de ta victoire Devoit-il renier la gloire Du vieux Cid et du grand Condé ?

Racontez, nymphes de Vincenne, Racontez des faits inouïs ', Vous qui présidiez sous un chêne A la justice de Louis !

Oh I de la mort chantre sublime % Toi qui d'un héros magnanime Rends plus grand le grand souvenir Quels cris aurois-tu fait entendre , Si , quand tu pleurois sur sa cendre , Ton œil eût sondé l'avenir ?

Le vieillard-roi dont la clef sainte De Rome garde les débris ,

' Mort du duc d'Enghica.

* Bossuet.

ce LES MALHEURS DE LA REVOLUTION-

N'a pu , dans l'éternelle enceinte , A son front trouver des abris.

On peut charger ses mains débiles De fers ingrats ' , mais inutiles , Car il reste au Juste nouveau La force de sa croix divine , Et de sa couronne d'épine , Et de son sceptre de roseau.

Triomphateur , notre souffrance Se fatigue de tes lauriers 5 Loin du doux soleil de la France Devois-tu laisser nos guerriers?* La Duna , que tourmente Éole , Au Neptune inconnu du pôle Roule leurs ossements blanchis , Tandis que le noir Borysthène Va conter le deuil de la Seine Aux mers brillantes île Colchis.

Le pape à Fontainebleau.

(Janip.igne de Moscou.

LES MALHEURS DE LA REVOLUTION. f,7

A l'avenir ton âme aspire .

Avide encore du passé ,

Tu veux Memphis 5 du temps l'empire

Par Taigle sera traversé.

Mais , Napoléon , ta mémoire

Ne se montrera dans l'histoire

Que sous le voile de nos pleurs :

Lorsqu'à t'admirer tu m'entraînes ,

La liberté me dit ses chaînes ,

La vertu m'apprend ses douleurs.

Page 1