LE TOMBEAU DE LA REINE DE PRUSSE. 10.5 LE VOYAGEUR
Qu\ pour elle , à ces murs de marbre revêtus , A suspendu ces couronnes fanées?
LE GARBIEN.
Les beaux enfants dont ses vertus Ici-bas furent couronnées.
LE VOYAGEUR
On vient. •
LE GARDIEN
C'est un époux : il porte ici ses pas Pour nourrir en secret un souvenir funeste.
LB VOYAGEUR
Il a donc t«ut jierdu?
LE GARDIEN
Non : un trône lui reste.
LE VOYAGEUR
Un trône ne console pas.
ONC reconnoissez-vous au fond de vos abîmes Ce voyageur pensif , Au cœur triste , aux cheveux blanchis comme vos cmies , Au pas lent et taraif?
Jadis de ce vieux bois où fuit une eau limpide , •
Je sondois l'épaisseur, Hardi comme un aiglon , comme un chevreuil rapide
Et gai comme un chasseur.
Alpes , vous n'avez point subi mes destinées !
Le temps ne vous peut rien ^ Vos fronts légèrement ont porté les années
Qui pèsent sur le mien.
Pour la première fois , quand , rempli d^espérance ,
Je franchis vos remparts .
Ainsi que l'horizon , un avenir immense
S'ouvroit à mes regards.
L'Italie à mes pieds, et devant moi le monde , Quel champ pour mes désirs !
Je volai , j'évoquai cette Rome féconde En puissants souvenirs.
Du Tasse une autre fois je revis la patrie :
Imitant Godefroi , Chrétien et chevalier, j'allois v^rs U Sytie
Plein d'ardeur et de foi. ^f^
Ils ne sont plus ces jours que point mon cœur n'oublie
Et ce cœur aujourd'hui , Sous le brillant soleil de la belle Italie , Ne sent plus que l'ennui.
Pompeux ambassadeurs que la faveur caresse ,
Ministres, valez-vous Les obscurs compagnons de ma vive jeunesse
Et mes plaisirs si doux ?
Vos noms aux bords riants que l'Adige décore
Du temps seront vaincus ^ Que Catulle et Lesbie enchanteront encore
Les flots du Bénacus.
Politiques, guerriers, vous qui prétendez vivre
Dans la postérité , J'y consens : mais on peut arriver, sans vous suivre.
A l'immortalité.
J'ai vu ces fiers sentiers tracés par la Victoire ,
Au milieu des frimas , Ces rochers du Simplon que le bras de la Gloire
Fendit pour nos soldats :
Ouvrage d'un géant , monument du génie ,
Serez-vous plus connus Que la roche où Saint-Preux contoit à Meillerie
Les tourments de Vénus ?
lûs
Je vous peignis aussi , chimère enchanteresse ,
Fictions des amours I Aux tristes vérités le temps qui fuit sans cesse