ACTE II. SCENE IV. 2G
NADAB
Femme , je suis sans force à tes pieds abattu i Mais ne puis-je du moins admirer la vertu ?
ARZANE
Qui pourra m'arracher de ce sanglant théâtre Où la mort me poursuit?
NADAB
Ce cœur qui t'idolâtre.
ARZANE
Mais les remords viendront arrêter vos efforts.
Mais si je t'obéis , que te font mes remords ?
ARZANE
De ces hauts sentiments je serai la victime.
NADAB
Laisse-moi m'enchanter d'innocence el de crime , Connoître mes devoirs sans te manquer de foi , Apercevoir l'abîme , et m'y jeter pour toi.
ARZANE
Je ressens vos douleurs et n'en suis point complice.
NADAB
Cesse de t'excuser : j'adore mon supplice , Ma souffrance est ma joie , et je veux à jamais Conserver la douceur du mal que tu me fais.
264 moïse.
Hélas ! raon fol amour m'épouvante moi-môme ; Je me sens sous le coup de quelque arrêt suprême r D'involontaires pleurs s'échappent de mes yeux ; La nuit dans mon sommeil j'entends parler tes dieux ; Prêt à sacrifier à leurs autels coupables , Je me réveille au bruit de mes cris lamentables. Dis : n'est-ce pas ainsi, dans ses tourments divers^ Qu'une âme est par le ciel dévouée aux enfers?
ARZANE
On va vous délivrer du joug de l'étrangère.
NADAB
Des légers fils d'Agar la voix est mensongère ; L'Arabe aime à conter : ie veux sonder des brui^ Aisément élevés, plus aisément détruits. De Moïse en ces lieux je viendrai vous apprendre Le destin. Quel parti qu'alors vous vouliez prendre. Contre tout ennemi prompt à vous secourir, Arzane , je saurai vous sauver ou mourir.
(^'adab sort.)