‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 16 sur 61 · SAINT GUIGNOL E · texte numérisé non relu

SAINT GUIGNOL E

Conte.

jt R O p bien favez que dans la Grèce j

Des beaux-arts autrefois maîtrefTe ,

Priape aux plaifirs confacré

Fut en grand pompe révéré.

Son nom feul dans le catéchifme

Portoit un air de volupté 5

s Bref, plus grande divinité

Ne fut onc dans le paganifme.

Ses

Ses temples étoient boulingnns ,

Vergers fleuris, & beaux jardins,

Où , par d'excufables foibleffes ,

De paphos les jeunes prêtrefTes

Venoient mêler l'emportement

A la douceur du fentiment.

Là n'habitoit fagefFe aufïere,

Qui trop fouvent par vains difcours

De nos plaifïrs trouble le cours }

Mais bien l'art d'aimer & de plaire 9

Douce & vive perfuafïon ,

Defirs redoublés fur fes forces ,

Jeux badins qui par mille amorces

Piquent l'imagination.

Le plaifir feui étoit le guide

Qu'on choififîbit pour s'égarer.

Et la jouifTance rapide

Défapprenoit à foupirer.

Dans ces réduits iï pleins de charmes ?

Priape étoit repréfenté,

Avec fon fceptre , avec des armes

D'une merveilleufe beauté.

Quelles armes , dont la blefllire

Fait couler un plaifir flatteur !

Divin priape, à ta piquure

S'émeut le plus farouche cœur.

Heureufe la nymphe légère

Qui trompant fa jaîoufe mère,

6â Poésies

Peut faifir un poignard fi doux ;' Qui Tentant treffaillir fon ame De la volupté qui l'enflamme , Et meurt ôc revit de fes coups !

Pour nous , vil peuple , race étique ? De cette armure magnifique Nous portons un léger fragment :

Ce qu'à priape la nature Donna (î libéralement , Nous ne l'avons qu'en miniature.

Sans être Gafcon fur ce point, Cependant je ne m'en plains pointa- Mais pourquoi ma mufe cynique, Ofant d'un œil audacieux Percer dans les fecrets des dieux, Recherche-t-elle un faint antique ?

Il s'en préfente un dans ces lieux, Qui vaut priape 6c beaucoup mieux ; C'eft le benoit faint Guignolé , Qui fuyant fa trille patrie Où régnoit Bellone en furie > Traverfa le ruiffeau falé , * Pour venir en pays fauvage , Sans nulle confultation, De zèle 8t de dévotion Faire le trille apprentilîage, Lieux efcarpés il choifïflbit >

De mets.grofiîers fe nourriifoit, Buvoit fon vin jufqu'à la lie :

Mais quand che2 lui fe préfentoit Veuve accorte ou femme jolie , Le bon hermite qu'il étoit , Tout doucement l'entretenoit, Parlant d'une façon fi belle , Que tant nice Se jeune fût-elle $ A fon point bientôt l'amenoit.

Or ne pen fez que ce langage Déplut aux beautés du canton ^ Chacune du faint perfonnage Vouloit tirer quelque leçon :

Lui-môme n'y pouvoit fuffire , Bien que, grâces aux heureux taleris- Que le ciel donne à fès cliens > Sur l'article il fut un grand fire.

Après fa mort on lui rendit Honneurs divins , fans contredite Tous ces dévots brûlant de zèle ?

( Avec dévots , j'entends ici, Nombres de dévotes aufîî , ) Lui bâtirent une chapelle , Sur le penchant d'un verd coteau ; Lieu propre à faire la prière Qu'on trouve es heures de cythere.

Tout auprès ferpcnte un ruifTeau

'61 Poésies

Qui fêmble dire en fon langage *v Profitez de votre bel âge $ SaifuTtz les momens heureux Que le ciel accorde à vos vœux* Ainfi que fuit cette onde pure , Le tems s'échappe fans retour, Suivez la voix de la nature , Elle vous préfente un beau jour»

Au-dedans de cette chapelle , Où vient fouvent troupe fidelle * Aucun portrait n'eft étalé , Fors celui de faint Guignolé»

Sans draperie & toute nue, Mais pleine de cette fierté Que fait donner la volupté r Paroît en un coin fa ftatue 5 Tout ce qui peut d'un corps parfait Offrir l'image intéreffante , S'y trouve affemblé trait pour traita Le fculpteur à la main favante , Par un chef-d'œuvre de fon art , A fur-tout formé jean-chouart Dans une attitude fi belle , Si touchante ÔC fi naturelle , Qu'il n'eft Lucrèce à fon afpecl, Qui ne frémiffe de refpeâ.

Or ne préfumez qu'à la vue

DIVERSES, 6p

Tout Ton mérite foit borné :

Au nouveau priape eft donné

Talent de plus grande étendue ,

Talent qui grofîit chaque jour /

Les revenus du dieu d'amour. t

Car toute matrone indignée

De n'avoir fupport ni lignée,

Et voyant que dans fon mari

Le runTeau d'amour eft tari ,

N'a qu'à racler d'une main fûre

Ce précieux échantillon-,

Ce doux ami de la nature,

Et puis boire de la raclure

Bien infufée en un bouillon 5

Pas n'eft befoin d'autre aventure.

AufTi-tôt ventre de grofîîr ,

Langueur de fe faire fentir :

Bref, pour les fruits du mariage,

Bien plus utile eft ce breuvage,

Qu'un époux froid &", caterreux,

Le plus fouvent encor goutteux,

Qui fuivant l'ufage ordinaire ,

De l'hymen au gefte glacé ,

Auprès de fa femme placé ,

Ne fait , hélas ! que de l'eau claire»

Ici , dira quelque cenfeur ,

Affeâant un fouris moqueur,

7ô Poésies

Et penfant me mettre à la gêne Si de votre faim rat i lie , Et dans un bouillon infufé, Fille buvoit à tafTe pleine , Dites-moi, du dévot outil, Bien ou mal arriveroit-il ?

A cela ma réponfe eft prête.

D'abord dirai, je n'en fais rien :

Fille prudente $C d'air honnête , Craint toujours de rifquer fon bien 5 Et puis un importun critique , Un Bjfîy, par des traits railleurs ?

Trop applaudi de maints lecteurs, Viendront la mettre en fa chronique,.

Si pourtant le faint s'égaroit , Et par une erreur imprévue , Agiiîbit à la boulevue , Quel grand mal cela cauferoît ?

J'ai vu mainte fille en ma vie , Fille d'efprit , jeune ôt jolie , Qui pour avoir au tendre ébat , Reçu par fois échec & mat , N'en a que mieux été choyée * Même pour pucelîe employée.

Les maris font de bonnes gens ^ On les condamne à tous dépens % Témoins de Vulcain l'époufée.^ Et de Mamol.in la fiajiçée^

DIVERSES. tl

Pour eux ne brille cette fleur Qu'amour diligent moiiîbnneur, Sait recueillir avant la fete , Que le tardif hymen s'apprête.

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