‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 26 sur 61 · LA PUCE · texte numérisé non relu

LA PUCE

ie hafard feul , fans l'aide du génie , Efl quelquefois père d'inventions.

Tel eft vanté pour les productions , Qui n'y penfa peut-être de fa vie:, C'eft ce qu'on voit tous les jours en chymie* N ture tient tous Tes tréfors ouverts, Aux ignorans aufîi bien qu'aux experts y Le tout dépend d'en faire la rencontre y Sans la chercher fouvent elle fe montre. Nous le voyons par l'exemple d'Agnès , Qui n'étoit fille à découverte aucune , Mais qui pourtant un matin en fit une , Que cent nonnains vanteront à jamais, Voici le fait. Suivante d'une dame , Etok Agnès ; farouche elle avoit l'ame ? Non par vertu, mais par tempérament, Aïnfi qu'on voit qu'il arrive à la femme % Lorfque le ciel la traite durement.

La jeune Agnès paiîbit pour fille fage ; Elle étoit belle, Se n'avoir que quinze ans* Auprès d'Agnès laquais du voifinage , Ne rencontrèrent que griffes Se que dents, Jeunes marquis vifitoient la maîtreiTe |

DIVERSES, lOj

Pour voir Agnès } mais fans diftincYion, Agnès pour tous implacable tigrcife, Egards n'avoit à la condition. Amour pour faire à fon cœur quelques brccheS Avoir contre elle épuifc maintes flèches , Sans nul effet elle portoit au coeur Bien cuiraffé } (I que , dans fa fureur , Amour jura de venger cet outrage :

Mais ce courroux tomba fur fon auteur 5 Agnès tourna tout à fon avantage.

Dans la faifon de l'aimable printems, Un jour, dit-on , de dimanche ou de fête , Du tendre émail dont Fiore orne les champs, ILa jeune Agnès avoït paré fa tête.

Entre deux monts formant un fèin de lys, Etoit placée une rofe naiffante, Qui relevoit leur blancheur raviffante , Et recevoir un nouveau coloris.

Dans uîî corfet fa taille prifonniere, Pouvoit tenir fans peine entre dix doigts. Sous un jupon d'une étoffe légère , Un bas de lin paroiffoit quelquefois , Tiré fi bien Se fï blanc à la vue , Qu'on auroit cru voir une jambe nue.

Bref, dans l'enclos d'un foulier fait autour-, Son petit pied infpiroit de l'amour.

L'enfant ailé , plus efpiégle qu'un page , Comme j'aj dit, lui gardoit une dent.

Poésies

Voici le tems , dit-il , çà , faifons rage 3 Et dérangeons tout ce vain étalage > Chez cet objet qui m'cit indifférent.

Auffi-tôt dit ? il change de nature , Puce devient : d'abord lui faute au cou , Au front, au fein, à la main , fait le fou 3 LaiïTant par-tout une vive piquure.

Notre beauté fem'ible à cet aiîaut, Cherche la puce, en veut faire juitice 5 Mais Cupidon s'efquive par un faut, Et doucement fous fon corfet fe gliiTe , Y fait carnage & n'en veut déloger.

Fillettes font bons morceaux à gruger 5 L'amour en fait fou vent fon ordinaire. Si comme lui je favois me venger , De par faînt Jean , je ferois bonne chère* Agnès en feu déchire fon corfet , Le jette au loin , arrache fa chemife, Et montre au jour deux montagnes de lait5 Où fur chacune une fraife eil aiïife.

Elle vifite & regarde en tous lieux, Où s'efr caché l'ennemi qui Pafliege; Mais il étoit déjà loin de fes yeux, Et lui mordoit une cuilTe de neige.

Ce dernier coup accroît fes dépiaiiïrs : Elle défait fa jupe, toute émue.

Au même inilant mille amoureux zéphiîv, Vont careiFer ce qui s'offre à leur vue ,

Et combattant en foule à fcs côtés , Pour une heureufe 6c douce préférence , Souvent l'amour d'une prompte vengeance $ Qui l'attendoit au kla des voluptés.

A la faveur d'un faut , d'une gambade, Le petit dieu foutient fa mafcarade , Aux barres joue , 6c fans celle fend l'air, Il vient s'offrir de lui-même à la belle , Puis il échappe aufïi prompt qu'un éclair. Et fait cent tours d'un vrai polichinelle. Pendant ce jeu , vers un jeune taillis , L'amour iorgnoit un portail de rubis , Fief en tous lieux relevant de cythere, Mais que la belle, injufle & téméraire 9 Avec chaleur difputoit à cypris.

Plus mille fois que la nature humaine, Les immortels font jaloux de leurs droits,. Puis il étoit queflion d'un domaine , A faire feul l'ambition des rois.

Dans fon enceinte aux alarmes fermée ?

Régnoient en paix les délices des fens y Il y couloit une fource enflammée, De pâmoifons & de raviiTemens.

Contre tels forts befoin eft de courage 5 L'amour en a bonne provifîon.

ïl fait l'attaque , il force le paflage , Et prend d'affaut ce charmant apanage^ Malgré l'effort de ia rébellion,»

ioc> Foi

Calmez, Agnès , ce courroux qu'on voit naître 9

Ne craignez rien pour ce charmant féjour :

Si le premier l'amour s'en rend le maître ,

C'eft un tribut qui n'eft dû qu'à l'amour.

Vaine rai Ton on court à la vengeance.

Vn doigt de rofe , à cet effet armé,

Tient lui tout feul l'ennemi-renfermé,

Et le preffant, l'attaque à toute outrance.

Cupidon fuit par un étroit fentler 5

On le pourfuit : l'attaque eft redoublée ;

Le doigt vengeur met l'alarme au quartier j

Et la demeure en eft toute troublée.

Les citoyens de ce féjour heureux ,

Les doux plaifirs, les charmantes ivreiïes,

Jufques alors oififs 6c langoureux,

Par ce combat fortent de leurs moileffes 5

Chacun d'un vol badin $C careiïant,

S'emprefle autour de fon aimable mère,

Répand fur elle un charme ravifTant ,

Et lui fait tôt oublier fa colère.

Ce doigt vengeur au meurtre deftiné ,

Fait fous fes coups naître mille délices :

L'amour lui-même en eft tout étonné ,

Et fe repent déjà de fes malices;

Il craint de voir fon trône abandonné >

Et fes autels privés de facrifices 5

De fon palais enfin la volupté ,

Sur l'oeil d'Agnès pouffe une fombre nue %

Elle fe pâme , elle tombe éperdue ; L'amour s'échappe, ÔC court épouvanté Remplir Vénus d'une alarme imprévue.

^De fon extafe à peine revenue, L'aimable enfant recommença ce jeu; Elle y prit goût , 6c par elle dans peu Dans l'univers la fcience en fut fue : Mais nuit & jour, chez le peuple nonnain Il fut en vogue , où cette heureufe hiftoire Fut aufti-tôt écrite fur l'airain , Pour en graver à jamais la mémoire.

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