LES TROIS MANIERES
\gyz les Athéniens étoient un peuple aimable ! Que leurefprit m'enchante, ÔC que leurs fictions Me font aimer le vrai fous les traits de la fable ! La plus belle , à mon gré , de leurs inventions ? Fut celle du théâtre, où l'on faifoit revivre Les héros du vieux îems , leurs mœurs , leurs
paillons.
Vous voyez aujourd'hui toutes les nations ? Confacrer cet exemple , ôc chercher à le fuivre. Le théâtre inftruit mieux que ne fait un gros livret Malheur aux efprits-faux dont la fotte rigueur Condamne parmi nous les jeux de Melpomene, Quand le ciel eut formé cette engeance inhumaine *, La nature oublia de lui donner un cœur.
Un des plus grands plaifirs du théâtre d'Athene^ Etoit de couronner , dans des jeux folemnels , Les meilleurs citoyens , les plus grands des mortels. En préfence du peuple on leur rendoit juftice. Ainfi j'ai vu Villars , ainfi j'ai vu Maurice, Qu'un maudit courtifan quelquefois cenfura , Du champ de la victoire allant à l'opéra, Recevoit des lauriers de la main d'une actrice. Ainfi quand Richelieu revenoit de Mahon , ( Qu'il avoit prit pourtant en dépit de l'envie )
jr42. Poésies
Par-tout fur fon paffage il eut la comédie 5 On lui battit des mains encor plus qu'à Clairon^
Au théâtre d'Efchile , avant que Melpomene Sur fon cothurne akier vint parcourir la fcene, On décernoit les prix accordés aux amans» Celui qui dans l'année avoit pour fa maîtrefle Fait les plus beaux exploits, montré plus de tendreffe^ Mieux prouvé par les faits fes nobles fentimens, Se voyoit couronné devant toute la Grèce. Chaque belle plaidoit la caufe de fon cœur $ De fon amant aimé racontoit les mérites , Après un beau ferment dans les formes prefcrites* De ne pas dire un mot qui feqtit l'orateur , De n'exagérer rien , chofe affez difficile Aux femmes , aux amans , ôc même aux avocats. On nous a confervé l'un de ces beaux débats , Doux enfans du loifîr de la Grèce tranquille. C'étoit, il m'en fouvint, fous l'arconte Eudamas.
Devant les Grecs charmés , trois belles compa* rurent, La jeune Églé , Téone, 6c la trifte Apamîs. Lesbeaux-efpritsdeGreceaufpe&acleaccoururent; Ils étoient grands parleurs , & pourtant ils fe turent. Ecoutant gravement en demi-cercle affis.
Dans un nuage d'or , Vénus avec fon fils, Prêtoit à leur difpute une oreille attentive. La jeune Églé commence : Eglé (impie & naïve , De qui la voix touchante , & la douce candeur ,
diverses; 145"
Charmoient l'oreille & l'œil , 6c pénétroient au cœur.
Il G L h.
Hermotime mon père a confacré fa vie , Aux mufes , aux talens , à ces dons du génie ? Qui des humains jadis ont adouci les mœurs. Tout entier aux beaux-arts il a fui les honneurs 5 Et fans ambition caché dans fa famille ?J Il n'a voulu donner pour époux à fa tille , Qu'un mortel comme lui favorifé des dieux, Elevé dans fon art 3 & qui fauroit le mieux Animer fur la toile , & chanter fur la lyre 7 Ce peu de vains attraits que m'ont donné les deux*' Ligdamon m'adoroit \ fon efprit fans culture Devoti , je l'avouerai , beaucoup à la nature 3 Ingénieux, difcret, poli fans compliment , Parlant avec juftefle , & jamais favamment ; . Sans talens , il eft vrai, mais fâchant s'y connoître* L'amour forma fon cœur , les grâces fon efprit. Il ne fa voit qu'aimer : mais qu'il étoit grand maître3 Dans ce premier des arts que lui feul il m'apprit !
Quand mon père eut formé le deflein tyrannique De m'arracher l'objet de mon cœur amoureux , Et de me réferver pour quelque peintre heureux , Qui feroit de bons vers , & fauroit la mufique, Que de larmes alors coulèrent de mes yeux !
fi44 Poésies
Nos parens ont fur nous un pouvoir defpotique ; Puifqu'ils nous ont fait naître, ils font. pour nou.c
des dieux.
Je mourrois , il eft vrai , mais je mourrois foumife»
Ligdamon s'écarta , confus , défefpéré, Cherchant loin de mes yeux un afyle ignoré. Six mois furent le terme où ma main fut promit Ce délai fut fixé pour tous les prétendans. Ils n'avoiènt tous, hélas ! dans leurs trilles talens3 A peindre que l'ennui , la douleur ôt les larmes. Le tems qui s'avançoit redoubloit mes alarmes \ Ligdamon tant aimé me fuyoit pour toujours \ J'attendois mon arrêt, ôc j'étois au concours.
Enfin , de vingt rivaux les ouvrages parurent 5 Sur leurs perfections mille débats s'émurent : Je ne pus décider, je ne les voyois pas. Mon père fe hâta d'accorder fon fuffrage Aux talens trop vantés du fier 6c dur Harpage $ On lui promit ma foi, j'allois entre fes bras.
Un efclave emprefle frappe , arrive à grands pas* Apportant un tableau d'une main inconnue : Sur la toile aufîi-tôt chacun porta la vue : C'étoit moi. Je femblois refpirer 8c parler } Mon cœur en longs foupirs paroifibit s'exhaler; Et mon air & mes yeux tout annonçoit que j'aime, L'art ne fe montroit pas, c'eft la nature même, La nature embellie, 6c par de doux accords ,
L'ame étoit fur la toile aufîi bien que le corps ;
Une
Une rendre clarté s'y joint à l'ombre obfctire, Comme on voit au matin le folcil de Tes traits Percer la profondeur de nos vaftes forêts , Et dorer les moiffons, les fruits & la'verdure. Harpage en fut furpris , il voulut cenfurer j Tout le relie fe tut, & ne put qu'admirer. Quel mortel ou quel dieu, s'écrioit Hermotime* Du talent d'imiter fait un art fi fublime? A qui ma fille enfin devra-t-elle fa foi ? Ligdamon fe montrant, lui dit, elle eft à moi 5 L'amour feul eft fon peintre &. voilà fon ouvrage, C'eft lui qui dans mon cœur imprima cette image^ C'eft lui qui fur la toile a dirigé ma main : Quel art n'eftpas fournis à fon pouvoir divin ? Il les anime tous. Alors d'une voix tendre , Sur fon luth accordé Ligdamon fit enrendre Un mélange inoui de fons harmonieux } On croyoit être admis dans le concert des dieux:* Il peignitcomme A pelle , il chanta comme Orphée*
Harpage en frémiffant, fa fureur étouffée S'exhaloit fur fon front , 8c brûloit dans fes yeux. Il prend un javelot de fes mains forcenées, 11 court,, il va frapper , je vis l'affreux moment $ Où le traître à fa rage immoloît mon amant , Où la mort d'un feul coup tranchoit deux deftinées» Ligdamon l'apperçoitj il n'en eft point furpris 5 Et de la même main fous qui fon luth raifonne $ Et qui fut enchanter nos cœurs & nos efôrits ,
i4^ Poésies
Il combat Ton rival ? l'abat , ôc lui pardonne.1
Jugez , fi de l'amour il mérite le prix ,
Et permettez du moins que mon cœur le lui donné.
Ainfi parloit Églé. L'Amour applaudiflbît , Les Grecs battoient des mains , la belle rougiflbit £ Elle en aimoit encor fon amant davantage.
Leone fe leva : fon air & fon langage
Ne connurent jamais les foins étudiés ;
Les Grecs en la voyant fe fentoient égayés.
Téone fouriant conta fon aventure ,
En vers moins alongés , & d'une autre mefure ,
Qui courent avec grâce , ÔC vont à quatre pieds T
Comme en fît Hamilton , comme en fait la nature*
TÉONE.
Vous connoiffez tous Agaton , Il efl plus charmant que Nirée»
A peine d'un naiflant coton Sa ronde joue étoit parée; Sa voix eft tendre ; il a le ton Comme les yeux de cythérée.
Vous favez de quel vermillon La blancheur vive eft colorée ?
La chevelure d'Apollon N'ejt pas & longue & fi dorée*
Je le pris pour mon compagnon 9 Aulîï-tôt que je fus nubile.
Ce n'ell pas fa beauté fragile 7 t)oht mon cœur fut le plus épris $ S'il a les grâces de Paris j Mon amant a les bras d'Achille.
Un foir dans un petit bateau ?
Tout auprès d'une isle Cyclade y Ma tante & moi gourions fur l'eau Le plaifïr de la promenade j Quand de Lydie un gros vaifTeau Vient nous aborder à la rade.
Le vieux capitaine écumeur Venoit fouvent dans cette plage Chercher des filles de mon âge Pour les plaifirs du gouverneur* En moi je ne fais quoi le frappe 5 Il me trouve un air allez beau 5 Il laiffe ma tante, il me happe ^ 11 m'enlève comme un moineau , Et va me vendre à fon fatrape.
Ma bonne tante en glaphTant * Et la poitrine déchirée * S'en retourne au port du Pirée Raconter au premier partant Que fa Téone eft égarée 5 . Que de Lydie un armateur, \Ja vieux pirate* un revendeur
De la féminine denrée , S'en efl en allé livrer ma fleur.
Au commandant de la contrée.
Penfez-vous alors qu'Agaton S'amufât à verfer des larmes , A me peindre avec un crayon , A chanter fa perte &t mes charmes , Sur un petit pfaltérion?
Pour me ravoir il prit les armes :
Mais n'ayant pas de quoi payer Seulement le moindre eftàfier, Et fe fiant fur fa figure , D'une fille il prit la coëffure, Le tour de gorge ÔC le panier.
Il cacha fous fon tablier Un long poignard & fon armure ?
Et courut tenter l'aventure Dans la barque d'un nautonier»
Il arrive au bord du Méandre Avec fon petit attirail :
A fes attraits, à fon air tendre On ne manqua de le prendre Pour une ouaille du bercail , Où l'on m'avoit déjà fait vendre ; Et dès qu'à terre il put defcendre 7 On l'enferma dans mon ferrail.
Je ne crois pas que de fa vie Une fille ait jamais goûté
Le quart de la félicite
Qui combla mon aine ravie ,
Quand dans un ferrail de Lydie
Je vis mon Grec à mon côté ,
Et que je pus en liberté
Récompenfer la nouveauté
D'une entre prife fi hardie.
Pour époux il fut accepté.
Les dieux feuls daignèrent paroître
A cet hymen précipité ;
Car il n'etoit point là de prêtre -7
Et comme vous pouvez penfer, Des valets on peut fe pafler
Quand on eft fous les yeux du maître.
Le foir le fatrape amoureux ,
Dans mon lit fans cérémonie,
Vint m'expliquer fes tendres vœux.
ïl crut pour appaifer fes feux
N'avoir qu'une fille jolie \
ïl fut furpris d'en trouver deux.
Tant mieux, dit-il, car votre amie$
Comme vous eft fort à mon gré }
J'aime beaucoup la compagnie 5
Toutes deux je contenterai ,
N'ayez aucune jaloufïe.
Après fa petite leçon ,
Qu'il accompagnoit de careffes ,
Il vouloit agir tout de bon 3
ï5q Poésies
II exécutoit Tes promettes,
Et je tremblois pour Agaton j
Mais mon Grec d'une main guerrière 3
Le faillirent par la crinière,
Et tirant Ton eïïramaçon ,
Lui fit voir qu'il étoit garçon ,
Et parla de cette manière :
Sortons tous trois de la maifon , Et qu'on me falle ouvrir la porte } Faites bien ligne à votre efeorte De ne fuivre en nulle façon :
Marchons tous les trois au rivage 5 Embarquons-nous fur un efquif , J'aurai fur vous l'œil attentif j Point de gefte , point de langage 9 Au premier ligne un peu douteux , Au clignement d'une paupière , A l'inftant je vous coupe en deux, Et vous jette dans la rivière.
Le fatrape étoit un feigneur Alfez fujet à la frayeur j H eut beaucoup d'obéiflance , Lorfqu'on a peur on eft fort doux.
Sur la nacçlie en diligence Nous l'embarquâmes avec nous.
Si- tôt que nous fûmes en Grèce , Son vainqueur le mit à rançon j Elle fut en fbnnante efpecç:
Elle ctoît forte, il m'en fit don :
Ce fut ma dot ÔC mon, douaire.
Avouez qu'il a f i plus faire
Que le bel-efprît Ligdamon ;
Et que j'aurois fort à me plaindre,
S'il n'avoit fongé qa'à me peindre,
Et qu'à me faire une chanfon. m
Les Çrecs furent charmés de la voix douce Se . vive , Du naturel aifé , de la gayeté naïve, Dont la jeune Téone anima fon récit. La grâce en s'exprimant vaut mieux que ce qu'on dit- On applaudit , on rit , les Grecs aimoient à rire, Pourvu qu'on foitcontent,qu'importe qu'on admire?
Apamis s'avança les larmes dans les yeux j Ses pleurs étoient un charme , &. la rendoient plus
belle.
Les Grecs prirent alors un air plus férieux, Et des qu'elle parla, les cœurs furent pour elle. Apamis raconta fes malheureux amours En mètre qui n'étoient ni trop longs ni trop courts $ Dix fyllabes par vers mollement arrangées , Se fuivoient avec art & fembloient négligées j " Le rithme en eft facile , il eft mélodieux 5 l^'he^imitre eft plus beau , mais par fois ennuyeux.
j%£ Poésies
L'aflre cruel fous qui j'ai vu le jour,
M'a fait pourtant naître dans Amathonte,
Lieux fortunés , où la Grèce raconte
Que le berceau de la mère d'Amour
} <^r les plaifirs fut apporté fur l'onde :,
Elle y naquit pour le bonheur du monde ,
A ce qu'on dit, mais non pas pour le mien.
Son culte aimable , ôc fa loi douce & pure,
A fes fnjets n'avoient fait que du bien ,
Tant que fa loi fut celle de nature.
Le rigonfme a fouillé fes autels ;
Les dieux font bons \ les prêtres font cruels»
Les novateurs ont voulu qu'une belle ,
Qui par malheur deviendroit infideile ,
Iroit finir fes jours au fond de l'eau,
Où la déefie avoit eu fon berceau ,
Si quelque amant ne fe noyoit pour elle.
Pouvoit-an faire une loi û cruelle ?
Hélas ! faut-il le frein du châtiment
Aux cœurs bien nés pour aimer conflammcnt ?
Et il jamais à la foibleiTe en proie
Quelque beauté vient à changer d'amant ,
C\:ft un grand mal ; mais faut-il qu'on la noie ?
Tendre Vénus , vous qui fîtes ma joie , Et mon malheur , vous qu'avec tant de foia JPavoIs fervic avec le beau Batile ?
D'un cœur fi droit, d'un efprit fi docile , \£ous le favez , je vous prends à témoin , Comme j'aimois , & fi j'avois befoin Que mon amour fût nourri par la crainte 5 Des plus beaux nœuds la pure & douce étreinte Faifoit un cœur de nos cœurs amoureux.
Batile 6c moi nous refpirions ces feux Dont autrefois a brûlé la déefle.
L'aftre des deux en commençant fon cours , En l'achevant contemploit nos amours 5 La nuit favoit quelle étoit ma tendreiTe.
Arénorax, homme indigne d'aimer, Au regard fombre, au front trille, au cœur traître? D'amour pour moi parut s'envenimer.
Non s'attendrir, il le fit bien connoître. Né pour haïr , il ne fut que jaloux.
Il diftilla les poifons de l'envie 3 Ii fit parler la noire calomnie.
O délateurs , monflres de ma patrie, Nés de l'enfer, hélas ! rentrez-y tous. L'art contre moi mit tant de vraifemblance , Que mon amant put même s'y tromper , Et l'impoflure accabla l'innocence.
Difpenfez-moi de vous développer Le noir tifîu de fa trame fecrette , Mon tendre cœur ne peut s'en occuper , ïl ef: trop plein de l'amant qu'il regrette» A la déeiîe en vain j'eus mon recours {
Tout me trahit , je me vis condamnée A terminer mes maux &. mes beaux jours, Dans cette mer où Vénus étoit née.
On me menoit au lieu de mon trépas ; Un peuple entier mouilloit de pleurs mes pas , Et me plaignoit d'une plainte inutile , Quand je reçus un billet de Batile , Fatal écrit qui changeok tout mon fort ! Trop cher écrit plus cruel que la mort ! Je crus tomber dans la nuit éternelle Quand je l'ouvris, quand j'apperçus ces mots : Je meurs pour vous , fuflïez-vous infidelle. C'ea étoit fait : mon amant dans les flots S'étoit jeté pour me fauver la vie.
On l'admiroit, en pouvant des fanglots.
Je t'implorois , q mort ! ma feule envie, Mon feu! devoir ! On eut ia cruauté De m'arrêter lorfque j'allois le fuivre. On m'obferva, j'eus le malheur de vivre. De rimpofteur la fombre iniquité , Fut mife au jour ÔC trop tard découverte, Du talion il a fubi la loi ; Son châtiment répare-t-il ma perte ? Le beau Batile eft mort , & c'eft pour moi !
Je viens à vous , ô juges favorables ! Que mes fqupirs , que mes funèbres foins Touchent vos coeurs que j'obtienne du moins Un appareil à des maux incurables..
DIVERSES. ISS
A mon amant dans la nuit du trépas
Donnez le prix que ce trépas mérite 5
Qu'il fe confole aux rives du Cocite ,
Quand fa moitié ne fe confole pas.
Que cette main qui tremble $C qui fuccombe 9
Par vos bontés encor fe ranimant ,
Puifle à vos yeux écrire fur fa tombe :
« Athene ÔC moi couronnons mon amant. >>
Pifantces mots, fes fanglots l'arrêtèrent ;
Elle fe tut y mais fes larmes parlèrent.
Chaque juge fut attendri.
Pour Églé d'abord ils pancherent }
Avec Téone ils avoient ri ,
Avec Apamis ils pleurèrent.
J'ignore & j'en fuis bien marri,
Quel eft le vainqueur qu'ils nommèrent
Au coin du feu , mes chers amis , C'eft pour vous (êul que je tranfcris ? Ces contes tirés d'un vieux fage.
Je m'en tiens à votre fuflfragej C'eft à vous de donner le prix.
Vous êtes mon Aréopage.
js*» Poésies
THELEME ET MACARE.
.ft. héléme eft vive , elle eft brillante , Mais el!e eft bien impatiente j Son œil eft toujours ébloui, Et Ton cœur toujours la tourmente.
Elle aimoit un gros réjoui , D'une humeur toute différente,.
Sur Ton vifage épanoui Eft la fénérité touchante ; Il écarte à-la- fois l'ennui , Et la vivacité bruyante.
Rien n'eft plus doux que Ton fommeil \ Rien n'eft plus doux que Ton réveil \ Le long du jour il vous enchante.
Macare eft le nom qu'il portoit.
Sa maureiTe inconfidérée Par trop de foins le tourmentoit :
Elle vouloit être adorée.
En reproches elle éclata :
Macare en riant la quitta, Et la lauTa défefpérée.
Elle courut étourdiment Chercher, de contrée en contrée % Son infidèle & cher amant, N'en pouvant vivre féparée^
DIVERSES., a^7
Elle va d'abord à la cour.
Auriez- vous vu mon cher amour ?
N'avez-vous point chez vous Macare l Tous les railleurs de ce féjour Sourirent à ce nom bizarre.
Comment ce Macare efï-il fait ?
Où l'avez-vous perdu , ma bonne ?
Faites-nous un (Ski fon portrait.
Ce Macare qui m'abandonne , Dit-elle , eft un homme parfait , Qui n'a jamais haï per/bnne , Qui de perfonne n'eft haï, Qui de bon-fèns toujours raifonne?
Et qui n'eut jamais de fouci.
A tout le monde il a fu plaire.
On lui dit, ce n'eft pas ici Que vous trouverez votre affaire 9 Et les gens de ce caractère , Ne vont pas dans ce pays-ci.
Théléme marcha vers la ville.
D'abord elle trouve un couvent $ Et penfe dans ce lieu tranquille Rencontrer fon tranquille amant.
Le fous-prieur lui dit, madame, Nous avons long-tems attendu Ce bel objet de votre flamme -> Et nous ne l'avons jamais vu.
Mais nous avons en récompenfe 9
hs« & o i
Des vïgiîes, du teins perdu,
Et la difcorde, & i'abftinence*
Lors un petit moine tondu
Dit à la dame vagabonde :
Cefiez de courir à la ronde
Après votre amant échappé 5
Car fi l'on ne m'a trompé ,
Ce bon homme eft dans l'aUfce mondes
A ce difcours impertinent Théléme fe mit en colère 2 Apprenez, dit-elle , mon frère , Que celui qui fait mon tourment , Eft né pour moi , quoi qu'on en dife : Il habite certainement Le monde où le deftin m'a mife , Et je fuis fon feul élément :
Si Ton vous fait dire autrement, On vous fait dire une fottife,
La belle court de ce pas Chercher au milieu du fracas y Celui qu'elle croyoit volage.
Il fera peut-être à Paris , Dit-elle , avec les beaux-efprits, Qui l'ont peint fi beau & (i fage»
L'un d'eux lui dit, fur mon avis Vous pourriez vous tromper peut-être ; Macare n'eft qu'en nos écrits 5 Nous l'avons peint fans le connoïtre*
Elle aborda près du palais ?
Ferma les yeux 8t pafla vite :
Mon amant ne fera jamais Dans cet abominable gîte.
Au moins la cour a des attraits, Macare auroit pu s'y méprendre; Mais les noirs fuivans de Thé mis Sont les éternels ennemis De l'objet qui me rend fi tendre.
Théléme au temple de Rameau Chez Melpomene , chez Thalie , Au premier fpectacle nouveau ?
Croit trouver l'amant qui l'oublie. Elle efl priée à ce repas , Où préfident les délicats , Nommés la bonne compagnie.
Des gens d'un agréable accueil , Y femblent au premier coup-d'ceil * De Macare être la copie :
Mais plus ils étoient occupés Du foin flatteur de le paroître , Et plus à Tes yeux détrompés 9 Ils étoient éloignés de l'être.
Enfin , Théléme au défefpoir , Lafle de chercher fans rien voir , Dans fa retraite alla fe rendre.
Le premier objet qu'elle y vit , Fut Macare auprès de fon lit 9
ï'6d Poésies
Qui Tattendoit pour la furprendrc.
Vivez avec moi déformais,
Dit-il, dans une douce paix,
Sans trop chercher, fans trop prétendre j
Et Ci vous voulez poiléder ,
Ma tendrefle avec ma perfonne,
Gardez de jamais demander
Au-delà de ce que je donne»
Les gens de grec enfarinés , Connoîtront Macare ÔC Théléme , Et vous diront fous cet emblème , A quoi nous fommes deftinés.
Macare, c'efl: toi qu'on defire , On t'aime , on te perds -7 & je croi Que je t'ai rencontré chez moi ^ Mais je me garde de le dire.
Quand on fe vante de t'avoir j, On en eft privé par l'envie ; Pour te garder il faut favoir Se cacher & cacher fa vie,
DIVERSES* t%\