‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 43 sur 61 · LES GRACES REFORMÉES · texte numérisé non relu

LES GRACES REFORMÉES

JLiorsqu'en t'infîruifant tu t'amufes

A confïdérer tous ces dieux ,

Dont tant de favoris des mufës ,

Ont pris foin de peupler les cieux, a Onenpourroitjdis-tu, réformer quelques clauses 3 » L'abondance des biens en fait tomber le prix 3 » Pourquoi , par exemple ? trois grâces ? 5) Une feule eût fuffi. » D'accord , jeune Philis :

Mais il étoit peu vraifemblable Qu'une feule beauté raflemb'ât tant d'appas 5

Puifqu'on ne te connoiflbit pas ,

Cette erreur étoit pardonnable.

i68 Poésies

ALCIBIADE A GLYCERE, HP

JL o l , dont le teint eft plus frais que les fleurs , Toi, que l'amour nomma fa bouquetière , Qui près du temple embelli pour fà mère , Vends tes bouquets ÔC vole tous les cœurs \ Confole-moi , mon aimable Glycere.

Loin du bofquet où tu comblas mes vœux, Oy le plaifir te fit ma fouveraîne , J'habite, hélas ! des palais faftueux j Je fuis l'amant d'une fuperbe reine :

Glycere , hélas ! je fuis bien malheureux ! Ah ! que le trône , ah ! que fon étalage Nuit aux defjrs , effarouche l'âmouf !

Sur les carreaux je m'endors à la cour , Comme avec toi je veiilois au village.

L'ombre d'un hêtre , un afyle écarté , Une bergère, au printems de fon âge , Pour un amant , ainfi que pour un fage, Sont plus qu'un trône & qu'une majeflé. Vénus jamais ne porte un diadème :

Comme le tien, fon front efl ceint de fleurs, La beauté feule eft fon pouvoir fuprême , Et fcs palais , des berceaux enchanteurs. Quand fous leur voûte Adonis en (ilence ? Etoit conduit par la main du defir ,

Vénus alors oubliant fa puifTance ,

Etoit mortelle en faveur du plaifîr 5

Vénus fou vent defcendoit fur la terre \

Son fils , lui feul, étoit fon confident;

Pour fon amant , Vénus étoit bergère ,

Ne pouvant faire un dieu de fon amant.

Mais le moyen (pardonnez , grande reine )

D'être amoureux avec tant d'apparat !

L'amour heureux que révolta une chaîne,

S'il eft trop vu , n'eft jamais délicat.

Qu'auprès de vous retenu par lui-même ,

Libre toujours , il foit toujours confiant !

On a chez vous une charge d'amant :

Ah \ comment donc voulez-vous qu'on vous aime 1

N'ayez donc plus de premier écuyer ,

Qui chaque foir vienne me réveiller ,

En me difant, d'une voix bien hautaine :

Allons, feigneur, c'eft afTez fommeilîer 5

Allons, feigneur, venez. . . aimer lajeine.

Tenez , madame , afin d'en mieux jouir,

Ne réglez plus les inftans du piaifir ;

L'occafïon , le caprice eft fon guide ;

Comme l'Amour, il aime à voltiger ;

Que le hafard toujours lui feul décide

Le vrai moment 6c l'heure du berger*

Que fans éclat, fans importante efcorte,

En tâtonnant , fur- tout fans écuyer ,

l'entre, pieds nus, par un autre efcalier

xjq Poésie

Dont vous m'aurez vous-même ouvert la porte ;

Que fouvent même, Se fans aide & fans bruit,

Prenant alors , dans l'ombre de la nuit,

Uo pet-en-Iair pour tunique royale,

Sa majerlé , fe faifant mon égale ,

Vienne trouver fpn amant dans fon lit :

Refpe&ant moins, j'aimerai davantage;

Pour vos attraits j'oublirai tous vos droits 5

Et vous verrez, reine , que quelquefois

Un froid refpecl: vaut bien moins qu'un outrage.

Mais pour l'amour ouvrir les deux battans ,

Le promener , fuivi d'une brigade ,

Sous les lambris de vingt appartemens ,

Le recevoir fur un lit de parade ,

Beau lit d'honneur, faftueux ornemens ,

Superbe dais , magnifique retraite ,

Où l'on s'endort, où l'on donne, en bâillant,*

A fa grandeur un baifer d'étiquette ! . . . .

C'eft un enfant que le dieu de Paphos :

ïl veut voler fans efclave & fans maître :

il veut fouvent entrer par la fenêtre.

Quelquefois même il y veut des barreaux:

Le bruit l'effraye &c le fait difparoître 5

L'obflacle feul irrite fes defirs -7

Pour le détruire , il fait le faire naître :

S'il eft tranquille, il n'a plus de plaifirs. . . •

Ceft chez toi feule y ô ma belle Glycere l

Que cet enfant prodigue mon bonheur ; Tu fais tromper : mais aufli tu fais plaire ; Il faut tromper dans l'amoureux myftere , Puifque l'Amour eft lui-même un trompeur. Que tu lui dois , fripponne , de guirlandes Pour tous les biens dont il fut te parer î Et ce n'eft pas toujours par les offrandes De tes bouquets que tu dois l'honorer.

Il te doua , pour foutenir fa gloire , De deux grands yeux tant foit peu libertins : Il t'eût fait tort de plus d'une victoire , S'il t'en avoit donné de moins coquins : Il te fit belle, Se qui plus eft: , jolie 9 Il prit plaifir à former les contours De ce beau fein que tu caches toujours , Pour qu'à le voir toujours on s'étudie j N'oubliant rien , il t'apprit à rougir, Même à pleurer } il unit dans Glycere, Pour tout charmer, pour tout affujettir, L'air de lais aux traits d'une bergère : Glycere a tout pour donner du plaifir, . » Le fouvenir de tes feules carefles Fait plus fur moi que la réalité Des grands baifers , des royales tendrefles Dont m'ennuira dans peu fa majefté.

Hélas ! ici la pourpre m'environne $ Je fuis chargé de dorures & d'ennuis : De beaux œillets par toi-même cueillis

'37* Po i SIES

Formoient chez toi mon dais & ma couronne ; Nous n'avions point de fuperbes habits j Le goût faifoit notre magnificence :

Mais nous avions, Gîycere, en récompenfe, De bien beaux jours 8t de plus belles nuits. L'Amour jamais n'exigea de parure :

Jamais F Amour ne confulte un miroir^ Ses blonds cheveux flottoient à Faventure 07 L'orn'eft point fait pour meubler un boudoir. Je n'aime point ce fuperbe étalage , Tous ces réfeaux, ennemis du defîr, Toujours armés contre la main volage , Qui veut errer dans le champ du plaifïr : La volupté s'en indigne §C murmure.

Chez toi , Gîycere , on craint peu ce deftin ; On n'y reçoit jamais d'égratignure Que de la rofe éparfe dans ton fein : Mais que l'on doit chérir cette piquure Lorfque la bouche, au fourire enfantin, Vient elle-même effuyer la bîeffure !

Ces longs repas, que l'on nomme feftins , Où près de vous , l'ennui fe met à table , Valent-ils donc ces foupers clandeftins , Où le plaifir fait toujours rendre aimable? Où la douceur de tromper un jaloux , Un vieux Midas , ajoute à notre joie } Où fans projet, le rire fe déploie j Où fans juger les fages ni les foux,

DIVERSES. Xjf

Nous oublions tout l'univers pour nous ? Où l'appétit, qui naît du plaifir même y De tous les plats fe fait le cuiunier } Où libertin Se gourmand par fyflême, L'on mange bien ÔC Ton s'aime de même ) Où l'on eft deux fans crainte de bâiller? Ah ! que me font toutes ces caifolettes, Tous ces parfums, tous ces vafes brillans, Ces dais couverts de cent mille paillettes ? Où l'on refpire un infipide encens ?

J'aime bien mieux cette (impie corbeille 7 Où le matin , quand le timide oifeau Vient t'annoncer que l'aurore s'éveille, Ta main confond les lys 8t le barbeau , Ce beau panier que la rofe couronne, Qui dans tes mains , de l'amour eft le trône j Et qui jadis lui fervit de berceau

Mais , dis-moi donc , que fervent à la reine

Tous ces trumeaux qu'elle a fait difpofer

Près d'un fopha qui donne la migraine?

Je te promets qu'elle eût pu s'en paiTer.

Eft ce, dis-moi, redoutant le murmure

Et l'œil perçant de la malignité ,

Pour rétablir l'ordre de fa parure ?

De quoi s'occupe , hélas ! fa majefté *

Je fais prévoir cette trifte aventure :

Prefque jamais fon rouge n'eft ôté.

Rappelle .'toi, ma Glycere , cette onde

rîf4. V o û s i fi s

Où réparant les larcins du plaifîr , Tu rattachois ta trèfle vagabonde Que dérachoit auflî-tôt le defîr. Te fouvient-il de ce jour, ma Glycere?

(Ce jour étoit la fête de l'amour ) Pour le fêter , abandonnant la cour, Nous fûmes feuls vers ce bois folitaire Que tu fais bien qu'à la cour il préfère. Ah, le beau jour ! comme j'étois heureux ! Tout me fembloit d'un fortuné préfage : Si je levois mes regards vers les cieux , Je découvrois un azur fans nuage j Dans les forêts , les oifeaux chantoient mieux 5 Bien plus matin la compîaifante aurore Me paroifîbit , en faveur des amours , Verfer fes pleurs fur les parfums de flore, Et pour nous deux avoir changé fon cours 3 Du frais zéphir l'haleine étoit plus pure 5 Un air plus doux rajeunifîbit les champs 5 Tout renailToit : l'afpeâ de deux amans Avoit fans doute embelli la nature.

Ivre d'amour , le defir dans les yeux , J'entre avec toi dans cette grotte fombre, Que vingt palmiers défendent par leur ombre Des feux du jour comme des envieux ; Dans tous les tems , un lit de fleurs nouvelles Y tend un piège à la foible beauté ; L'amour jura que jamais de cruelle? y

DIVERSES. ï?5

Aucun mari , pas une majcfté ,

Ces froids tyrans des pluifirs &; des belles ,

N'habiteroient ce féjour enchanté .

C'eft-là, Glycere, ô ma belle maîtreiT: !

Qu'enfin j'obtins cet amoureux baifer,

Qu'apparemment pour doubler mon ivrefie ?

Pendant deux jours tu fus me réfuter.

Connois-tu bien la grande différence

Qu'entre Giycere & nos femmes de cour?

Pour décider toujours la préférence j

En ta faveur, a fu mettre l'amour ?

Tiens , la voici : toujours vive & coquette ?

Tu vas donnant des baifers, des faveurs j

Nous t'adorons , nous nous croyons vainqueurs i

Mais un caprice, & foudain la retraite

Efr. notre lot, tu te ris de nos pleurs 5

Un doux regard précède tes rigueurs ;

Et leurs rigueurs annoncent leur défaite :

Mais le caprice , en te parlant pour moi ,

Fit mon bonheur } ( puis- je dire le nôtre ? )

Tu me favois plus fcélérat qu'un aurre :

Ce titre eft bien quelque chofe pour toi ;

Je fuis heureux , j'étois digne de l'être ^

Je t'adorois , je t'aimois , je brûîois :

Sur ton beau fein , je mourrois pour renaître ,

Et pour mourir toujours je renaiflbis.

Bien différente en ceci d'une reine ,

Qui veut toujours qu'on falTe tous les frais ;

Pour le plaifir tu partageois la peine V Et par la peine au plaifir tu gagnois. Dieux ! quels momens ! je vois ta belle bouche? Belle toujours , fur-tout quand on y touche ^ Je vois tes yeux embellis par ces pleurs, Que le plaifir , tu le fais , fais répandre , Nuages doux,amourcufes vapeurs, Dans tes beaux yeux mêlés d'un feu fi tendre \ J'entends encor ces foupirs enchanteurs , Et ces baifers que mes lèvres errantes Venoient chercher fur tes lèvres brûlantes ? Où le plaifir confondoit nos deux cœurs ^ Ces tiemi-mots du defir qui s'éveille, Ces fons touchans foudain interrompus , Plus éloquens , pour être fufpendûs, Viennent toujours carefler mon oreille.

Je viens de rire , ôc je vais m'ennuyer } Ah î c'en eft fait , la force m'abandonne 5 J'entends déjà le maudit écuyer ; Adieu , Glycere , adieu } je vais bâiller Bien tendrement fur les degrés du trôner Vole par jour vingt mille libertés -7 Fais-moi par jour vingt infidélités , Cent, û tu peux : va, je te le pardonne ^ Dupe les vieux , ÔC ruine les fots :

Conferve bien ta fripponne de mine j Garde-toi bien de perdre tes défauts :

Sois toujours belle, 6c fur-tout bien coquine

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DIVERSE Se

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