‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 45 sur 61 · EPITRE A UNE COQUETTE · texte numérisé non relu

EPITRE A UNE COQUETTE

>L^'est aflez me croire ta dupe :

En dépit de ta vanité

Et du manège qui t'occupe ,

D'honneur, je ne l'ai pas été.

Sauve qui peut ! . ..Jeune ÔC charmante ?

Tes traits fur moi n'ont point porté j

Sans doute, Pinfulte eft criante 5

C'eft manquer à la probité 5

A tes rufes les plus fêcrettes ,

Qui, moi, j'ai le front d'échapper !

Tout amant qu'on ne peut tromper ,

Eft un monftre aux yeux des coquettes.

Je l'avouerai , quand je te vis , Fraîche , comme on l'efl au bel âge , T'avancer au milieu des ris , Et fixer la foule volage De tous nos jeunes étourdis , T'ofFrant des cœurs à ton pafTage j Lorfque je vis tes beaux cheveux t Tomber à boucles ondoyantes , Sur tes épaules éclatantes , Dont l'albâtre en refîbrtoit mieux ; Lorfque je vis fur tes grands yeux Tes longues paupières baillées ,

Û ï- V E R S E Sb ÏJ$

Et ton regard ingénieux

Où J*on croit lire tes penfées 5

Cette taille qui tour à tour

Ei\ légère ou voluptueufe,

Et fait être majeilueufe ,

Sans trop effaroucher l'Amour^

Embrafé d'une ardeur nouvelle ,

Quand je vis tout cela, Zulmé,

Je m'écriai : comme elle efl belle !

Qu'il feroit doux d'en être aimé !

Mais après la première ivreiTe ,

Quand, iailTant tomber Je bandeau $

Je vis tes projets , ton adreïTe ,

Et tous le revers du tableau ,

Ta beauté toujours fous les armes >

Pour infuker à fes martyrs ,

L'artifice de tes foupirs

Et le menibnge de tes larmes 5

Quand je te vis à tes amans

Jeter une amorce perfide ,

Pour t'affurer de leurs tourmens 5

Quand je furpris une ame aride ,

Sous le mafque des feritimens 5

J^orfque pour fuivre une conquête $

Je te vis avec tant de feu ,

Mettre cent parlions en jeu 9

Avec l'amour- propre à leur tète :

Prompt alors à me dégager,

x2o Poésies

Et plein d'un fens froid qui m'étonne } Je m'écriai : qu'elle eft fripponne !

Et quel plaifîr de s'en venger !

Bref, la guerre entre nous commence :

J'abjurai vite mon amour ?

Et n'en gardai que l'apparence 5 Tu m'enhardis le premier jour; Le fécond , je ris quand j'y penfè? Tu fis un effort de décence ; Les dédains même eurent leur tour^ Je me tins prêt à la défenfe.

A cet a&e d'hoflilité; J'oppofe une autre batterie :

J'encourage ta perfidie , Par un défefpoir imité.

Bientôt mon air d'indifférence Arme l'orgueil de tes appas :

Nouvelle attaque ? autres combats :

Nous déployons notre feience :

C'eft à qui fera le plus faux :

De l'art épuifant les chef d'œuvres f Je déconcerte tes manœuvres , Et contremine tes travaux.

Ta prudence en vain fe ménage Des chemins couverts & mêlés :

Dans tes plus fombres défilés ?

Je fuis toujours fur ton paflage.

Te fouvient-il de ce moment 7

DIVERSES. l8ï

Où , balloté par ton caprice ,

Je foupirois fi tendrement

En accufant ton injuilice ?

J'appuyai ces foupirs trop vains

Par un beau déluge de larmes t,

Tes yeux alors fembloient fereins ;

Tu jouifîbis de mes alarmes :

Eh bien ! ces pleurs , ils étoient feints 5

J'en fuis défolé pour tes charmes.

Te fouvient-il encor d'un foir,

Où fur un fopha renverfée 9

Et par cent zéphirs careffée

Dans le plus magique boudoir 9

Trois fois tu m'étois retracée

Par le jeu d'un triple miroir ?

Tes frais vêtemens laiiîbient voir

Une jambe au hafard jetée ?

Attitude exprès méditée ,

Pour me rembarquer dans Pefpoïr ?

La lumière demi-volée ,

Coloroit ton fein prefque nu ,

Allant fans être contenu,

Comme une fleur fort effeuillée

Du calice qu'elle a rompu }

J'ordonnai : mes yeux s'allumèrent^

Doux avant-coureurs des plaifirs ,

Les geftes, les regards parlèrent,

Et tu les pris pour des deflrs.

'*?* Poésies

Tu t'abufois. Ciel , quel outrage ?

En vain expiroit ta fierté ,

En vain l'amour livroit paflage

A Theureufe témérité :

Tu fais trop combien je fus fage ,

Et cependant des feux de l'âge

J'ai toute la vivacité.

Je riois de ta dignité

Qui contraftoit avec l'injure ^

Du défordre de ta parure ;

De ton maintien déconcerté 5

Et tu vis dans cette aventure ?

Que la jeunefle ôc la beauté

N'ont qu'un pouvoir bien limité ,

Sans le charme de la nature.

Combien te furpaïfe à mes yeux J,a bergère douce ÔC fenfible , Qui par un attrait invincible ?

Naïvement fait un heureux !

Ses baifcrs peignent fon ivrefTe 9 Sans ôter rien à fa candeur ; Succombe-t-clle ? fa foiblefle La pare aux yeux de fon vainqueur :

Sans la moindre fupercherie.

Elle s'embellit en aimant ?

Et fa feule coquetterie Eft l'art de plaire à fon amant.

Mais quels tableaux vais- je te faire ?

Je choifîs là de vieux crayons ,

Et refîufcite la chimère

Des Hilas ÔC des Corydo.ns ,

Mourant d'amour fur la fougère ,

Et bien plus fots que leurs mourons.

Va, Zulmé, fournis ta carrière.

Il eft tant de mortels blafés ,

Tant de petits feigneurs ufés ,

Qui réclament ton favoir faire !

Exerce tes jolis taîens ,

Sur quelques fous mélancoliques 5

Attaque des tempéramens

Ruffes , anglois , ou germaniques ;

Voilà, crois-moi, voilà tes gens.

Pour moi , je hais trop l'artifice , Et je tiens trop aux fèntimens :

Sais-je évaluer un caprice ?

Sais- je prifer de faux fsrmens ?

Trompe , défefpere , tourmente Les oififs qui font tes amans } Pourfuis : coquette de vingt ans , N Ta couronne eft encor brillante 5 Mais c'eft à trente où je t'attends»

Poésies

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