L'ENFANT ET LA' POUPÉE
JÎJ>ans une foire un jeune enfant?
Promené par fa gouvernante ,
Contemploit d'un œil dévorant Maints beaux colifichets: tout lui plait, tout le fente^ Il veut un polichinelle , enfuite un porteur d'eau 9 ,Et puis il n'en veut plus : voulez- vous une épée? Ah oui , mais non , j'aime mieux ce berceau *
Il l'eût pris fans une poupée ,
Qui le féduifît de nouveau ; On la lui donne , en fautant il l'emporte ,•
Chez fa maman le voilà de retour j-
Aux gens du logis tour à tour Il fait baifer l'objet qui d'aife le transporte ;
Depuis le matin jufqu'au fbir , De chambre en chambre , il la promené; Il faut aller coucher, il la quitte avec peine; Il s'endort en pleurant dans les bras de l'efpoir ; En dormant il en rêve , Se le jour le ramené Sa mimi , qu'on rapporte , & vite , il veut, la voir,
Pendant près de huit jours avec exactitude,
L'enfant joue avec fa catin ; Il paroiffoit content, mais le petit coquin, De la pofîeflïon fe fit une habitude.
L'habitude Se le froid fe tiennent par la main : Ce froid donc s'enfliivit, ÔC le dégoût enfin.
Combien de belles font trompées i
Combien de volages amans i
Hommes , vous êtes des enfans ;
Femmes, vous êtes des poupées,
« — — - — — »»-g^ja.^.— .
L'anesse et la cavale,
iA mère d'un ânon jadis A ceïle d'un poulain adreffa ce langage : Ma voifïne, plus j'envifage La refTemblance de mon fils , Plus je trouve qu'il m'eft permis D'en attendre à coup fur leur commun avantage. Nés & nourris tous deux dans le même bocage , Tous deux mignons, tous deux jolis, En un mot, tous deux du même âge , ïl ne leur refte plus qu'à devenir amis. Mon poupon que voilà peut être utile au vôtre 5 Comme le vôtre au mien } je brûle de les voir Partager leur plaifir du matin jufqu'au foir ,
i9? Poésies
S'inftrqire tour-à -tour, fe corriger l'un l'autre Bref il ne tiendra pas à mon confentement, Qu'au plus tôt, en faveur de leur avancement
Ils ne vivent , fi bon vous femble ,
Ainfï que vrais jumeaux enfemhle.
Ma voifine, cela ne prcffe nullement ,
Répond la cavale ilacere y Quoique vous n'en difïez, j'ai peine à convenir. Que pour leur bien commun , il faille les unir °7
Car tenez , quand je confîdere Combien les jeunes gens favent mieux retenir
Le mal , que s'inftruire à bien faire , J'ai tout lieu de douter , (bit dit fans vous déplaire 9 Que jamais votre fils puiiTe apprendre à hennir, Et j'ai peur que le mien ne s'accoutume à braire.