‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 49 sur 61 · L'ENFANT ET LA' POUPÉE · texte numérisé non relu

L'ENFANT ET LA' POUPÉE

JÎJ>ans une foire un jeune enfant?

Promené par fa gouvernante ,

Contemploit d'un œil dévorant Maints beaux colifichets: tout lui plait, tout le fente^ Il veut un polichinelle , enfuite un porteur d'eau 9 ,Et puis il n'en veut plus : voulez- vous une épée? Ah oui , mais non , j'aime mieux ce berceau *

Il l'eût pris fans une poupée ,

Qui le féduifît de nouveau ; On la lui donne , en fautant il l'emporte ,•

Chez fa maman le voilà de retour j-

Aux gens du logis tour à tour Il fait baifer l'objet qui d'aife le transporte ;

Depuis le matin jufqu'au fbir , De chambre en chambre , il la promené; Il faut aller coucher, il la quitte avec peine; Il s'endort en pleurant dans les bras de l'efpoir ; En dormant il en rêve , Se le jour le ramené Sa mimi , qu'on rapporte , & vite , il veut, la voir,

Pendant près de huit jours avec exactitude,

L'enfant joue avec fa catin ; Il paroiffoit content, mais le petit coquin, De la pofîeflïon fe fit une habitude.

L'habitude Se le froid fe tiennent par la main : Ce froid donc s'enfliivit, ÔC le dégoût enfin.

Combien de belles font trompées i

Combien de volages amans i

Hommes , vous êtes des enfans ;

Femmes, vous êtes des poupées,

« — — - — — »»-g^ja.^.— .

L'anesse et la cavale,

iA mère d'un ânon jadis A ceïle d'un poulain adreffa ce langage : Ma voifïne, plus j'envifage La refTemblance de mon fils , Plus je trouve qu'il m'eft permis D'en attendre à coup fur leur commun avantage. Nés & nourris tous deux dans le même bocage , Tous deux mignons, tous deux jolis, En un mot, tous deux du même âge , ïl ne leur refte plus qu'à devenir amis. Mon poupon que voilà peut être utile au vôtre 5 Comme le vôtre au mien } je brûle de les voir Partager leur plaifir du matin jufqu'au foir ,

i9? Poésies

S'inftrqire tour-à -tour, fe corriger l'un l'autre Bref il ne tiendra pas à mon confentement, Qu'au plus tôt, en faveur de leur avancement

Ils ne vivent , fi bon vous femble ,

Ainfï que vrais jumeaux enfemhle.

Ma voifine, cela ne prcffe nullement ,

Répond la cavale ilacere y Quoique vous n'en difïez, j'ai peine à convenir. Que pour leur bien commun , il faille les unir °7

Car tenez , quand je confîdere Combien les jeunes gens favent mieux retenir

Le mal , que s'inftruire à bien faire , J'ai tout lieu de douter , (bit dit fans vous déplaire 9 Que jamais votre fils puiiTe apprendre à hennir, Et j'ai peur que le mien ne s'accoutume à braire.

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