‹ Poésies diverses, ou, Recueil de différentes pièces de cet auteurChapitre 9 sur 61 · L'ACCOMMODEMENT DE LA VÉRITÉ ET DE LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

L'ACCOMMODEMENT DE LA VÉRITÉ ET DE LA CHARITÉ

Conte.

.Sua vérité , & la chanté ,

Si rares au fîecle où nous fornmes , Etoient le plus beau don qu'eut fait le ciel aux hommes ,

Avant qu'ils l'eufTent irrité.

Mais ces aimables fœurs ont quelquefois querelle 9 Le plus habile a peine à les concilier. L'une efl toujours ardente 9 ÔC fignale fon zèle 5 L'autre eft inexorable , & ne fauroit plier ; S'il faut prendre parti , le choix eft difficile : .Voyons de quelle adrefle, à franchir ce pas-là ,

Sut ufer un docteur habile ,

De l'école de Loyola.

Dans Paris , une jeune fille,

Héritière d'un gros banquier ,

Etoit l'honneur de fa famille ,

Et l'ornement de fon quartier.

Plus d'un galant chercha à lui plaire 5

Mais entre les devoirs rendus

Près de la filie & de la mère ,

tes foins d'un jeune moufquetaire

44 Poésies

Semblent les plus ardens & les plus affidus;

La mère prudente, attentive , Juge à propos d'entrer en explication ,

Et d'une recherche fi vive

Approfondit l'intention.

Ma vue eft toute légitime , N

Répond fièrement l'amoureux 5

Si je puis devenir heureux ,

Ce ne fera pas par un crime.

Faut- il quelqu'éclairchTement

Sur mes moyens, fur ma noble/Te?

Chez le père recteur de la maifon profeflê ,

On peut en avoir aifément.

Quoi ! le père re&eur ? dit la bonne maman 5 Le témoignage eft bon. Je connois fa droiture >

Et j'aurois pour fon fentiment

Même fji que pour l'écriture.

Ces mots , au cœir du jeune amant ,

Font luire un rayon d'efpérance.

Il voie, fans perdre un moment,

Au couvent de fa révérence.

« Ch:r père , lui dit-il y mon fort eft en vos mains 5 » Un mot de votre part , contraire ou favorable 9

» Va bientôt de rous les humains , » Faire le plus heureux, ou le plus miférable. » Il s'explique, & le père eft touché vivement D'un difeours que l'amour rendit plus pathétique* Que tous ceux qu'enfanta l'art de la rhétorique.

diverse^' 4^

« Je fuis à vous, dit-il; mais j'ignore comment,..» » Ecoutez, reprend-il , je roule une penfcc

p Qui va vous paroître infenfce, » Mais qui peut à vos vœux fcrvir utilement. » Je connois un richard jaloux à toute outrance , » Et qui , pour échapper au deftin des cocus ,

» Offre cinquante mille écus

» A quelque homme de confiance, » Qui de fa chère époufè affure l'innocence » Par de fages avis , par fon infpe&ion j

» Mais à cette condition ,

» Que, pour fon entière afTurance, » Cet argus fe foumette à l'opération ,

» Qui n'eft pas fi commune en France

» Que chez certaine nation.

» Si cet emploi fuffit à votre ambition ,

» Vous en aurez la préférence. . . .

» O l'admirable expédient ,

» Pour avancer mon mariage !

» S'écria notre adolefcent !

» Morbleu, pour les tréfors qu'on puifeen Orient?

» Pour tout l'or que roule le Tage ,

» Je ne livrerois pas ce gage. . . . » Modérez ce tranfport, dit le père en riant*

» Et foyez moins impatient 5

» Je ne perds pas encor courage. »

Au domicile du re&eur

Paroît bientôt la bonne mcre 5

46 Poésies

Ce toit Ton confeil ordinaire j

Et peut-être fon directeur.

Elle parle > elle queftionne.

a Du jeune homme , dit-il , j'eftime la perfonnè j

» Et refpe&e l'extraction 5 » Elle eft depuis long-tems avec diftinc"t.ion

» Sur les rives de la Garonne.

» Quant à fes revenus , je n'en fuis guère au fait 5 » Mais je fuis affuré qu'il pofTede un effet x> Dont il a refufé quinze mille piftoles. » La mère eft fatisfaite , Se donne des paroles* Les vœux de notre amant font bientôt exaucés 9 Et les noces fe font, fans ces dépenfês folles ,

Sans ces apprêts vains & frivoles , Dont la plupart des grands font trop embarrafieSa

Tout rit dans le nouveau ménage : Sur la fin d'un repas, où régnoit la gaîté, Le reéfceur s'applaudit de fa dextérité

A conduire un pareil ouvrage*

Il fait voir que fa charité

A bien joué fon perfonnagé 9

Sans offenfer la vérité.

La maman en rit peu : la bonne créature

Voit d'un air affez confterné , Que l'effet de fon gendre eft d'une autre nature

Qu'elle n'avoit imaginé 5 Et contre le re&eur à demi-bas murmure.

« Pourquoi , difoit-elle en fecret ,

diverses; 4?

» Ne convertir en or ce précieux effet ? » Pourquoi cettre offre refufée ?

» Oh ! que l'échange me plairoit ! »

Mais on prétend que l'époufée N'en eut pas le même regret.

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