‹ Poésies diversesChapitre 27 sur 47 · SONNET SUR LES AFFAIRES DU TEMPS · texte numérisé non relu

SONNET SUR LES AFFAIRES DU TEMPS

Le roi s'en est allé, son éminence aussi ; Le courtisan escroc sans contenter son hôte, Jurant qu'à son retour il comptera sans faute, Pique grand chemin en bottes de roussi.

Les officiers du roi sont fort rares ici, Et la gent de Justice, et celle de Maltôte, A le haut du pavé, et va la tête haute, En l'absence du roi, qui va vers Baugency.

Les faubourgs ne sont plus infectés du soudrille, Enfin, toute la Cour vers la Guyenne drille, Les uns disent que si, les uns disent que non.

On dit que l'on va faire un exemple en Guyenne, On dit que sans rien faire il faudra qu'on revienne ; Et moi je voudrais bien avoir un bon melon.

SONNET

Assurément, Cloris, vous me voulez séduire, Je vous vois depuis peu me faire les yeux doux, Vous m'avez pris la main entre vos deux genoux, Si vous continuez, vous m'achevez de cuire.

Que vous feriez de mal si vous aimiez à nuire, Plus de dix mille cœurs sont percés de vos coups, Dont les uns sont ravis et les autres jaloux, De l'éclat que l'on voit dans vos beaux yeux reluire.

Vous avez lu des vers, vous en savez par cœur, Vous chantez, ce dit-on, comme un enfant de chœur ; Et lorsque vous parlez vous charmez les oreilles.

TOÉSIES DIVERSES 61

Dieu ! que ne suis-je né pour être votre époux ! Vous riez, ô Cloris, d'entendre ces merveilles, Pleurez, sotte, pleurez, je me moque de vous.

SONNET

Vous faites voir des os quand vous riez, Hélène, Dont les uns sont entiers et ne sont guère blancs : Les autres des fragments noirs comme de l'ébène, Et tous entiers ou non, cariés et tremblants.

Comme dans la gencive ils ne tiennent qu'à peine, Et que vous éclatez à vous rompre les flancs, Non seulement la toux, mais votre seule haleine, Peut les mettre à vos pieds déchaussés et sanglants.

Ne vous mêlez donc plus du métier de rieuse, Fréquentez les convois et devenez pleureuse, D'un si fidèle avis faites votre profit.

Mais vous riez encore, et vous branlez la tête ; Riez tout votre saoul, riez, vilaine bête, Pourvu que vous creviez de rire il me suffit.

SONNET

Un amas confus de maisons, Des crottes dans toutes les rues, Ponts, églises, palais, prisons, Boutiques bien ou mal pourvues.

Forces gens noirs, blancs, roux, grisons,

Des prudes, des filles perdues,

Des meurtres et des trahisons,

Des gens de plume aux mains crochues.

Maint poudré qui n'a pas d'argent, Maint homme qui craint le sergent, Maint fanfaron qui toujours tremble.

Pages, laquais, voleurs de nuit, Carosses, chevaux, et grand bruit ; C'est là Paris, que vous en semble.

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