ANGOISSE
Car le Vice, rongeant ma native noblesse, M'a comme toi marqué de sa stérilité.
Mais tandis que ton sein de pierre est habité
Par un cœur que la dent d'aucun crime ne blesse. Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul. Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.
Las de ramer repos où ma paresse offense Une gloire pour qui jadis j'ai fui Tenfance Adorable des bois de roses sous l'azur Naturel, et plus las sept fois du pacte dur De creuser par veillée une fosse nouvelle Dans le terrain avare et froid de ma cervelle. Fossoyeur sans pitié pour la stérilité, — Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité Par les roses, quand, peur de ses roses livides. Le vaste cimetière unira les trous vides ? —
LAS DE l'amer REPOS OÙ MA PARESSE OFFENSE 35
Je veux délaisser l'Art vorace d'un pays
Cruel, et, souriant aux reproches vieillis
Que me font mes amis, le passé, le génie.
Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
Imiter le Chinois au cœur limpide et fin
De qui l'extase pure est de peindre la fin
Sur ses tasses de neige à la lune ravie
D'une bizarre fleur qui parfume sa vie
Transparente, la fleur qu'il a sentie, enfant.
Au filigrane bleu de l'âme se greffant.
Et, la mort telle avec le seul rêve du sage.
Serein, je vais choisir un jeune paysage
Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.
Une ligne d'azur mince et pâle serait
Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue.
Un clair croissant perdu par une blanche nue
Trempe sa corne calme en la glace des eaux.
Non loin de trois grands cils d'émeraude, roseaux.