‹ Poésies, Éd. complète, contenant plusieurs poèmes inéditsChapitre 30 sur 59 · SAINTE · texte numérisé non relu

SAINTE

A ce vitrage d'ostensoir Que frôle une harpe par l'Ange Formée avec son vol du soir Pour la délicate phalange

Du doigt que, sans le vieux santal Ni le vieux livre, elle balance Sur le plumage instrumental.

Musicienne du silence.

O de notre bonheur, toi, le fatal emblème !

Salut de la démence et libation blême.

Ne crois pas qu'au magique espoir du corridor

J'offre ma coupe vide où souffre un monstre d'or !

Ton apparition ne va pas me suffire :

Car je t'ai mis, moi-même, en un lieu de porphyre.

Le rite est pour les mains d'éteindre le flambeau

Contre le fer épais des portes du tombeau : Et Ton ignore mal, élu pour notre fête Très-simple de chanter l'absence du poëte, Que ce beau monument l'enferme tout entier : Si ce n'est que la gloire ardente du métier, Jusqu'à l'heure commune et vile de la cendre, Par le carreau qu'allume un soir fier d'y descendre, Retourne vers les feux du pur soleil mortel !

Magnifique, total et solitaire, tel

Tremble de s'exhaler le faux orgueil des hommes.

Cette foule hagarde ! elle annonce : Nous sommes

La triste opacité de nos spectres futurs.

Mais le blason des deuils épars sur de vains murs.

J'ai méprisé l'horreur lucide d'une larme.

Quand, sourd même à mon vers sacré qui ne l'alarme,

Quelqu'un de ces passants, fier, aveugle et muet.

Hôte de son linceul vague, se transmuait

En le vierge héros de l'attente posthume.

Vaste gouffre apporté dans Tamas de la brume

Par l'irascible vent des mots qu'il n'a pas dits,

Le néant à cet Homme aboli de jadis :

" Souvenirs d'horizons, qu'est-ce, ô toi, que la Terre ?

Hurle ce songe ; et, voix dont la clarté s'altère.

L'espace a pour jouet le cri : " Je ne sais pas !

Le Maître, par un œil profond, a, sur ses pas. Apaisé de l'éden l'inquiète merveille Dont le frisson final, dans sa voix seule, éveille Pour la Rose et le Lys le mystère d'un nom. Est-il de ce destin rien qui demeure, non ? O vous tous, oubliez une croyance sombre. Le splendide génie éternel n'a pas d'ombre. Moi, de votre désir soucieux, je veux voir, A qui s'évanouit, hier, dans le devoir Idéal que nous font les jardins de cet astre. Survivre pour l'honneur du tranquille désastre Une agitation solennelle par l'air

De paroles, pourpre ivre et grand calice clair, Que, pluie et diamant, le regard diaphane Resté là sur ces fleurs dont nulle ne se fane. Isole parmi Theure et le rayon du jour ! C'est de nos vrais bosquets déjà tout le séjour, Où le poëte pur a pour geste humble et large De l'interdire au rêve, ennemi de sa charge : Afin que le matin de son repos altier. Quand la mort ancienne est comme pour Gautier De n'ouvrir pas les yeux sacrés et de se taire. Surgisse, de l'allée ornement tributaire. Le sépulcre solide où gît tout ce qui nuit. Et Tavare silence et la massive nuit.

pour des Esseintes

Hyperbole ! de ma mémoire Triomphalement ne sais-tu Te lever, aujourd'hui grimoire Dans un livre de fer vêtu :

Car j'installe, par la science, L'hymne des cœurs spirituels En l'œuvre de ma patience, Atlas, herbiers et rituels.

Nous promenions notre visage (Nous fûmes deux, je le maintiens) Sur maints charmes de paysage, O sœur, y comparant les tiens.

L'ère d'autorité se trouble Lorsque, sans nul motif, on dit De ce midi que notre double Inconscience approfondit

Que, sol des cent iris, son site.

Ils savent s'il a bien été, Ne porte pas de nom que cite L'or de la trompette d'Eté.

Oui, dans une île que l'air charge De vue et non de visions Toute fleur s'étalait plus large Sans que nous en devisions.

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