AMOURS
Mes l’ordonnance riens ne vault, Parler en puis, car bien le sçay, Et ay dancié a ce court sault ; Par quoy je cognois le deffault
De doulx plaisir que l'en ya; Car, quant mon cueur vous depria Secours, il Iuy fut escondit, Adoncques de dueil regnya
Vostre povoir et s’en partit.
Dea ! beaulx amis, se dit Amours, Celuy qui a servir se met, S’il veult avoir tantost secours Et le gardon qu'on luy promect, Ou aultrement, il se desmect Du service qu'il a empris, De Leaulté seroit repris,
Amours respond. — À trop grand tort
CHARLES D'ORLÉANS
Quant je tiendrav mon jugement, Et si perdroit tout los et pris, Sans jamais nul recouvrement.
L'AMAXT. — Voire, Sire, doit on servir
Sans proufht ou guerdon avoir ?
Nennil, ung cueur devroit mourir, Puis qu'il a fait leal devoir Entierement a son povoir,
Et qu'il luv fault querir son pain; À vous, qui estes souverain,
En est le plus de deshonneur, Veu que par faulte meurt de fain Vostre bon leal serviteur.
Mes le trop hasté s’eschauda,
Il convient aller pas a pas;
Et puis aprés on cognoistra
Qui mieulx son devoir fait aura ;
Alors doibt estre guerdonné.
Je suis assez abandonné,
À grant largesse, de mes biens ;
Mais quant j’ay maintesfoiz donné
À plusieurs, semble qu’ilz n’ont riens!
L'AMANT. — De ceulz ne suis quant est a moy.
Sur ce, je respondz a briefs motz :
Je vous asseure, par ma foy, Oncques ne fuz en ce propos,
J'ay tousjours porté sur mon dos,
[de]
AMOURS. — Qu'on meure de fain ne vueil pas, p.208,
Paine, Travail a grant planté,
Ne nulle chose n’ay hanté,
Dont on dye qu’aye failly, Combien qu’en dueil m’aiez planté, Come faint seigneur et amy.
AMOURS. — stre mon maistre vous voulez, Par vostre parler, ce me semble, Et grandement vous me foulez ; Mais l’estrif de nous deux ensemble, Comme en puet cognoistre, ressemble Au debat du verre et du pot ; Fain avez qu'on vous tiengne a sot ; Devant Raison soit assigné, Se j'ay tort, paier vueil l’escot, Quant le debat sera finé.
L’AMANT. — [1 fault que le plus foible doncques'p Soit tousjours gecté soubz le pié, Ne je ne viz autrement oncques ; Rendre se fault, qui n’a traictié.
J'ay cogneu, ou j’ay peu gaingnié, Vostre court, a mont et a val, Et, soit a pié ou a cheval, On n’y scet trouver droit chemin, Quoy qu’on y trouve, bien ou mal, Il fault tout partir a butin.
AMOURS. — Pour le present, plus n'en parlons ; Puis que j’ay puissance sur tous, Quelque chose que debatons, A mon plaisir feray de vous.
CHARLES D'ORLÉANS
Ne me chault de vostre courroux 105 Ne de chose que l’on me dye.
. Se je vous ay fait courtoisie,
Se vous voulez, prenez l’en gré, Car le premier vous n’estez mie Qu'ay courcié en plus grant degré ! 110