‹ Poésies éditées (volume 2)Chapitre 157 sur 160 · AMOURS · texte numérisé non relu

AMOURS

Mes l’ordonnance riens ne vault, Parler en puis, car bien le sçay, Et ay dancié a ce court sault ; Par quoy je cognois le deffault

De doulx plaisir que l'en ya; Car, quant mon cueur vous depria Secours, il Iuy fut escondit, Adoncques de dueil regnya

Vostre povoir et s’en partit.

Dea ! beaulx amis, se dit Amours, Celuy qui a servir se met, S’il veult avoir tantost secours Et le gardon qu'on luy promect, Ou aultrement, il se desmect Du service qu'il a empris, De Leaulté seroit repris,

Amours respond. — À trop grand tort

CHARLES D'ORLÉANS

Quant je tiendrav mon jugement, Et si perdroit tout los et pris, Sans jamais nul recouvrement.

L'AMAXT. — Voire, Sire, doit on servir

Sans proufht ou guerdon avoir ?

Nennil, ung cueur devroit mourir, Puis qu'il a fait leal devoir Entierement a son povoir,

Et qu'il luv fault querir son pain; À vous, qui estes souverain,

En est le plus de deshonneur, Veu que par faulte meurt de fain Vostre bon leal serviteur.

Mes le trop hasté s’eschauda,

Il convient aller pas a pas;

Et puis aprés on cognoistra

Qui mieulx son devoir fait aura ;

Alors doibt estre guerdonné.

Je suis assez abandonné,

À grant largesse, de mes biens ;

Mais quant j’ay maintesfoiz donné

À plusieurs, semble qu’ilz n’ont riens!

L'AMANT. — De ceulz ne suis quant est a moy.

Sur ce, je respondz a briefs motz :

Je vous asseure, par ma foy, Oncques ne fuz en ce propos,

J'ay tousjours porté sur mon dos,

[de]

AMOURS. — Qu'on meure de fain ne vueil pas, p.208,

Paine, Travail a grant planté,

Ne nulle chose n’ay hanté,

Dont on dye qu’aye failly, Combien qu’en dueil m’aiez planté, Come faint seigneur et amy.

AMOURS. — stre mon maistre vous voulez, Par vostre parler, ce me semble, Et grandement vous me foulez ; Mais l’estrif de nous deux ensemble, Comme en puet cognoistre, ressemble Au debat du verre et du pot ; Fain avez qu'on vous tiengne a sot ; Devant Raison soit assigné, Se j'ay tort, paier vueil l’escot, Quant le debat sera finé.

L’AMANT. — [1 fault que le plus foible doncques'p Soit tousjours gecté soubz le pié, Ne je ne viz autrement oncques ; Rendre se fault, qui n’a traictié.

J'ay cogneu, ou j’ay peu gaingnié, Vostre court, a mont et a val, Et, soit a pié ou a cheval, On n’y scet trouver droit chemin, Quoy qu’on y trouve, bien ou mal, Il fault tout partir a butin.

AMOURS. — Pour le present, plus n'en parlons ; Puis que j’ay puissance sur tous, Quelque chose que debatons, A mon plaisir feray de vous.

CHARLES D'ORLÉANS

Ne me chault de vostre courroux 105 Ne de chose que l’on me dye.

. Se je vous ay fait courtoisie,

Se vous voulez, prenez l’en gré, Car le premier vous n’estez mie Qu'ay courcié en plus grant degré ! 110

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