BALLADES, XXXIX, 16 — XLI
Il ne fault ja que je le dye;
Pour ce vous vueil je requerir Qu'il vous plaise de me tollir Les maulx que m'avez amassez, Qui m'ont mis jusques au mourir.
Helas ! et n’est ce pas assez ?
Tous maulx suy contant de porter, Fors un seul, qui trop fort m’ennuye, C’est qu’il me fault loing demourer De celle que tiens pour amye ;
Car pieça, en sa compaignie
Laissay mon cueur et mon desir ; Vers moy ne veulent revenir,
D'elle ne sont jamais lassez.
Ainsi suy seul, sans nul plaisir.
Helas ! et n’est ce pas assez ?
De balader j'ay beau loisir, Autres deduis me sont cassez ; Prisonnier suis, d'Amour martir.
Helas ! et n’est ce pas assez ?
SPOIR m'a apporté nouvelle Qui trop me doit reconforter ; Il dit que Fortune, la felle, À vouloir de soy raviser Et-toutes faultes amender Qu'a faittes contre mon plaisir,
En faisant sa roe tourner.
Dieu doint qu'ainsi puist avenir!
Quoy que n'ait fait guerre mortelle.
Je suyÿ content de l’esprouver, Et le debat qu'ay et querelle
Vers elle, je vueil delaissier
Et tout courrous lui pardonner ; Car d’elle me puis bien servir,
Se loyaument veult s'acquitter.
Dieu doint qu'ainsi puist avenir !
Se la povove trouver telle Qu'elle me voulsist tant aidier Qu’en mes bras je peusse la belle, Une fois, a mon gré trouver,
Plus ne vouldroye demander.
Car lors j’auroye mon desir
Et tout quanque doy souhaidier.
Dieu doint qu'ainsi puist avenir!
Amour, s’il vous plaist commander À Fortune de me chierir, Je pense joye recouvrer ; Dieu doint qu’ainsi puist avenir !
E ne me sçay en quel point maintenir, Ce premier jour de May, plain de liesse, Car d’une part puis dire sans faillir
LP