BALLADES, LXXXVII*, [17 — LXXXVII
Loyal, secret et assez sage,
Pour bien a plain vous infourmer 15 De tout ce que pourray trouver
Sur ce que savoir desirés ; ee Pareillement, fault que mettés
Et faictes, vers la part de France,
Diligence soingneusement ; 20 Je vous en requier humblement,
De cueur, de corps et de puissance.
Et sans plus despendre langage, À cours mots, plaise vous penser Que vous laisse mon cueur en gage 25 Pour tousjours, sans jamais faulser.
Si me vueilliez recommander À ma cousine ; car croyés Que en vous deux, tant que vivrés, J'ay mise toute ma fiance ; 30 Et vostre party loyaument [p. 216] Tendray, sans faire changement, De cueur, de corps et de puissance !
Or y parra que vous ferés, Et se point ne m'oublierés, 35 Ainsi que g'y ay esperance.
Adieu vous dy presentement.
Tout Bourgongnon sui vrayement De cueur, de corps et de puissance!
CHARLES D'ORLÉANS
LXXXVIIL
Responce de Bourgogne a ‘Orlians.
e cueur, de corps el de puissance,
Vous mercie treshumblement De vostre bonne souvenunce Qu’avez de moy soingneusement ; Or potez faire entierement De moy, en tout bien et honneur, Comme vostre cueur le propose, Et de mon vouloir soyez seur, Quoy que nul die ne deppose.
Ne mectés point en oubliance L’estat et le gouvernement De la noble maison de France, Qui se maintient piteusement..
Vous saurés tout, quoy et comment ; Je n'en dy plus pour le meilleur.
Mais on en dit tant et expose Que c’est a oir grant orreur, Quoy que nul dye ne depose.
Pensez a vostre délivrance, Je vous en prie chierement ; Car, sans ce, je n’ay esperance Que nous ayons paix nullement.
On la heit tant mortellement Que trop peu treuve de faveur !
Ne sera, comme je suppose, Se ce n’est par vostre labeur, Quoyque nul dye ne deppose.
BALLADES, LXXXVIIL®, I — LXXXIX, 21
Or prions Dieu, par sa doulceur, Qu’a vous delivrer se dispose, Car.trop avez souffert douleur,
Quoy que nul dye ne deppose.
Orlians a Bourgogne.
Es nouvelles d’Albion, .
S’il vous en plaist escouter,
Mon frere et mon compaignon, Sachez qu’a mon retourner J'ay esté deça la mer Receu a joyeuse chiere, Et a fait le roy passer En bons termes ma matiere.
Je doy estre une saison Eslargi pour pourchasser La paix aussi ma raençon; Se je puis seurté trouver Pour aler et retourner, Il fault qu’en haste la quiere, Se je vueil brief achever En bons termes ma matiere.
Or, gentil duc Bourgongnon, A ce cop vueilliez m’aydier, Comme mon entencion Est vous servir et amer,
Tant que vif pourray durer.
CHARLES D'ORLÉANS
En vous ay fiance entiere, Que m'ayderez à finer En bons termes ma matiere.
Mes amis fault esprouver 2$ S’ilz vouldront, a ma priere, Me secourir pour mener En bons termes ma matiere.
"AY tant joué avecques Aage J À la paulme que maintenant J'ay quarante cinq ; sur bon gage Nous jouons, non pas pour neant.
Assez me sens fort et puissant s De garder mon jeu jusqu’a cy, Ne je ne crains riens que Soussy.
Car Soussy tant me descourage ‘p. 221, De jouer, et va estouppant Les cops que fiers a l’avantage. 10 Trop seurement est rachassant ; Fortune si lui est aidant :
Mais Espoir est mon bon amy, Ne je ne crains rien que Soussy.
Vieillesse de douleur enrage IS De ce que le jeu dure tant, Et dit, en son felon langage, Que les chasses dorenavant
El hé mréiirs