LIVRE CONTRE TOUT PÉCHÉ
Livre, comme l'a dit M. Dupont-Ferrier (Jean d'Orléans, comte d'Angoulême, d’après sa bibliothèque, dans Mélanges d’'Hist. du Moyen âge publiés sous la direction de Luchaire. Bibl. de la Fac. des Letires de Paris, 1897, p. 52). Jean aimait la poësie, el même il l'a pratiquée : il est l'auteur d’une Oratio ad Crucifixum, de vers sur la jeunesse qu’il a transcrits de sa muin sur le feuillet de garde d’un exemplaire du Livre des bonnes mœurs de Jacques Le Grand (B. N., fr. 1798, p. 92). Mais il semble que le Livre contre tout péché, ces vers d’un enfant de dix ans, qui ont déjà de la facilité, doivent étre cependant attribués à Charles d'Orléans, comme l'a fait M. Antoine Thomas (Les premiers vers de Charles d'Orléans, dans Romania, XXIL, 128-33). En effet, au v. 125, on lit très bien sous un grattage le prénom Charles. On se souvient que Ch. d'O. a fait allusion à $sa « jeunesse fleurie », où dejà 1l se montrait « langaioier ». Mais on ne peut tirer d'autre conclusion de cette pièce : un voluptueux peut avoir fait le rève de devenir un saint, et un vrai saint n'est pas, à dix ans, forcément un ascèle. Il n’en demeure pas moins vrai que je ne puis donner aucune explication du grattage ancien du prénom de Charles dans un livre qui à toujours appartenu au duc et que l’on retrouvera parmi les volumes de la Chambre des comples de Blois (Cf. P. Champion, La librairie de Ch. d’O., p. 96).
Avant de fermer le livre des compositions du duc d'Orléans, il faut dire quelques mots d’un poëme intitulé Le Lay Piteux, qui se rencontre seulement dans À 46 vo, et B 105.
L'auteur dit son bonheur d'autrefois quand il aimait une dame avec laquelle il avait échangé son cœur et des serments solennels. Elle remplissait sa pensée et les amants s'écrivatent souvent. Ils durent se séparer, avec bien des pleurs, à cause des « mesdisans », de l'opinion publique en un mot. La dame s’imagina que son poèle avait fait une autre amie et se crut abandonnée. Elle lui fit une grande scine de julousie et envisageait de mourir : ils s'expliquèrent à ce propos dans une chapelle et ils recommencèrent à s'aimer loyalement. La dume mourut sept ans après el, dans sa détresse, le poète pensa aussi mourir.
Ch. d'O. étant né en 1394, on ne voit guère comment il aurait pu avoir en France, avant 1415, une liaison de sept ans. Les scènes rapportées sont, d'autre part, peu vraisemblables en Angleterre. De plus, la première strophe du Lay donne l'acrostiche Bertrand. Enfin cette pièce n’a pas été recueillie parmi les vers du duc. Il y a donc lieu de rejeter de l'œuvre de Ch. d'O. le Lay piteux, malgré l'attribution faite par tous les éditeurs. .