CCCXLVII
Orleans.
MAN yver, du feu, du feu, Et en esté, boire, boire, C’est de quoy on fait memoire, Quant on vient en aucun‘'lieu.
Ce n’est ne bourde, ne jeu,
Qui mon conseil vouldra croire :
En yver, [du feu, du feu,
Et en esté, boire, boire.]
Chaulx morceaulx faiz de bon queu Fault en froit temps, voire, voire ; En chault, froide ponime ou poire C’est l’ordonnance de Dieu :
En yver, du feu, du feu !]
Orleans.
Regardez les, sont ilz pas a louer?
Au service sont tous pres d’eulx louer
Du Dieu d’Amours, s’il lui plaist a les prendre.
Son escolle saront bien tost aprandre,
Bons escolliers, je les vueil avouer ;
Ces beaulx [mignons a vendre et a revendre, Regardez les, sont ilz pas a louer ?]
ES beaux mignons a vendre et a revendre,
CHARLES D'ORLÉANS
Et s’ilz faillent, il les pourra reprandre, Quant ilz vouldront trop nycement jouer, Et sus leurs bras la chemise nouer, .
Tant qu’au batre ne se puissent deffendre
Ces beaulx "mignons a vendre et a revendre. 1; Muüistre Jehan Cailleau. [P. 485:
rs Pleur ne pleut, Souspir me ivnte.
Si fait, dea ! des fois plus de trente, Maint se tourmente, Scutfrant le revers de son iueil.
Et toutestois lerme de T'ueil Ne ist lors du sueil, Peur prier du Courrouz la rente, 7
D: doient. ou Je la delente.
Qui suecent doieur non pas leste, Sans nulle aftente D'éssoussement de leur dueil, Quant Pieur [ne pleut, Souspir ne tente.] 12
. ET er J'en cesfe sente, Son rans de corps, de cueur, d'entente, Loing de la tente Ou sont Plaisance et Doulx Acueil !
Quent a mov, des maulx que recueil, Dont tint me dueil, Seuiet, a Part mov, me guermente.
[Q'aaut Pieur [ue pleut, Souspir ne rente.] 20
Orleans. [b. 484]
‘Espoir ? Il n’en est nouvelles.
[D — Qui le dit? — Merencolie.
— Elle ment. — Je le vous nye.
— Ala! vous tenez ses querelles ! 4
— Non faiz, mais parolles telles
Courent, je vous certiffie.
:D’JEspoir ? [Il n’en est nouvelles.
— Qui le dit? — Merencolie.; 8
— Parlons doncques d’aultres. — Quelles ?
— De celles dont je me rie.
—— Peu j’erf sçay. — Or je vous prie
Que m’en contez des plus belles,
—— D'Espoir ? [Il n’en est nouvelles. ] 13 " CCCLII Orleans. [p. 481]
NE povre ame tourmentee Ou Purgatoire de Soussy, Est en mon corps : qu’il soit ainsy, Il y pert et nuyt et journee. 4
Piteusement est detiree, Sans point cesser, puis la, puis cy, [UIne povre [ame tourmentee.] L 7
CHARLES D ORLEANS
Mon cueur en a paine portee, Tant qu’il en est presque transy ; Mais esperance j'ay aussv
Qu’au derrenier sera sauvee .U]ne povre [ame tourmentee.]
CCCEIII
Muaistre Jeban Cailluu.
EE: ou est ? — En chambre close. — — Et la que fait ? — Ile repose.
— Sera il empiece esveillie ?
— Il dit que il a trop veillié, Et que dormir veult une pose.
RE Que pour quelque pris je compose À vous, et l'esveilliez — Je n'ose,
Car il est las et traveillié.
— Espoir ou est ? — [En chaimbre close.]
— Par Dieu, ainsi que je suppose, Il fait quelque rommant ou lose.
— Moy mesmes suis esmerveillié
De le voir si ensommeillié.
— Ne m'en direz vous autre chose ?
Espoir ou est? — [En chambre close.]
Orleuns.
our empescher le chemin, | P| [ ne fault qu'un amoureux Qui, en penser desireux, Va songant, soir et matin.
LA
Donnez lui ung bon tatin, Il s’endort le maleureux.
Pour empescher [le chemin, Il ne fault qu’un amoureux.]
D’eaue tout plain ung bassin Eust il dessus ses. cheveux ?
D'un cop d’esperon, ou deux, Ne veult chasser son roussin, [Pour] empescher [le chemin.]
Orleans.
U’ESSE la ? Qui vient si matin ?
—- Se suis je. — Vous, saint Valentin !
Qui vous amaine maintenant, Ce jour de Karesme prenant, Venez vous departir butin ?
À present nulluy ne demande, Fors bon vin et bonne viende, Banquetz et faire bonne chiere.
Car Karesme vient et commande À Charnaige, tant qu'on le mande,
Que pour ung temps se tire arriere.
Ce nous est ung mauvais tatin, Je n’y entens nul bon latin ;
Il nous fauldra dorenavant Confesser, penance faisant ; Fermons lui l’uys a tel hutin.
Qu’esse la ? [Qui vient si matin ?]
IT
CHARLES D ORLÉANS
OMMANDEZ qu'elle s’en voise, [p. 486] Mon cueur, a Merencolie, Hors de vostre compaignie, Vous laissent en paix sans noise. 4
Trop a esté, dont me poise,
Avecques vous, c’est folie.
Commandez | qu’elle s’en voise,
Mon cueur, a Merencolie.] 8
Oncques ne vous fut courtoise, Mais les jours de vostre vie
A traictez en tirannie ;
Sang de moy, quelle bourgoise !
Commandez [qu’elle s’en voise !] 13 Bourbon jadis Clermont. [p. 487]
egis au lit d’amertume et doulleur, J Livre a mort, par faulle de secours, ET si ne sçay quant finira le cours De mon aspre et inmortel malheur, 4
P riez pour moy, car je m'en voy mourir, Mes bons amis, aiez en souvenance ; On ne me veult au besoing secourir,
Fequerez en, aprés mes jours, vangeance, 8 .
Si vous m'amez. Car.c'est pour la valleur D'une sans per, qu'ainsi mest au decours
Ma povre vie, sans respit ne recours ; .
Pour estre tant son loyal servileur, Je gis au lit[d'amertume et doulleur.] 13 CCCLVIII Respouce d'Orleans. [p. 488
OMME parent et alyé Du duc Bourbonnois a present, Par ung rondeau nouvellement Me tiens pour requis et payé. 4
Par une, gist malade, mis Ou lit d’amertume et grevance, (4
Requerant tous ses bons amis, S’il meurt, qu'on demande vengeance. 8
Quant a moy, j'ay ja deffié Celle qui le tient en tourment, Et aprés son trespassement, Par moy sera bien hault cryé,
| Cjomme parent [et alyé!] | 1 CCCLIK Orleans. PAPAS
TN UANT ung cueur se rent a beaux yeulx, Criant mercy piteusement, S’ilz le chastient rudement, Et il meurt, qu’en valent ilz mieulx ? 4 Charles d'Orléans. 33
CHARLES D'ORLÉANS
Batu de verges de Beaulté, De lui font sang par tout courir, 6
Mais qu’il n’ait fait desleaulté, Pitié le devroit secourir, 8
S'il n’a point hanté entre tieulx Qui ne s’acquittent loyaument ; Doit estre tel pugnissement,
A mon adtis, en autres lieux,
Quant ung cueur se rent a beaux veulx. 13 CCCEX Rondel du senfechal]. [p. 489]
M: fille de confeisiou, Vueillez avoir compassion
De cellui qui sert loysument, Et qui est vostre entierement,
Suns point faire de fiction.
LA
Selon raison el conscience, Tort lui tiendrez, C'est ma creance, S'il n'a bien brief ce que tant vanlt.
J. e vous charge par penitenwe Qu'avez en lui toute flance, Sans plus respondre : Ne m'en chuult. 11
Catlui qui souffrit Passion, Vous doint bonne contriccion, Au chois de mon entendrment.
Plus eureux soub le firmament
N'auroît, dont #1 soit meucion, Ma filie [de confessiou.|
CCCENXI
[Rlesponce d'Orleans au senfecinl].
B EAU Pere ! benedicile, | Je vous requier confession,
Et, en humble contriccion, Mon pechié sera recité.
[Eln moy n’aeu mercy, ne grace, Prenant de ma beaulté oroueil ;
Amours me pardoint ! ainsi face ; Desormais repentir m'en vueil.
[R Jeffus a mon cueur delité ; J'en feray satisfacion, Donnez m'en absolucion
Et penance, par charité, Beau Pere! :benedicite.
CCCEXIT
[Responce] de Blosseville.
a tresbelle, plaisante seur, Confiteor du bon du cueur Dittes, par grant devocion, Sans plus avoir intencion De maintenir vostre folleur.
CHARLES D'ORLÉANS
Car tost après, de ma puissance Vous absouldray, en esperance Que doulce serez envers tous.
Et vous enjoings, par penilunce, De donner demain allegence À cellui qui se meurt par vous ;
Lequel, par vostre grant rigueur, Seuffre, comme j'entens, doleur,
Et sans cause puonicion ;
Dont ja n'arès remission,
Tant qu’il en soit hors, j'en suis seur, [M Ja tresbelle, [plaisante seur.]
CCCELXII
Bourbon.
e sens le mal qu’il me convient porter Non advenu, mais je crains qu’il aviengne Et qu'en la fin maleureux je deviengne, Sans m'asservir ailleurs, ne transporter.
S’ainsi advient qu'a tort on m'abandonne, (Que Dieu ne vueille 1) que feray je sans per ?
Las! je ne sçay ! si ce mul on me donne, Des maleureux je seray le non per.
Pour le meilleur, il me fault deporter Jusques a tant que ce maleur me viengne ; Mais a ma Dame hardiement en souviengne ; Car, pour tousjours sa rigueur supporter, [le sens le mal [qu’il me convient porter.]
lp. 491]
[Rlesponce d'Orleans a Bourbon. [p. 492]
voz amours hardyement en souviengne,
Duc de Bourbon ; se mourez par rigueur, Jamais n’auront ung si bon serviteur, | Ne qui vers eulz tant loyaument se tiengne. 4
Dieu ne vueille que tel meschief adviengne,-
Ilz perdroient leur regnon de doulceur.
A ]voz amours [hardyement en souviengne,
Duc de Bourbon, se mourez par rigueur. 8 S’il est jangleur qui soctement me tiengne
Que Bourbonnois ont souvent legier cueur,
Je ne respons, fors que pour vostre honneur :
« Esperance », couvient que vous soustiengne.
[A ]voz amours [hardyement en souviengne !| L Orleans. [p. 492]
ESCOUVREUR d’ambusche, sot oeil, Pourquoy as tu passé le sueil De ton logis, sans mandement, Et par oultrageux hardement .Às entrepris contre mon vueil ? s
Demourer en repos je vueil, Et en paix faire mon recueil,
CHARLES D'ORLÉANS
Sans guerre avoir aucunement.
[D ;escouvreur fd’ambusche, sot oeil, Pourquoy as tu passé le sueil ?]
En aguet se tient Bel Acueil,
Ft se par puissance, ou orgueil,
Une foiz en ses mains te prent,
Tu fineras piteusement
Tes jours en la prison de Dueil, ‘D'lescouvreur [d’ambusche, sot oeil !]
Me Bertlhault de Villebresme.
uis que Atropos a ravy Dyopee, Contre humain cours, prinse et anticipee, Cupido, plus je ne vous serviray Car tel doleur que pour vous servir ay, Pour Demophon n'eut Phillis Rodopee. :
Piuisance s'est de moy emancipee,
Dueil m'est acquis, ma joie est dicipee ; En Boreus, Zephirus s'est viray,
[Pluis que [Atropos a ravy Dyopee, Contre humain cours prinse el anticipee.]
Adieu vous dy, doute nymphe atirapee Aux lags Venus, com oyseau a pipee, Plus avec vous je ne me deduiray,
Mais a gemir du tout me redutray,
Ou nr'occirray, com Piramus, d'espee,
[ Puis que [.Afropos a ravy Drvopec.]
CCCEXVII
Orleans. [p. 494]
MOURS, a vous ne chault de moy, N’a moy de vous, c’est quicte et quicte; Ung vieillart jamais ne proffite Avecques vous, COMME je Croy. 4
Puis que suis absolz de ma foy,
Et Jeunesse m'est interditte,
. Amours [a vous ne chault de moy,
N’a moy de vous, c'est quicte et quicte.] 8
[] leune, sceu vostre vieille loy ;
Vieil, la nouvelle je deppitte,
Ne je ne crains la mort subitte
De Regard. Qu'en dictes vous ? Quoy ?
[A]mours, [a vous ne chault de moy!] 13 CCCEXVIII Orleans. Cp. 494]
’AY pris le logis de bonne heure ] D'Espoir, pour mon cueur, au jour d’uy, Affin que les fourriers d’Annuy Ne le preignent pour sa demeure. J
[ V Jeu que, nuyt et jour, il labeure
De me gaster, et je le fuy,
J'ay pris [le logis de bonne heure
D’Espoir, pour mon cucur, au jour d’uy.] 8
CHARLES D'ORLÈANS
Bon Eur, avant que mon cueur meure, L'aidera, il se fye en luy ;
Autre part ne quiers mOn apu ;
En actendant qu’il me sequeure,
J'ay pris {le logis de bonne heure.]
CCCEXIX
de Fraigue.,
[M w œil na dit qu’il me deffie
À lousjours mais, saus repeutir, Se je ne lui foys ce plaisir D'amer une qu'il a chovsie.
Se cestoit pour sauver sa ie, Plus ne m'en pourroit requerir ; [Mon oeil (m'a dit qu’il me deffie
1 lousjours mais, sans repentir.]
Je lui ay dit : « Tu fais folve,
Je te prie, laisse moy dormir,
Je way pas a present loisir
De penser a ta resverie. »
Mon oeil [nra dit qu'il me deffie.]
CCCEXX
Orleaus.
SCOUTEZ et laissés dire, Et en voz mains point n’enpire Ce mal ; retournés le en bien.
Tout vra, n'en doubtez rien, Si bien qu’il devra souffire.
Dieu, comme souverain mire, Fera mieulx qu’on ne desire, Et pourverra : tout est sien.
Escoutez [et laissés dire.]
Chascun a son propos tire, Mais on ne peut pas eslire :
Je l’ay trouvé, ou fait mien.
Au fort, content je m’entien, Car aprés pleurer vient rire.
Escoutez {et laissés dire. |
CCCEXXI
Par B. Damien.
| Mr fenouches et nox buze, Convient l'un faire, l'aultro dire,
Plourer d’un oeil, de l'aultro rire,
Questo modo les gens abuze.
Or dapoy que lo mondo en use, Non est dy besoingno dormire.
Contre [fenouches et nox buze, Convient l'un faire, laultro dire.]
LT Janto principo comme duze, Veullent le lour fato conduire, Et li soy servitor instruire
A sapere jouar la ruze,
[Cloutre | fenouches et nox buxe.]