CCCLXXVIII
Orleans.
oNT les oreilles estouppees ?
[S] Rapportent il au cueur plus rien Ouyl, plustost le mal que bien, Quant on ne les tient gouvernees.
[S le leurs portes ne sont fermees, Tout y court, de va et de vien.
[Sont les oreilles [estouppees ?
Rapportent il au cueur plus rien ?]
CHARLES D'ORLÉANS
[ L Jes miennes seront bien gardees De Non Challoir, que portier tien ;
Dont se plaint et dit le cueur mien :
« On ne me sert plus de pensees.
[S:ont les oreilles ‘estouppees ? » 13 ECCLXXIX Orlians. | [p. 500]
EL est le partement des veulx, [T} Quant congié prenent doulcement, D'’eulx retraire piteusement, En regretz privez, pour le mieulx. 4
[L Jors divers se dient adieux,
Esperans revenir briefment : ;
T{el est [le partement des yeulx,
Quant congié prennent doulcement. .&
[Et si laissent, en plusieurs lieux,
Des lermes par engagement
Pour payer leur deffrayement,
En gectant souspirs, Dieu scet quieulx !
[T'Jel est !le partement des yeulx.] 13 Orlians. [p. 500]
OUR moustrer que j'en av esté | P. Des amoureux aucunesfoiz, [CJe May, le plus plaisant des moys, Vueil servir, ce present Esté. 4
RONDEAUX SII
[Q ]uoy que Soucy m'ait arresté,
Sans son congié, je m'y envoiz,
Pour moustrer [que j'en ay esté
Des amoureux aucunesfoiz. | 8
[ P Jour ce, je me tiens apresté
À deduiz, en champs et en bois, S’Amours y prent nulz de ses droiz, Quelque bien m’y sera presté,
Pour moustrer [que j’en ay esté.] 13 CCCEXXXI Orlians. [p. sor]
ANT ay largement despendu [T! Des biens d’amoureuse richesse, Ou temps passé de ma jennesse, Que trop chier m'a esté rendu. | 4
[CJar lors a rien je n’ay tendu
Qu'’a conquester foison Lyesse,
Tant ay [largement despendu
Des biens d’amoureuse richesse !] 8
[C Jommandé nrest et deffendu
Desormais par Dame Vieillesse,
Qu’aux jennes gens laisse prouesse.
Tout leur ay remiz et vendu,
Tant ay [largement despendu!] 13
CHARLES D'ORLÉANS
CCCEXXXII
Orlians. [p. soir]
F YEZ vous y, se vous voulez, En Espoir qui tant promet bien ;
Mais souventesfoiz n’en fait rien, Dont mains cueurs se sentent foulez. 4
[Q Juant Desir les a aflollez,
Au grant besoing leur fault du sien ;
Flvez vous lv, se vous voulez,
En Espoir qui tant promet bien.] 8
[ L Jors sont de Destresse affollez.
J'aymeroye, pour le cueur mien, Mieulx que deux tu laras, uno tien:
Quant les oiseaulx s’en sont vollez,
[Flvez vous y, :se vous voulez !] 13 CCCEX XII Orlians. [p. So2|
AULIER des prisons de Pensee, RAI Soussy, laissez mon cueur yssir ; Pasmé l’ay veu esvanouir En la fosse desconfortee. 4
[M lais que seurté vous soit donnee
De tenir foy et revenir,
Jaulier Îdes prisons de Pensee,
Soussy, laissez mon cueur yssir.] 8
[S’}il mouroit en prison fermee,
Honneur n’y povez acquerir ;
Vueillez au moins tant l’eslargir
Qu'’ait sa finance pourchassee,
Jaulier [des prisons de Pensee !: 13
CCCEXXXIV
S. Cailleau.
aulier des prisons de Pensee, [p. so2] Mon pouvre cueur aux fers tenez, Et dit on que vous luy donnez, Chascun jour, une bastonnee. 4
Est ce par sentence ordonnee
Qu'en ce point le me gouvernez ?
Jardier [des prisons de Pensee,
Mon pouvre cueur aux fers tenez.) S
Se sa cause estoit bien mener, . On jugeroit que mesprenez
Et qu'a grant tort le retenez,
Sans plainte de personne nee,
Jaulier [des prisons de Pensee.] 13.
CCCLXXKV Thignonville. {p. 503,
aulier des prisons de Pensee, Avez vous le commandement De traictier ainsi rudement
Les povres cueurs, en ceste annee ? 4 Charles d'Orléans. 34
CHARLES D'ORLÉANS
[7 Jous est la puissance donnee De pur Soussy, ou autrement ?
Jaulier [des prisons de Pensee,
Avez vous le comnandenvnt ?]
| D ledens la chartre adoulee, Tenir les deussiez doulcement ; Butre ne devez nullement Prisonniers en fosse fermee,
Juulier des prisons de Pensee !]
CCCLXXXVI Gilles des Ourmes.
| dus des prisons de Pense,
] Qui tenez tant de gens de bien, Ouvrez leur, il paieront bien
Le droit de lPyssue et l'entree.
[1 l m'ont commission baillee D'appointer : dictez moy combien, Juulier [des prisons de Pensee, Qui tenez lant de gens de bien ?]
LC Jar j'ay cy finance apportee Assez, que du leur, que du mien, Tant qu'on ne vous en devra rien, Jusqu'a la derraine journee, Jaulier [des prisons de Pensee.]
CCCLXXKVII
Orleuns.
Pz
[b. jo]
ONNEZ l’aumosne aux prisonniers, Reconfort et Espoir aussv;
Tant feray au jaulier Soussy Qu'il leur portera voulentiers.
[ I |1z n'ont ne vivres, ne deniers, Crians de fain : il est ainsy.
[D Jonnez [l’aumosne aux prisonniers, Reconfort et Espoir aussy.]
[M Jeschans ont esté mesnagiers Tenuz pour debte jusques cy :
Faictes les euvres de mercy,
Comme vous estes coustumiers :
[D Jonnez [l’aumosne aux prisonniers !]
CCCLXXX VIII
Benoist Damien.
IN pas les prisonniers, Bonnes gens : aïez en mercy !
IT sont en la tour de Soucy
Et n'ont ne mailles ne deniers.
[ L Jarrons ne sont point ne murtries, Par Envie on les tient aïncy :
N'oubliez [pas les prisonniers,
Bonnes gens : aiez en mercy !]
[EF Jaictes comme bons aumosniers, Pour la grant pitié que vees cy :
ET pour vous priront D'eu aucy De tresbon cueur et voulentiers.
N'oubliez pas [les prisonniers []
CHARLES D'ORLÉANS
CCCLXXXIX
H. le Voys.
| . des prisons de Pensee, J Ouvrez a Reconfort la porte :
Car a mon cueur laumosne porte Que mes yeulx lui ont pourchacee.
LT Jeux l'avez, maïnte journee, Ou cep d'Anuy et prison forte ; [Jluulier [des prisons de pensee, Ouvrez a Reconfort la porle.]
| TJuns a fain et soif enduree Qu'il a perdu couleur et sorte :
Helas ! pour Dieu, qu'on le supporte, Autrement sa vie est fine,
[/kaulier [des prisons de Pensee l]
Orleans.
B ANISSONS Soussy, ce ribault, Batu de verges par la ville; C’est ung crocheteur trop habille Pour embler Joye qui tant vault.
| [C Jopper une oreille lui fault :
Il est fort larron, entre mille.
[Bjanissons Soussy, [ce ribault, Batu de verges par la ville.]
[p. os]
[Sle plus ne revient, ne m'en chault; Laissez le aller sans croix ne pille,
Le Deable l’ait ou trou Sebille!
Point n’en saille, pour frait ne chault :
[Blanissons Soussy, [ce ribault !] 13 Orlians. [p. ÿ06]
- |Es vieilles defferres d’Amours [D Je suis a present, Dieu mercy!
Vieillesse me gouverne ainsy, Qui m’a condempné en ses cours. 4
[ ] le m'esbahys quant a rebours
Voy mon fait, disant : Qu’est ce cy ?
— Des vieilles [defferres d’Amours,
Je suis a present, Dieu mercy.] 8
Mon vieulx temps couvient qu’ait son cours, Qui en tutelle me tient sy
Du jaullier appellé Soussy,
Que rendu me tiens, pour tousjours,
[Des vieilles [defferres d’Amours !] 1} Orleans. [p. j06]
OMME monnoye descriee, [C| Amours ne tient conte de moy ; Jennesse m'a laissié; pour quoy Je ne suis plus de sa livree. 4
‘CHARLES D'ORLÉANS
| PJuis que telle est ma destinee, Desormais me fault tenir coy, [CJomme {monnoye descriee, Amours ne tient compte de moy.] [P Jlus ne prens plaisir qu’en pensee Du temps passé ; car, sur ma foy, Ne me chault du present que voy :
Car Vieillesse m'est delivree
Comme | monnoye descriee !]
CCCXCIHI
H. Le Voys.
omnmie monnoye descriee, Loyaullé je voy abriee’
Dessoubz le pavillon de Honte, Par Faulceté qui lu surmonte, Et l'a d'oultrance deffvee.
[D}e Bonne Foy s’est alyee,
Et de son avde l'a price,
Mais on n'en tient que peu de conte, [Clomme monnoye [descriee, Loyaullé je vov abriee
Dessoub} le pavillon de Honte.]
[D lu lout la ticns pour ravullee, Par montrigne el par vullee.
Fst notoire ce que raconte :
Ne se treuve |
HOMO VW
Orlians.
AISSEZ baude buissonner, Le vieil briquet se repose, Desormais travailler n’ose, Abayer, ne mot sonner.
[On luy doit bien pardonner :
Ung vieillart peult peu de chose !
Laissez [baude buissonner,
Le vieil briquet se repose. ]
[El Vieillesse emprisonner L’a voulu, en chambre close ; Par quoy j’entens que propose Plus peine ne luy donner :
Laissez [baude buissonner !”
Orleans.
UANT me treuve seul, a par moy, Et n’ay gueres de compaignve,
Ne demandez pas si m'enuye :
Car ainsi est il, sur ma foy.
[Eln riens Plaisance n’apersoy,
Fors comme une chose endormye,
Quant [me treuve seul, a par moy, Et n'ay gueres de compaignye.]
CHARLES D 'ORLÉANS
[M fais s’entour moy pluseurs je voy,
Et qu'on rit, parle, chante ou crve,
Je chasse hors Merencolye
(Que tant hayr et craindre doy)
Quant [me treuve seul, a par moy !] 1;
D'Orleans. [p. 508]
T RoP ennuyez la compaignie, Douloureuse Merancolie, Et troublez la feste de Joye : .
Foy que doy a Dieu, je vouldroie Que fussiez du païs banye! $
[V Jous venez sans que l’on vous prie,
Bon gré, maulgré, a l’estourdie.
Alez ! que plus on ne vous voye :
Trop ennuyez [la compaignie,
Douloureuse Merencolie,
Et troublez la feste de Joye.] 11
Soucy avecques vous s’alye, PRE ; :
Si lui dy ge que c’est folie.
Quel mesnage ! Dieu vous convoye
Si loings tant que je vous renvoye
Querir ! — Quant ? — Jamaiz en ma vie :
Trop ennuyez [la compaignie !] Fr
RONDEAUX s21
CCCXCVII
Orleans. [p. 509]
scOLLIER de Merencolye, [E.] Des verges'de Soussy batu, Je suis a l’estude tenu, Es derreniers jours de ma vye. 4
[Se j'ay ennuy, n’en doubtez mye,
Quant me sens vieillart devenu,
[Ejscollier [de Merencolye,
Des verges de Soussy batu !] 8
[P litié convient que pour moy prie Qui me treuve tout esperdu;
Mon temps je pers gt ay perdu, Comme rassoté en follye,
[EJscollier [de Merencolye.] .15 CCCXCVIII H. Le Voys. [p jo
EF scollier de Merencolye, | Par Soussy qui est le recteur,
À l'estude est tenu mon cueur :
Et Dieu scel comme on le chastye ! | l
[Dle s’y mectre fist grint follye, Car on le tient a la rigueur, [E Jscollier [de Merencolye.] 7
CHARLES D'ORLÉANS
[B |on Temps n'aura jour de sa vie Puis qu'il y est ; de Son maleur,
Dedans le livre de Douleur ee Luy est force qu’il estudye, [Æ }scollier [de Mereucolre.] 12 * Orleans. [p.510]
T fust ce ma mort, ou ma vie, E] Je ne puis de mon cueur chevir Qu’i ne vueille conseil tenir Souvent, avec Merencolie. | 4
[Sli luy dy je que c’est folie :
Mais comme sourt ne veult oir, Et fust ce [ma mort, ou ma vie!] 7
[A] Grace, pour ce, je supplie Qu'i lui plaise me secourir ; Au paraller, ne puis fournir, Se ne m'aide, par Courtoisie,
Et fust ce [ma mort, ou ma vie!] ner Orleans. [p. Sro]
LLEZ vous en dont vous venez, | Al Annuyeuse Merencolie, Certes on ne vous mande mie :
Trop privee vous devenez. 4
[ S Joussi avecques vous menez, Mon huys ne vous ouvreray mie :
Allez vous en [dont vous venez, Annuyeuse Merencolie.]
[C Jar mon cueur en tourinent tenez, Quant estes en sa compaignie ; Prenez congié, je vous en prie,
Et jamais plus ne retournez.
Allez vous en [dont vous venez !|
Orleans.
: qui en donne l'en le tort, Puis que le cueur en est d’acort,
Se les yeulx vont hors en voyage, Et rapportent aucun messaige De Beaulté plaine de confort ?
[]1z crient : « Reveille qui dort! »
Lors le cueur ne dort pas si fort
: Qu'i ne die : « J'oy compter rage. »
À qui [en donne l’en Île tort?
Puis que le cueur en est d’acort,
Se les yeulx vont hors en voyage ?]
[ À Jdoncques Desir picque et mort, Savez commant ? jusqu’a la mort.
Mais le cueur, s’il est bon et saige, Remede y treuve et avantaice, Bien, ou mal en vient oultre bort.
À qui en donne {l’en le tort ?]
LA