‹ Poësies et messéniennesChapitre 12 sur 39 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

DISCOURS EN VERS

LA DECOUVERTE

DE LA VACCINE

DISCOURS EN VERS

LA DÉCOUVERTE

DE L A V A CCI NE

DISCOURS EN VERS

(^)uels titres n’ont-ils pas à l’amour des humains Ces mortels inspirés, dont les savantes mains Pour nous de la nature ont percé les mystères, Dans des cercles connus ont fait rouler les sphères , Et , sondant l’infini , peuplé scs profondeurs D’immobiles clartés et de feux voyageurs?

Leur sublime génie, a travers les nuages,

LA DECOUVERTE

Osa ravir aux cieux le secret des orages ;

À l’aide du cristal en prisme façonné,

Divisa les rayons du soleil étonné ;

Expliqua des couleurs les brillans phénomènes ,

Et de notre pensée agrandit les domaines.

Mais reculer l’instant qui nous plonge au tombeau, Des misères de l’homme alléger le fardeau ,

Détruire sans retour ce mal héréditaire ,

Que l’Arabe a transmis au reste de la terre*,

Qui trop souvent mortel , toujours contagieux , D’une lèpre inconnue a frappé nos aïeux ,

Qui n’épargne le rang , ni le sexe , ni l’àge ,

C’est le plus beau laurier dont se couronne un sage.

Quelquefois le hasard nous prête son flambeau , Pour éclairer nos pas dans un sentier nouveau.

Au fond du Glocester , dont les vertes campagnes

* On sait que les soldats d’Omar apportèrent la petite vérole en Egypte, d’où elle se répandit dans le reste du monde.

DE LA VACCINE

Nourrissent des taureaux les utiles compagnes , Jenner opposait l’art à ce fléau cruel ,

Tribut que la naissance impose à tout mortel. Ses bienfaisantes mains prévenaient la nature , Et , déposant au sein d’une heureuse blessure Du poison éprouvé le germe moins fatal ,

Transmettaient à la fois le remède et le mal *. C’est ainsi qu’avant nous les peuples de l’Asie Préservaient ces beautés , trésors de Circassie , Qu’un avide intérêt , par ce triste secours ,

Aux ennuis du sérail condamnait pour toujours.

Mais c’est peu d’arrêter le torrent dans sa course ,

Et Jenner plus heureux en doit tarir la source.

Le bien dans tous les arts n’est qu’un pas vers le mieux. Tandis que dans Berkley ses loisirs studieux Contemplent les troupeaux des fécondes génisses;

D’un mal, qui le surprend, les fraîches cicatrices Ont fixé tout à coup ses yeux observateurs.

« Quelquefois, lui dit-on, de malignes humeurs

* Jenner inoculait à Berldey, lorsqu’il découvrit la vaccine. 9e. édition.

146 LA DECOUVERTE

« S’arrêtent sous les chairs de la mamelle ardente.

« Le trayon douloureux que la fièvre tourmente,

« Hérisse de tumeurs, couvert d’un pâle azur,

« Prodigue moins les flots de son lait encor pur4,

« Et pressé par les doigts du berger trop avide,

« Distille goutte à goutte une liqueur limpide **.

« Ces venins pénétrans empoisonnent la main « Qui brise leur prison et leur ouvre un chemin ;

« Mais sitôt qu’un pasteur en a senti l’atteinte,

« Il n’est plus tourmenté par la commune crainte:

« Le fléau dont vos soins viennent purger ces lieux ,

« Emousse contre lui ses traits contagieux. »

Jenner entend ces mots et sa route est tracée.

Il marche, il touche au but que poursuit sa pensée.

Par le fer délicat dont il arme ses doigts,

Le bras d’un jeune enfant est effeuré trois fois.

Des utiles poisons d’une mamelle impure,

Il infecte avec art cette triple piqûre.

Le lait moins abondant n’eprouve aucune alteration.

La limpidité est un des caractères principaux qui distinguent le bon vaccin. (Husson.)

DE LA VACCINE

Autour d’elle s’allume un cercle fugitif.

Le remède nouveau dort long-temps inactif.

Le quatrième jour a commencé d’éclore,

Et la chair par degrés se gonfle et se colore.

La tumeur. en croissant de pourpre se revêt, S’arrondit a la base et se creuse au sommet.

Un cercle plus vermeil de ses feux l’environne; D’une écaille d’argent l’épaisseur la couronne ;

Plus mûre, elle est dorée, elle s’ouvre et soudain Délivre la liqueur captive dans son sein.

Puisez le germe heureux dans sa fraîcheur premièr Quand le soleil cinq fois a fourni sa carrière.

Si la douzième nuit a commencé son cours, Souvent il offrira d’infidèles secours.

A peine les accès d’une fièvre légère Accompagnent les pas de ce mal volontaire,

Et l'ennemi secret par lui seul combattu ,

Chassé de veine en veine, expire sans vertu.

O triomphe immortel dans les fastes du monde! Beauté, fdle des cieux, toi dont la main féconde

LA DÉCOUVERTE

Se plaît à varier ses trésors enchanteurs,

Joint la forme élégante a l’éclat des couleurs, Imprime au front de l’homme une mâle noblesse, Et d’un sexe adoré fait régner la faiblesse; Premier lien des cœurs et volupté des yeux , Beauté, toi dont l’éclat sur des traits gracieux, Détruit avant le tems, passait comme un sourire, Nous pourrons désormais prolonger ton empire.

Mais le bruit du prodige a Londres se répand. Recueilli dans la plaie, un philtre bienfaisant,

Fixé sur des tissus, prisonnier sous le verre,

Sans perdre son pouvoir traverse l’Angleterre.

Pour Jenner chaque épreuve est un succès nouveau. Vainqueur, devant ses pas il chasse le fléau.

En vain dans ses fureurs une ignorance altière,

Un bandeau sur les yeux, insulte à la lumière;

Le fanatisme, en vain contre lui déclaré,

Environne l’erreur de son rempart sacré;

Où règne la raison , l’erreur est sans défense ,

DE LA VACCINE

L’Angleterre examine, approuve et récompense. L’Anglais, né libre et fier, aime la vérité;

Il la cherche, il la trouve, il marche à sa clarté. Estimé des Français, il leur doit son estime;

Mais avare en tout tems d’un tribut légitime,

Sans accorder l’éloge, il le veut obtenir.

Rivaux, si l’intérêt a pu nous désunir,

La justice en nos cœurs ne dut jamais s’éteindre: Deux grandes nations s’admirent sans se craindre !

Voyez loin d’Albion ces Anglais courageux,

A travers les écueils, sur les flots orageux,

Du secret de Jenner propageant les merveilles,

Semer sur d’autres bords l’heureux fruit de ses veilles. Fendez le sein des mers, hardis navigateurs!

Les Autans enchaînés suspendent leurs fureurs;

Un dieu veille sur vous, un dieu doit vous conduire. Abandonnez la voile au souffle du zéphire,

Le ciel est pur, la nuit prodigue ses flambeaux,

Et les sœurs de Thétis entraînent vos vaisseaux!

LA DECOUVERTE

Déjà vous atteignez, par delà le tropique,

Le vaste continent que baigne l’Atlantique.

Le vaccin voyageur parcourt ces bords lointains, Où le moka doré mûrit pour nos festins,

Et ces vallons peuplés de jeunes bayadères,

Dont Madras a tissu les parures légères.

Il pénètre à Bagdad , aux murs de Bassora .

Que le myrthe enrichit des larmes de Myrrha, Dans ces champs, où de loin le voyageur admire Quelques débris épars des grandeurs de Palmire, Aux lieux où Constantin a fondé ses remparts,

Et sous le ciel glacé de l’empire des Czars.

Mais volons sur ses pas aux rives de la France.

Le bruit de ses bienfaits vainement le devance;

La lolle confiance , aux regards effarés ,

Adopte les récits par l’effroi consacrés.

Des crimes de Jenner quelle absurde chronique!

L un croit trouver la mort dans ce philtre magique;

L autre croit voir sa fille, errante aux pieds des monts,

DE LA VACCINE

Fouler, nouvelle Io, le thym et les gazons*;

Et chacun, s’obstinant dans l’erreur qui l’obsède, Veut expirer du mal, par la peur du remède.

Un plus hardi paraît, et seul mieux inspiré, Hasarde un premier pas trop longtems différé.

Son audace est heureuse, un autre se rassure;

Un troisième après lui veut tenter l’aventure. Chaque jour est marqué par de nombreux essais: Paris donne l’exemple au reste des Français;

Aux leçons de Paris la province est docile ,

Et bientôt le village ose imiter la ville.

Loin du toit fastueux par le riche habité,

J’ai vu dans les hameaux la sainte humanité, A des travaux pieux consacrant ses lumières, De la contagion affranchir les chaumières.

* Quelques habitans de la campagne , meme dans les environs de Paris , ont pousse la folie jusqu’à croire que le vacccin pouvait leur faire prendre la forme de l’animal qui le fournit.

LA DECOUVERTE

Quand sous l’humble clocher du temple villageois , L'airain qui frappe l’heure avait frémi deux fois ;

Vêtu, comme aux beaux jours, de sa blanche tunique, Le chantre précédé d’un tambour pacifique,

Du docteur redouté proclamait le retour;

Femmes, enfans, vieillards se pressent à l’entour.

Ce mortel si terrible à leurs yeux se présente.

Ses regards paternels dissipent l’épouvante,

Il rassure la mère, il sourit aux enfans,

Il prédit au vieillard qu’il doit vivre cent ans.

Sous le chaume bientôt la foule se rassemble ,

On entre, on est assis, de nouveau chacun tremble.

Ils répondent par ordre à l’appel du pasteur;

Une bourse a la main, de loin le bon docteur Montre au plus intrépide un prix de sa vaillance;

Le magister sourit d’un air de défiance,

Et les traces d’un mal, qu’il a trop mérité,

Ont gravé sur son front son incrédulité.

L’instant fatal approche; il faut qu’on se décide...

Des assistans nombreux quel est le moins timide?

Qu’il se signale! Il vient; tous au fer menaçant Vont offrir tour a tour un bras obéissant.

Debout au milieu d’eux, le Nestor du village

DE LA VACCINE

Tout bas par ses discours affermit leur courage.

Une mère l’écoute, et, les pleurs dans les yeux , Inquiète , à son fds adresse ses adieux ,

Le présente au docteur et soudain le retire ,

Puis le présente encor, se détourne et soupire.

L’un affecte un grand cœur que son trouble dément ; L’autre rougit, pâlit et pleure franchement ;

Leur voisin en héros affronte la piqûre ,

Après ce bel exploit , plus fier de sa blessure ,

Qu’un vieux soldat français mourant pour son pays Dans les champs de Rocroi , de Lens ou d’Austerlitz.

Cependant â regret leur bienfaiteur les quitte. Quelques jours écoulés , un soir il les visite.

Ce n’est plus la terreur qu’il fait naître aujourd’hui: Ses malades charmés sautent autour de lui ;

Le plus jeune d’entre eux l’embrasse et le caresse ; Leurs visages vermeils respirent l’alégresse ;

Ils devancent ses pas d’un air leste et dispos.

Leurs complimens naïfs, leurs aimables propos,

9e. édition. 20*

LA DECOUVERTE

La verdeur des vieillards , la fraîcheur de leurs fdles , La joie et la santé de toutes les familles ,

Attestent le pouvoir d’un art libérateur,

Et tous, sans le connaître, en bénissent Fauteur.

Adopte ce bienfait , ô France ! ô ma patrie !

Après tant de revers qui ne t’ont pas flétrie ,

En dépit des vainqueurs , forcés de t’admirer,

Quel beau siècle pour toi semble se préparer !

Je vois de toutes parts une race nouvelle S’élever dans ton sein plus nombreuse et plus belle. La nature vaincue en respecte la fleur.

Plus tard étincelans de grâce et de vigueur,

Ces jeunes nourrissons peuplent tes champs fertiles ; Laboureurs au village , artisans dans les villes,

Par l’équité sévère armés du fer des lois,

Admis a la tribune a discuter nos droits ,

Ardens , prêts à donner tous les trésors de l’Inde Pour les lauriers de Mars ou les palmes du Pinde I Croissez, nobles enfans , l’espoir du nom français; Par la guerre illustrés, soyez grands dans la paix.

DE LA VACCINE

Si quelque roi jaloux insulte a votre gloire, Couronnez votre front d’une double victoire: Régnez par les beaux-arts sur ses peuples soumis, Et soyez sans rivaux comme sans ennemis.

DISCOURS

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