‹ Poësies et messéniennesChapitre 29 sur 39 · A MES AMIS · texte numérisé non relu

A MES AMIS

Nous chanterons d’une voix moins sonore ; Mais que Bacchus dicte nos derniers vers: Buvons à lui , qu’un jus brûlant colore Nos fronts pâlis par quatre-vingts hivers !

Plongeons nos sens dans une heureuse ivresse : Le lierre, amis, sied bien aux cheveux blancs; Ses rameaux verts couvrent de leur jeunesse Les vieux ormeaux dépouillés par les ans.

AU VALLON D’ARGENTOL.

Quàm juvat inimités ventos audire cubantem

Aut gelidas hibernus aquas quum fuderit Ans ter, Securum somnos , imbre jurante , sequi.

Hoc mihi contingat ! Txbulle.

JÎ\etraite d’Argentol, vallon tranquille et sombre, Qu’habitent le travail, la paix et le bonheur,

Que j’aime a respirer ce reste de fraîcheur,

A l’ardeur des étés échappé sous ton ombre 1 Le zéphire se plait dans tes longs peupliers ;

Ces monts, où deux forêts balancent leur verdure, Environnent ton sein d’une double ceinture. Courbez-vous sur mon front , rameaux hospitaliers ; Source fraîche , où ma main recueille une onde pure , Reviens par cent détours aux bords que tu chéris; Poursuis, que ton murmure, en charmant mes oreilles,

AU VALLON D’ARGENTOL.

Se mêle au bruit léger de cet essaim d’abeilles ,

Qui vole en bourdonnant sur les buissons fleuris.

Des chênes ébranlés mutilant les racines ,

Puissent les noirs torrens, dont le cours inégal

Dans un lit de gravier gronde au pied des collines ,

Ne jamais obscurcir ton paisible cristal !

Puissent le dieu des champs et ses nymphes divines , /

Ecarter loin de toi le chasseur inhumain ,

Quand , l’oreille aux aguets , sortant du bois voisin ,

La biche au pied léger , ou le chevreuil timide Vient se désaltérer à ta source limpide.

Ah ! si jamais le ciel, soigneux de mes plaisirs ,

Fixe ma vie errante au milieu de ces plaines ,

Je veux que leur enceinte enferme mes désirs,

Que mon travail soit libre ainsi que mes loisirs :

J’y veux couler en paix des jours exempts de peines. Quand l’ardent Sirius blanchit l’azur des cieux ,

Quel bonheur de fouler des herbes verdoyantes ,

Ou, dans les nuits d’hiver, quand un vent pluvieux Vient battre a coups pressés les vitres frémissantes , De rever a ce bruit qui vous ferme les yeux I Si je meurs entouré de riantes images,

Je ne veux pour tombeau que ces gazons épais.

Les passans fatigues de quelques longs voyages ,

AU VALLON D’ARGENTGL.

Pourront s’y reposer sous des peupliers frais ;

Mon ombre écartera de leur couche tranquille L’insecte malfaisant, le reptile odieux:

Un regret, un soupir, en quittant ces beaux lieux, Me paîront au -delà mes soins et mon asile.

Voila mes seuls désirs: puissent-ils plaire aux dieux! O vallon fortuné , paisibles promenades ,

Tout ce faste imposant que Paris va m’offrir ,

Ces palais, ces jardins et leurs tristes Nayades ,

Du besoin de vous voir ne me sauraient guérir ; Entre vos monts altiers , au bruit de vos cascades , Que ne m’est-il donné de vivre et de mourir!

(J<\ edi lion.

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