‹ Poësies et messéniennesChapitre 3 sur 39 · APRÈS LE DEPART DES ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

APRÈS LE DEPART DES ÉTRANGERS

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toi que l’univers adore ,

O toi que maudit l’univers ,

Fortune , dont la main , du couchant à l’aurore , Dispense les lauriers , les sceptres et les fers ,

TROISIEME

Ton aveugle courroux nous garde- 1- il encore Des triomphes et des revers ?

Nos malheurs trop fameux proclament ta puissance : Tes jeux furent sanglans dans notre belle France :

Le peuple mieux instruit , mais trop fier de ses droits ,

Sur les débris du trône établit son empire ,

Poussa la liberté jusqu’au mépris des lois ,

Et la raison jusqu’au délire.

Bientôt au premier rang porté par ses exploits r Un roi nouveau brisa d’un sceptre despotique Les faisceaux de la République ,

Tout dégouttans du sang des rois.

Pour affermir son trône , il lassa la victoire ,

D’un peuple généreux prodigua la valeur ;

L’Europe qu’il bravait a fléchi sous sa gloire :

Elle insulte à notre malheur.

C est qu’ils ne vivent plus que dans notre mémoire Ces guerriers dont le Nord a moissonné la fleur.

MESSENIENNE.

O désastre ! ô pitié ! jour a jamais célèbre ,

Où ce cri s’éleva dans la patrie en deuil :

Ils sont morts , et Moscow fut le flambeau funèbre Qui prêta ses clartés a leur vaste cercueil.

Ces règnes d’un moment, et les chutes soudaines De ces trônes d’un jour l’un sur l’autre croulans ,

Ont laissé des levains de discorde et de haines Dans nos esprits plus turbulens.

Cessant de comprimer la fièvre qui l’agite ,

Le fier républicain , sourd aux leçons du tems ,

Appelle avec fureur , dans ses rêves ardens ,

Une liberté sans limite ;

Mais cette liberté fut féconde en forfaits :

Cet océan trompeur qui n’a point de rivages ,

N’est connu jusqu’à nous que par de grands naufrages Dans les annales des Français.

« Que nos maux, direz-vous, nous soient du moins utiles

TROISIEME

« Opposons une digue aux tempêtes civiles ;

« Que deux pouvoirs rivaux , l’un émané des rois ,

« L’autre sorti du peuple et garant de ses droits ,

« Libres et dépendans , offrent au rang suprême « Un rempart contre nous, un frein contre lui-même. »

Vainement la raison vous dicte ces discours; L’égoïsme et l’orgueil sont aveugles et sourds : Cet amant du passé , que le présent irrite , Jaloux de voir ses rois d’entraves dégagés ,

Le front baissé , se précipite Sous la verge des préjugés.

Quoi ! toujours des partis proclamés légitimes , Tant qu’ils régnent sur nos débris,

L an par l’autre abattus , proscrivant ou proscrits , Tour-à-tour tyrans ou victimes 1

Empire malheureux, voilà donc ton destin! ... Fiançais , ne dites plus : « La franco nous est chère »

MESSENIENNE.

Elle désavouerait votre amour inhumain.

Cessez, enfans ingrats, d’embrasser votre mère, Pour vous étouffer dans son sein.

Contre ses ennemis tournez votre courage ;

Au conseil des vainqueurs son sort est agité :

Ces rois qui l’encensaient fiers de leur esclavage , Vont lui vendre la liberté.

Non, ce n’est pas en vain que sa voix nous appelle ; Et , s’ils ont prétendu , par d’infàmes traités , Imprimer sur nos fronts une tache éternelle;

Si de leur doigt superbe ils marquent les cités Que veut se partager une ligue infidèle ;

Si la foi des sermens n’est qu’un garant trompeur; Si , le glaive à la main , l’iniquité l’emporte ;

Si la France n’est plus , si la patrie est morte , Mourons tous avec elle, ou rendons-lui flionneur.

Qu’entends-je? et d'où vient cette ivresse Qui semble croître dans son cours ?

Quels chants , quels transports d’alégresse !

ye. édition.

TROISIEME

Quel bruyant et nombreux concours !

De nos soldats la foule au loin se presse ;

D’une nouvelle ardeur leurs yeux sont embrasés ;

Plus d’Anglais parmi nous ! plus de joug ! plus d’entraves Levez plus fièrement vos fronts cicatrisés. . .

Oui , l’étranger s’éloigne ; oui , vos fers sont brisés ; Soldats , vous n’êtes plus esclaves î

Reprends ton orgueil , Ma noble patrie ;

Quitte enfin ton deuil, Liberté chérie ;

Liberté , patrie ,

Sortez du cercueil !...

D’un vainqueur insolent méprisons les injures; Riches des étendards conquis sur nos rivaux , Nous pouvons a leurs yeux dérober nos blessures En les cachant sous leurs drapeaux.

MESSENIENN’Jïï.

Voulons-nous enchaîner leurs fureurs impuissantes Soyons unis , Français ; nous ne les verrons plus Nous dicter d’Albion les décrets absolus,

Arborer sur nos tours ses couleurs menaçantes.

Nous ne les verrons plus , le front ceint de lauriers , Troublant de leur aspect les fêtes du génie ,

Chez Melpomène et Polymnie Usurper une place où siégeaient nos guerriers.

Nous ne les verrons plus nous accorder par grâce Une part des trésors flottans sur nos sillons.

Soyons unis ; jamais leurs bataillons De nos champs envahis ne couvriront la face :

La France dans son sein ne les peut endurer,

Et ne les recevrait que pour les dévorer.

Ab ! 11e l’oublions pas ; naguère dans ces plaines Où le sort nous abandonna ,

Nous n’avions pas porté des âmes moins romaines, Qu’aux champs de Rivoli , de Fleurus , d’Iéna ; Mais nos divisions nous y forgeaient des chaînes. Effrayante leçon qui doit unir nos cœurs Par des liens indestructibles :

TROISIEME

Le courage fait des vainqueurs ; La concorde , des invincibles.

Henri , divin Henri , toi qui fus grand et bon ,

Qui chassas l’Espagnol et finis nos misères ,

Les partis sont d’accord en prononçant ton nom ; Henri, de tes enfans fais un peuple de frères.

Ton image déjà semble nous protéger ,

Tu renais ; avec toi renaît l’indépendance :

O roi le plus français dont s’honore la France ,

11 est dans ton destin de voir fuir l’étranger !

Et toi, son digne fils, après vingt ans d’orage,

Règne sur des sujets par toi-même ennoblis.

Leurs droits sont consacrés dans ton plus bel ouvrage. Oui , ce grand monument , affermi d’àge en âge ,

Doit couvrir de son ombre et le peuple et les lis.

11 est des opprimés l’asile impérissable ,

La terreur du tyran , du ministre coupable ,

Le temple de nos libertés.

Que la France prospère en tes mains magnanimes ,

MESSENIENNE.

Que tes jours soient sereins , tes décrets respectés ,

Toi , qui proclames ces maximes :

O rois , pour commander , obéissez aux lois ;

Peuple , en obéissant , sois libre sous tes rois !

QUATRIÈME

QUATRIEME

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