I. Lettre à p. ai
à Berlin, octobre 1773. Œuvres de Parny^ t. I,
2i6 Poésies de Bertin,
Et des filles de Mémoire, Te fait rencontrer la gloire £t le plaisir et l'amour ?
Je remarque, mon cher ami, que tu es le premier poète, depuis le Camoêns, qui ait doublé ce fameux cap des Tempêtes, regardé si longtemps comme la dernière borne du monde vers le pôle austral. Mais le Camoêns ne dansa point de menuet à Rio- Janeiro avec la plus belle personne du Brésil. Trente Ursulines charmantes ne soulevèrent point un coin de leur voile pour le voir passer : enfin on ne lui jeta point le soir des bouquets par la fenêtre. Il fuyoit sa patrie, et tu vas revoir les lieux qui t'ont vu naître. Il fut bientôt oublié sur les bords du Tage, et ton absence est sur les rives de la Seine Fétemel objet de nos entretiens, de nos regrets et de nos craintes. La seule ressemblance que je trouve entre le Portugais et toi, c'est que vous fîtes tous deux, à quatre mille lieues de l'Europe, vos plus aimables vers, et que tous deux vous vivrez toujours.
Ne fumant point et buvant peu, je sens que la société du Cap et la tournure de ses habitants doivent avoir très peu d'attraits pour toi. Je leur passe d'avoir rassemblé dans leur magnifique jardin de la Compagnie les fleurs et les fruits des quatre parties du monde, et surtout de s'être procuré de l'ombrage sur un sol aride où il est si nécessaire et si rare ; mais je suis fort scandalisé des mœurs de ce pays : je ne conçois pas que les Hollandois attachent si peu d'importance à un baiser, qui parmi nous vaut la dernière faveur.
Poésies diverses, ziy
Les malheureux I en ne le défendant point, ils ont détruit tout son charme. Ils ont anéanti les plus douces prémices de l'amour, et son langage le plus passionné. £t comment donc les femmes font-elles dans ce pays pour avouer qu'elles aiment, ou qu'elles se sont assez défendues ? Il est bien dur d'être obligé de tout décliner.
Nous sommes depuis trois semaines à Feuillancour, et tels à peu près que tu nous as laissés, si ce n'est que ton frère est devenu encore plus gourmand, et moi plus paresseux, depuis que nous avons été inoculés. Le soleil est à peu près au tiers de son cours lorsqu'on se lève; et, pour remplir alors ce que nous nommons bravement la matinée, on s'occupe de vers, de prose, de musfque, et d'autres semblables bagatelles. Le soleil baisse ; nos dames montent dans des calèches découvertes, que nous conduisons nous-mêmes avec assez d'adresse ; nous courons jouir, sur cette longue et superbe terrasse de Saint-Germain, d'un des plus beaux aspects qui soient au monde ^ et nous nous égarons dans les mille et une routes de cette forêt,
Où fuyant la foule indiscrète Des invalides du canton, Et tenant en main la musette Qu'à toi seul il légua, dit-on, Le vif, le piquant Hamilton, Jadis sur tm si nouveau ton , Chanta le Brochet et Nanette ^.
I. Noms 8008 lesquels, comme le rappelle Boissonode, Hamilton désigne dans ses Œuvres le dac et la duchesse de Berwick.
ai8 Poésies de Beriin,
La soirée est terminée par un souper fort gai, et
par des chants qui se prolongent fort ayant dans la
nuit.
Ainsi du nectar qui ruisselle Des pressoirs de Beaune et d'Ai;bob^ Nous humectons les petits pois Que donne la saison nouvelle ; Tandis que vers l'astre brillant Qui se lève sur notre France , £t qui par un don éclatant ^ D'abord signale sa puissance »
* Après une longue souffrance, Tous les cœurs remplis d'espérance Se tournent en le bénissant ; Que plus loin vers la mer Baltique On s'empresse de partager Les deux tiers d'une république, Et le tout, pour la protéger •; Qu'enfin les soldats de Russie, En foule inondant la Turquie * ; Jurent de tondre Mustapha, Et de rendre à la Circassie Cent beautés qui, sur leur sopha.
Passent bien tristement lem* vie, Et qui dans cet affireux séjour.
Si cher aux tjrrans de l'Asie,
I. En montant sur le trône^ le lo mai 1774, Louis XVI avait refusé le don de joyeux avènement.
a. Le premier partage de la Pologne, signé le a septembre 1772; ratifié par la Diète le 3 août 1773.
3 . Les Turcs qui, à l'instigation de la France désireuse de £ûre une diversion en faveur des Polonais, avaient déclaré la guerre à la Russie, en 1768, étaient alors sur le point, après avoir vu les Russes s'avancer jusqu'à Schoumla, de signer le traité de paix de Kaïnardji (10 juillet 1774)*
poésies diverses.
Hilas ! n'ont point connu l'amour, Et connaissent la jalousie.
Adieu : je m'aperçois trop tard Que ma muse fort indiscrète, Mettant toute fleur à l'icart.
T'écrit une froide galette , Où de ta ville et du rempart, L'histoire amusante et secrète N'a pas mime un article ï part.
Mais ma plume court au hasard :
La gêner n'est pas mon système ; Entre nous , je ne veui point d'art :
On est toujours un peu bavard Lorqu'OQ ictit i ce qu'on aime.
A MONSIEUR