‹ Poésies et théâtreChapitre 42 sur 86 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Les Mêmes; MARANCEY, tenant le billet.

MARANCEY.

La petite prude aura tout dit... Il paraît que c'est au mari que j'aurai affaire... c'est moins gai; mais enfin...

AMÉLIE, à Treneuil.

Je tremble...

MARANCEY, bas, à Treneuil.

On m'a remis votre billet.

TRENEUIL, avec embarras.

En effet, mon cher Marancey...

MARANCEY, à part.

Son cher Marancey !... ah! oui... la dissimulation, à cause de... (Bas, à Treneuil.) Je suis à vos ordres.

TRENEUIL, à part.

Comment diable me tirer de là!... (Haut.) Je crois... j'avais quelque chose à vous dire...

M™ DE MARANCEY.

Ces messieurs ont un air de mystère... Si nous les

gênons...

(Treneuil passe auprès de madame de Marancey, Amélie vient à la droite de Treneuil.)

TRENEUIL.

Pouvez-vous croire... Rien de plus simple... J'avais fait prier ce cher ami de venir un instant... je voulais lui demander un service.

MARANCEY, à part.

Je n'y suis plus du tout.

AMÉLIE

Que va-t-il dire ?

TRENEUIL.

Nous ne partons plus,

En vérité !

Oui, ma femme a changé d'avis.

AMÉLIE, bas, à Treneuil.

Que va-t-il croire?

MARANCEY, à part.

Cher ange de femme!... et moi qui l'accusais ! . . .

TRENEUIL.

Vous savez qu'avec les dames il ne faut jamais compter sur rien. A chaque instant un second caprice souffle sur le château de cartes élevé par un premier : madame de Treneuil, usant du privilège, a remplacé sa fantaisie de départ par une autre... Elle a envie de se joindre à la cavalcade brillante pour laquelle tout Bade est en émoi dans ce moment... Quelques lettres reçues ce matin... une réponse pressée, m'empêchent de l'accompagner; je voulais vous prier, mon cher Marancey, d'être mon remplaçant.

MARANCEY.

Moi!

TRENEUIL.

Amélie n'est pas très-bonne écuyère, et je serais inquiet si je ne savais auprès d'elle un cavalier habile.

AMÉLIE, bas, à Treneuil.

Après ce que je t'ai dit, il est impossible...

TRENEUIL.

Il le faut.

Certainement, madame, vous ne doutez pas de l'empressement, du plaisir. . . (A part.) Oh ! la perle des maris ! . . . Et moi qui prenais sa lettre pour un cartel !

M^e DE MARANCEY.

Je suis charmée, madame, que vous soyez des nôtres... C'est un plaisir auquel j'étais loin de m'attendre, après votre refus de ce matin.

MARANCEY, à part.

Diantre ! ma femme serait de trop.

TRENEUIL, bas, à madame de Marancey.

De grâce, restez, madame! Il faut absolument que je vous parle.

M^ DE MARANCEY, àpart.

Qu'a-t-il à me dire?

MARANCEY, à sa femme.

Vouloir galoper par monts et par vaux, après avoir dansé toute la nuit...

TRENEUIL, à madame deMarancey.

Je vous en supplie, un moment d'entretien.

MARANCEY.

C'est d'une imprudence...

M«»e DE MARANCEY.

Puisque mon mari le veut absolument, je resterai.

MARANCEY.

C'est arrangé... je vais demander des chevaux... Dans dix minutes, je viens vous prendre. (Bas, à Amélie.) Vous êtes un ange.

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