‹ Poésies et théâtreChapitre 44 sur 86 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

TRENEUIL, Mme DE MARANCEY.

TRENEUIL, à part.

Je veux mourir, si je sais comment entamer la conversation.

M«»e DE MARANCEY, à part.

Est-ce quelque nouvelle impertinence qu'il médite ?...

il la paierait cher !

TRENEUIL.

Madame?..

M«e DE MARANCEY.

Monsieur...

TRENEUIL, à part.

C'est fort embarrassant... j'ai été si malavisé avec mon

persiflage... 0 ma vieille éloquence de garçon, viens à mon aide !... (Haut.) Madame.

Mme DE MARANCEY.

Vous vous répétez.

TRENEUIL, à part.

Voilà un sourire qui ne m'annonce rien de bon... C'est le premier mot qui est terriblement difficile... Oh! un premier mot...

Mme DE MARANGEY.

Est-ce là tout ce que vous avez à me dire ?

TRENEUIL.

De grâce, madame, ne cherchez pas à accroître mon embarras... Je me sens si troublé d'avance de ce que j'ai à vous dire... vous-même en serez si étonnée peut-être...

Mme DE MARANCEY.

Très-étonnée... si c'est quelque chose d'aimable et de poli.

TRENEUIL, à part.

Je tiens mon premier mot. (Haut.) Avouez, madame, que vous me trouvez bien coupable.

Mme DE MARANCEY, à part.

C'est une amende honorable... il la fera complète.

TRENEUIL,

Vous ne répondez pas ?

M^e DE MARANCEY.

Coupable ! parce que vous avez refusé de m' accompagner... parce que vous in avez rendu un éventail que j'avais égaré... Je suis un peu gâtée, il est vrai... On m'a habituée à plus de génuflexions que vous ne m'en accordez; mais cette fière indifférence a quelque chose de digne et de loyal dont je ne saurais être blessée.

TRENEUIL, à part.

Si elle est coquette, du moins elle n'a pas de rancune. (Haut.) Oui, les apparences me condamnent... mais une voix secrète ne vous a-t-elle pas avertie que ma froideur affectée n'était qu'un masque dont j'espérais pouvoir me couvrir toujours?...

Mme DE MARANCEY.

C'était une comédie?... Je vous fais mon compliment... vous la jouez à ravir... Et comment appelez-vous celle d'à présent ?

TRENEUIL.

Vous savez bien qu'en ce moment je vous dis la vérité tout entière... la vérité qui m'échappe malgré moi... Oui, j'ai lutté trop longtemps... combattre encore est au-dessus de mes forces.

M«>e DE M AR AN CE Y.

Si c'est un rôle comme ce matin, je vous avouerai naïvement qu'il me plaît davantage.

TRENEUIL.

Oubliez, je vous en conjure, ce qui s'est passé ce matin... j'étais un insensé... Quittez cet air sévère, regardez-moi comme cette nuit, quand votre main, par une heureuse distraction, oubliait dans la mienne cet

éventail.

Mme DE MARANCEY.

Que vous m'avez rendu.

TRENEUIL.

Oh! je voudrais acheter au prix de mon sang un gage de cette tendresse, dont quelquefois j'ai cru lire la promesse dans vos yeux... Ce médaillon...

Mme DE MARANCEY.

Mon portrait!...

TRENEUIL.

Votre portrait!... oh! je vous en supplie, votre portrait, pour gage de pardon et d'amour...

M^ DE MARANCEY.

Monsieur de Treneuil, pour répondre à toutes les choses charmantes que vous venez de me dire, je veux vous don-

ner un conseil. Il est des offenses qu'une femme n'oublie pas, et pardonne rarement. Lorsqu'on a envie de plaire, il est au moins imprudent de commencer par l'impertinence.

TRENEUIL.

C'est à genoux...

M»* DE MARANCEY.

Ce matin, votre fatuité m'a blessée ; en ce moment, votre tendresse me fait rire.

TRENEUIL.

Madame...

M«>° DE MARANCEY.

Restez... J'ai vu quelques hommes à genoux; je vous assure que vous y êtes fort bien... Vous devriez chercher à retrouver cet air confus et humilié, quand vous demanderez pardon à madame de Treneuil pour votre tentative d'infidélité.

(Elle le quitte en riant, et rentre dans sa chambre.)

2 04 ŒUVRES liE Cil. DE BERNARD.

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