‹ Poésies et théâtreChapitre 58 sur 86 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Mme DE VERNEUIL, BARBERIN, entrant par la porte latérale,

à droite.

Mme DE VERNEUIL.

Monsieur de Barberin !

Moi-même, charmante cousine!

Mme de VERNEUIL.

Quelle aimable surprise !

Je me serais bien gardé, madame, de traverser la capitale de votre royaume sans venir vous présenter mes

hommages.

Mme DE VERNEUIL.

Je n'ai pas besoin de vous dire que je suis enchantée de vous voir... mais, que faites-vous ? qu'êtes-vous devenu depuis votre départ de Paris ?

Vous ne lisez donc pas le Moniteur ? il devrait pourtant être le déjeuner officiel de toute la préfecture... vous y auriez vu que le comte Horace de Barberin fait aujourd'hui partie de l'armée française.

Mme DE VERNEUIL.

Je ne doute pas que le gouvernement duroi Louis XVJII n'ait été enchanté de compter, parmi ses défenseurs, un homme de votre naissance.

Ma naissance... aux yeux des officiers de F ancienne armée, qui en ce moment abondent à Paris, c'était une pauvre recommandation.

Air Un homme pour faire un tableau.

Pour eux j'étais un étranger Qu'ils voyaient avec répugnance ; L'un d'eux voulut bien se charger De faire oublier ma naissance. • Il me baptisa de sa main, Avec une obligeance extrême...

Mais, grâce au sabre du parrain, J'ai payé les frais du baptême.

Mme DE VERNEUIL.

Dans quel régiment servez-vous ?

Le brillant uniforme de la Maison-Rouge m'a tenté... je suis chevau-léger... et comme ma compagnie va prendre son service an château, je me rends à mon poste,

MADAME DE VALDAUNAIE. 239

après avoir terminé une petite affaire qui m'avait appelé à Lyon.

M'«e DE YERNEUIL.

Et pour nous voir, vous ne craignez pas de faire le double du chemin, en passant par Grenoble... c'est d'une galanterie digne de la maison du roi.

Je dois vous avouer, ma cousine, que le plaisir de vous voir, bien grand sans doute, ne m'a pas seul déterminé à faire un aussi long détour ; et pour vous dire toute la vérité, c'est la peur qui m'a fait passer par Grenoble.

Mme DE VERNEUIL.

La peur... un chevau-léger ! expliquez moi cette énigme.

Volontiers ! Vous saurez donc qu'hier, à cette heure-ci, au lieu de jouir d'une aimable compagnie, je m'ennuyais fort au milieu de la cour des messageries de Lyon, attendant qu'on eut achevé de charger la voiture par laquelle je devais partir... figurez-vous ma terreur, lorsque je vis prêt à y monter un couple hibernois ou helvétique, je ne sais lequel ; mais inouï, et créé sans doute pour montrer jusqu'à quel point la peau humaine est susceptible dedilatatio.:.

2 40 ŒUVRES DE Cil. DE BERNARD.

M™ DE VERNEUIL

C'est charmant !

D'horreur, je me précipitai dans une autre voiture qui allait également partir... Un quart d'heure après, je faisais le voyage de Lyon à Paris, par Grenoble... itinéraire contraire aux plus simples notions géographiques, mais auquel je dois le plaisir de me trouver en ce moment auprès de vous.

M™ DE VERNEUIL

Vous arrivez à propos, car, ce soir, nous avons un bal.

C'est la réflexion que j'ai faite en route.

Mme DE VERNEUIL.

Comment avez-vous pu deviner ?

N'est-ce pas aujourd'hui lundi, jour de gala chez tous les préfets du royaume ?

M™ DE VERNEUIL

Je compte sur vous pour ouvrir le bal.

Désolé, ma chère cousine... mais je me suis engagé pour le premier quadrille.

MADAME DE VALDAUNAIE. 24 1

M™ DE VERNEUIL

Un engagement... et avec qui ? à moins que ce ne soit en songe que vous l'ayez contracté.

En songe. . . peut-être. . . mais c'est égal, il faut être fidèle aux promesses que Ton a faites.

M^e DE VERNEUIL.

Même en rêvant.

Même en rêvant... vous ne connaissez pas la conscience d'un chevau-léger.

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