SCÈNE XVI
BARBER1N ; Mme de VALDAUNAIE, sortant de l'appartement à droite, suivie d'un domestique.
M"™* DE VALDAUNAIE, au domestique.
Faites demander ma voiture, je vous prie. (Apercevant Barberin.) Monsieur de Barberin.
Vous me voyez tremblant, j'étais si inquiet. (A part.) Cet air de souffrance la rend encore plus ravissante.
Mme DE^VALDAUNAIE.
Je suis mieux, vous le voyez ; mais j'ai hâte de me retirer.
Ne me fuyez pas ainsi.
M»e DE VALDAUNAIE.
Monsieur. . .
(Elle va pour sortir.) BARBERIN, à part.
Il faudrait être plus ou moins qu'un homme pour ne pas chercher à la consoler. Mon parti est pris... advienne que pourra. (Haut.) Un mot encore, de grâce... pourquoi tremblez-vous ainsi près de moi ? Si quelque danger vous menaçait, croyez-vous que je n'aie ni la volonté, ni la force de vous protéger?... et si un homme était assez audacieux pour vous poursuivre d'un amour insensé?...
M™ DE VALDAUNAIE.
Quoi ! monsieur, vous savez ?
Je sais tout ; la torture qu'on vous a fait subir a dure trop longtemps; je vous en délivrerai, madame.
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M-»e DE VALDAUNA1E.
Vous ?
Je ne réclame que le droit de vous défendre ; vous me renverrez quand je ne vous serai plus utile. Pour prix de mon dévouement, je n'exigerai pas votre amour; je sais qu'un cœur comme le vôtre ne se donne qu'une fois, et reste fidèle... même à un souvenir.
M™ DE VALDAUNATE.
Un souvenir?...
Pardonnez-moi de vous avoir attristée ; mais il fallait bien vous dire que je ne voulais pas faire succéder la persécution à la tyrannie.
M™ DE VALDAUNA1E.
Je ne vous dois aucun compte de ma conduite... mais
je sens qu'il me serait trop cruel de renoncer à votre
estime... Sans doute, on m'a peinte à vos yeux comme
une femme légère; je vous le jure, je ne suis point
coupable.
BARBERIN, à part.
Elle ne l'aimait pas.
M™ DE VALDAUNAIE.
Ne cherchez point à en savoir davantage... il est un secret que je dois garder toujours...
Aik de Téniers.
Ce secret, l'honneur me l'impose,
Jamais je ne le trahirai ;
Et, quoiqu'à l'outrage il m'expose,
Jusqu'à la mort je me tairai.
Honte et mépris, cruelle offense,
Mon cœur saura tout supporter ; Car j'aime mieux les souffrir en silence, Que d'y répondre, et de les mériter.
Je vous crois; mais acceptez l'appui que je vous offre. Vous le savez, autrefois les victimes de quelque odieuse entreprise se mettaient sous la sauvegarde d'une épée... Voulez-vous la mienne, madame ?
M™ de valdaunaie.
Encore du sang ! non, jamais. Ma résolution est prise, je fuirai de nouveau...
Vous partez ?
Mme DE VALDAUNAIE
Cette nuit même.
Permettez que je vous accompagne que je vous
suive.
MADAME DE VALDAUNAIE. 27 9
Mme DE VALDAUNA1E.
Cela ne se peut pas.
De loin, de bien loin; qu'au moins je veille sur vous : c'est en vain que vous essaieriez de me le défendre.
m™ DE VALDAUNAIE.
Laissez-moi.
Hier, j'aurais pu obéir à cet ordre cruel; je vous croyais heureuse... mais quand je vous vois tremblante, menacée...
Mme DE VALDAUNAIE.
Adieu, adieu ; nous ne devons plus nous voir.
Ne plus vous voir ! c'est impossible... cela ne sera pas... Jusqu'ici Guerland a su découvrir vos traces; croyez-vous donc, madame, que l'amour soit moins persévérant que la vengeance ? Quoi que vous fassiez, je saurai le nom de la ville où vous allez. Ainsi, dites-le-moi, je vous en conjure.
Mme DE VALDAUNAIE.
Au nom du ciel...
Me traiterez-vous comme votre persécuteur, moi qui
donnerais ma vie pour avoir le droit d'essuyer vos larmes ?
Mme DE VALDAUNAIE.
Rien ne peut donc vous détacher d'une femme malheureuse ?
Eh bien! madame?... On vient... c'est madame de Verneuil... Guerland la suit... Fiez-vous à ma prudence.