ENFANTS TROUVEES
Dans les promenades publiques, Les beaux dimanches, on peut voir Passer, troupes mélancoliques, Des petites filles en noir.
De loin, on croit des hirondelles :
Robes sombres et grands cols blancs ; Et le vent met des frissons d'ailes Dans les légers camails tremblants.
Enfants trouvées 183
Mais quand, plus près des écolières, On les voit se parler tout bas, On songe aux étroites volières Où les oiseaux ne chantent pas.
Près d'une sœur, qui les surveille En dépêchant son chapelet.
Deux par deux, en bonnet de vieille, Et les mains sous le mantelet,
Les cils baissés, tristes et laides, Le front ignorant du baiser, Elles vont voir, pauvres cœurs lièdes, Lee autres enfants s'amuser.
Les petites vont les premières ; Mais leur regard discipliné A perdu ses vives lumières Et sou bel azur étonné.
Les pieuses et les savantes Ont un maintien plus glacial; Toutes ont des mains de servantes.
L'œil sournois et l'air trivial.