A UN ANGE GARDIEN
Mon rêve, par l'amour redevenu chrétien, T'évoque à ses côtés, ô doux ange gardien, Divin et pur esprit, compagnon invisible Qui veilles sur cette âme innocente et paisible ! N'est-ce pas, beau soldat des phalanges de Dieu, Qui, pour la protéger, fais toujours, en tout lieu, Sur l'adorable enfant planer ton ombre ailée, Que ta chaste personne est moins immaculée, Que ton regard, reflet des immenses azurs,
l'Exilée.
Et que le feu qui brille à ton front, sont moins purs, Dans leur sublime essence au paradis conquise, Que le cœur virginal de cette enfant exquise ? O toi qui de la voir as toujours la douceur, Bel ange, n'est-ce pas qu'elle est comme ta sœur ? O céleste témoin qui sais que sa pensée, Par une humble prière au matin commencée, Dans ses rêves du soir est plus naïve encor, N'est-ce pas qu'en voyant s'abaisser ses cils d'or Sur ses yeux ingénus comme ceux des gazelles, Tu t'étonnes parfois qu'elle n'ait pas des ailes ?
PITli DES CHOSES
La douleur aiguise les sens ; — Hélas ! ma mignonne est partie Et dans la nature je sens Une secrète sympathie.
Je sens que les nids querelleurs Par égard pour moi se contraignent, Que je fais de la peine aux fleurs Et que les étoiles me plaignent.
20^ L'Exilée.
La fauvette semble en effet De son chant joyeux avoir honte, Le lys sait le mal qu'il me fait, Et l'étoile aussi s'en rend compte.
En eux j'entends, respire et vois La chère absente, et je regrette Ses yeux, son haleine et sa voix.
Qui sont astres, lys et fauvette.
VIE ANTIÉRIEURE
S'il est vraî que ce monde est pour l'homme un exil Où, ployant sous le faix du labeur dur et vil. Il expie en pleurant sa vie antérieure ; S'il est vrai que dans une existence meilleure, Parmi les astres d'or qui roulent dans l'azur, Il a vécu, formé d'un élément plus pur. Et qu'il garde un regret de sa splendeur première ; Tu dois venir, enfant, de ce lieu de lumière Auquel mon âme a dil naguère appartenir ;
2CX5 L'Exilée,
Car tu m'en as rendu le vague souvenir,
Car en l'apercevant, blonde vierge ingénue,
J'ai frémi, comme si je t'avais reconnue,
Et lorsque mon regard au fond du tien plongea,
J'ai senti que nous nous étions aimés déjà.
Et depuis ce jour-là, saisi de nostalgie,
Mon rêve au firmament toujours se réfugie,
Voulant y découvrir notre pays natal,
Et dès que la nuit monte au ciel oriental,
Je cherche du regard dans la voûte lactée
L'étoile qui par nous fut jadis habitée.