LIVRE III l»)f
Qui ne voit encore à cette heure Tous les infidèles cerveaux , Dont la fortune est la meilleure, Ne chercher que troubles nouveaux , Et ressembler à ces fontaines Dont les conduites souterraines Passent par un plomb si gâté Que toujours ayant quelque tare, Au même temps qu'on les répare , L'eau s'enfuit d'un autre côté?
La paix ne voit rien qui menace De faire renaître nos pleurs ; Tout s'accorde à notre bonace , Les hivers nous donnent des fleurs; Et si les pâles Euménides, Pour réveiller nos parricides, Toutes trois ne sortent d'enfer, Le repos du siècle où nous sommes Va faire à la moitié des hommes Ignorer que c'est que le fer.
Thémis, capitale ennemie Des ennemis de leur devoir, Comme un rocher est affermie En son redoutable pouvoir ; Elle va d'un pas et d'un ordre Où la censure n'a que mordre ,
Et les lois, qui n'exceptent rien De leur glaive et de leur balance, Font tout perdre à la violence Qui veut avoir plus que le sien .
Nos champs même ont leur abondance 1,
Hors de l'outrage des voleurs ;
Les festins, les jeux et la danse
En bannissent toutes douleurs.
Rien n'y gémit, rien n'y soupire;
Chaque Amarille a son Tityie ;
Et , sous l'épaisseur des rameaux ,
11 n'est place où l'ombre soit bonne,
Qui soir et matin ne résonne
Ou de voix , ou de chalumeaux.
Puis quand ces deux grands hyménées, Dont le fatal embrassement Doit aplanir les Pyrénées, Auront leur accomplissement, Devons-nous douter qu'on ne voie, Pour accompagner cette joie , L'encens germer en nos buissons, La myrrhe couler en nos rues,
1. Strophe pleine de grâce, et dont les images molles et naïves contrastent d'une manière aimable et facile avec les peintures fortes qui ont précédé.
Je ne sais si le cinquième vers ne serait pas plus agréable de cette manière ou de quelque autre qui eût le même sens :
C'est d'amour seul qu'on y soupire.
Le vers suivant est délicieux. A. Chenieu.