LIVRE III
Soit qu'étant le soleil dont je suis enflammé Le plus aimable objet qui fut jamais aimé, On ne m'ait pu nier qu'il ne fût adorable,
Soit que d'un oppressé Le droit bien reconnu soit toujours favorable
Les dieux m'ont exaucé.
Naguère (pie j'oyois la tempête souffler, Que je voyois la vague en montagne s'enfler, Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille;
A peu près englouti , Eussé-je oser prétendre à l'heureuse merveille
D'en être garanti ?
Contre mon jugement les orages cessés
Ont des calmes si doux en leur place laissés,
Qu'aujourd'hui ma fortune a l'empire de l'onde ;
Et je vois sur le bord Un ange dont la grâce est la gloire du monde ,
Qui m'assure du port.
Certes c'est lâchement qu'un tas de médisants , Imputant à l'amour qu'il abuse nos ans, De frivoles soupçons nos courages étonnent ;
Tous ceux à qui déplaît L'agréable tourment que ses flammes nous donnent
Ne savent ce qu'il est.
S'il a de l'amertume à son commencement, Pourvu qu'à mon exemple on souffre doucement , Et qu'aux appas du change une ame ne s'envole ,
On se peut assurer Qu'il est maître équitable, et qu'enfin il console
Ceux qu'il a fait pleurer.
EPIGRAMME