LIVRE I
Que faites-vous pour eux, si vous les regrettez? Vous fâchez leur repos, et vous rendez coupables, Ou de n'estimer pas leurs trépas honorables , Ou de porter envie à leurs félicités.
Le soir fut avancé de leurs belles journées • ;
Mais qu'eussent- ils gagné par un siècle d'années ?
Ou que leur avint-il en ce vite départ,
Que laisser promptement une basse demeure,
Qui n'a rien que du mal , pour avoir de bonne heure
Aux plaisirs éternels une éternelle part ?
Si vos yeux pénétrant jusqu'aux choses futures Vous pouvoient enseigner leurs belles aventures , Vous auriez tant de bien en si peu de malheurs , Que vous ne voudriez pas pour l'empire du monde N'avoir eu dans le sein la racine féconde D'où naquit entre nous ce miracle de fleurs.
Mais moi, puisque les lois me défendent l'outrage Qu'entre tant de langueurs me commande la rage ,
i. Le même vers que j'ai nolé p. Il Peut-être à celte source nous <le\ons le vers divin de La Fontaine :
« Rien ne trouble sa fin, c'est le soir d'un beau jour. » Pétrarque a dit en un vers délicieux, par la bouche de Laure :
« E corapi nua giornata inanzi sera. » Et moi, dans une de nies élégies :
« Je meurs : avant le soir j'ai fini ma journée. »
A. CUENMCR.
If. POESIES.
Et qu'il ne faut soi-même éteindre son flambeau; Que m'est -il demeuré pour conseil et pour armes, Que d'écouler ma vie en un fleuve de larmes , Et la chassant de moi l'envoyer au tombeau ?
Je sais bien que ma langue ayant commis l'offense, Mon cœur incontinent en a fait pénitence. Mais quoi ! Si peu de cas ne me rend satisfait Mon regret est si grand, et ma faute si grande, Qu'une mer éternelle à mes yeux je demande Pour pleurer à jamais le péché que j'ai fait.
Pendant que le chétif en ce point se lamente , S'arrache les cbeveux, se bat et se tourmente, En tant d'extrémités cruellement réduit, II chemine toujours; mais rêvant à sa peine, Sans donner à ses pas une règle certaine, Il erre vagabond où le pied le conduit.
A la fin égaré (car la nuit qui le trouble Par les eaux de ses pleurs son ombrage redouble), Soit un cas d'aventure, ou que Dieu l'ait permis , 11 arrive au jardin, où la bouche du traître, Profanant d'un baiser la bouche de son maître, Pour en priver les bons aux méchants l'a remis.
Comme un homme dolent que le glaive contraire ' A privé de son fds et du titre de père,
i. Contraire, pour ennemi. A. Chbnier.