‹ PoésiesChapitre 45 sur 189 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Mais, ô loi rigoureuse à la race des hommes ! C'est un point arrêté, que tout ce que nous sommes, Issus de pères rois et de pères bergers , La Parque également sous la tombe nous serre; Et les mieux établis aux repos de la terre N'y sont qu'hôtes et passagers.

Tout ce que la grandeur a de vains équipages , D'habillements de pourpre et de suite de pages , Quand le terme est échu, n'allonge point nos jours; Il faut aller tout nus où le destin commande ; Et de toutes douleurs la douleur la plus grande, C'est qu'il faut laisser nos amours :

Amours qui, la plupart infidèles et feintes, Font gloire de manquer à nos cendres éteintes , Et qui, plus que l'honneur estimant les plaisirs, Sous le masque trompeur de leurs visages blêmes, Acte digne du foudre ! en nos obsèques mêmes Conçoivent de nouveaux désirs.

Elles savent assez alléguer Artéinise, Disputer du devoir et de la foi promise : Mais tout ce beau langage est de si peu d'effet, Qu'à peine en leur grand nombre une seule se treuve De qui la foi survive, et qui fasse la preuve Que ta Carinice te fait.

Depuis que tu n'es plus, la campagne déserte A dessous deux hivers perdu sa robe verte,

Et deux fois le printemps l'a repeinte de fleurs, Sans que d'aucun discours sa douleur se console , Et que ni la raison ni le temps qui s'envole Puisse faire tarir ses pleurs.

Le silence des nuits, l'horreur des cimetières, De son contentement sont les seules matières ; Tout ce qui plaît déplaît à son triste penser ; Et si tous ses appas sont encore en sa face, C'est que l'Amour y loge , et que rien qu'elle fasse N'est capable de l'en chasser.

Mais quoi! c'est un chef-d'œuvre où tout mérite abonde, Un miracle du ciel, une perle du monde, Un esprit adorable à tous autres esprits ; Et nous sommes ingrats d'une telle aventure, Si nous ne confessons que jamais la nature N'a rien fait de semblable prix.

J'ai vu maintes beautés à la cour adorées, Qui des vœux des amants à l'envi désirées, Aux plus audacieux ôtoient la liberté : Mais de les approcher d'une chose si rare, C'est vouloir que la rose au pavot se compare, Et le nuage à la clarté.

Celle à qui dans mes vers , sous le nom de Nérée ,

J'allois bâtir un temple éternel en durée,

Si sa déloyauté ne l'avoit abattu ,

Lui peut bien ressembler du front ou de la joue :

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