‹ PoésiesChapitre 48 sur 189 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Tu me semblés si grand , et nous si peu de chose ,

Que mon entendement Ne peut s'imaginer quelle amour te dispose A nous favoriser d'un regard seulement.

11 n'est foiblesse égale à nos infirmités;

Nos plus sages discours ne sont que vanités ,

Et nos sens corrompus n'ont goût qu'à des ordures ;

Toutefois, ô bon Dieu, Nous te sommes si chers, qu'entre tes créatures, Si l'ange a le premier, l'homme a le second lieu.

Quelles marques d'honneur se peuvent ajouter A ce comble de gloire où tu l'as fait monter ? Et, pour obtenir mieux, quel souhait peut -il faire,

Lui que, jusqu'au ponant, Depuis où le soleil vient dessus l'hémisphère , Ton absolu pouvoir a fait son lieutenant ?

Sitôt que le besoin excite son désir,

Qu'est-ce qu'en ta largesse il ne trouve à choisir:'

Et, par ton règlement, l'air, la mer et la terre

N'entretiennent-ils pas Une secrète loi de se faire la guerre A qui de plus de mets fournira ses repas ?

Certes je ne puis faire, en ce ravissement, Que rappeler mon ame, et dire bassement : O sagesse éternelle, en merveilles féconde !

Mon Dieu , mon Créateur, Que ta magnificence étonne tout le monde, Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !

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