‹ PoésiesChapitre 85 sur 189 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Je pense être aux enfers et souffrir leurs supplices. Lorsque je m'en sépare une heure seulement !

Au moins si je voyois cette fière beauté , Préparant son départ , cacher sa cruauté Dessous quelque tristesse , ou feinte , ou véritable ; L'espoir, qui volontiers accompagne l'amour, Soulageant ma langueur, la rendroit supportable, Et me consoleroit jusques à son retour.

Mais quel aveuglement me le fait désirer ? Avec quelle raison me puis-je figurer Que cette ame de roche une grâce m'octroie , Et qu'ayant fait dessein de ruiner ma foi, Son humeur se dispose à vouloir que je croie Qu'elle a compassion de s'éloigner de moi ?

Puis, étant son mérite infini comme il est, Dois-je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît, Quelques lois qu'elle fasse et quoi qu'il m'en avienne, Sans faire cette injure à mon affection, D'appeler sa douleur au secours de la mienne, Et chercher mon repos en son affliction?

j\on , non , qu'elle s'en aille à son contentement , Ou dure ou pitoyable, il n'importe comment; Je n'ai point d'autre \œu que ce qu'elle souhaite; Et quand de mes travaux je n'aurois jamais rien , Le sort en est jeté, l'entreprise en est faite, Je ne saurois brûler d'autre feu (pie le sien.

ni poésies.

Je ne ressemble point à ces (bibles esprits Qui, bientôt délivrés comme ils sont bientôt pris, En leur fidélité n'ont rien que du langage; Toute sorte d'objets les touche également. Quant à moi, je dispute avant que je m'engage ; Mais quand je l'ai promis, j'aime éternellement.

SONNET

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