‹ PoésiesChapitre 94 sur 189 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Ne veulent plus que je la voie, Et semble que de rechercher Qu'ils me permettent cette joie, Les invite à me l'empêcher.

O beauté , reine des beautés î Seule de qui les volontés Président à ma destinée, Pourquoi n'est, comme la Toison, Votre conquête abandonnôp A l'effort d'un autre Jason?

Quels feux , quels dragons, quels taureaux , Quelle horreur de monstres nouveaux , Et quelle puissance de charmes, Pourraient empêcher qu'aux enfers Je n'allasse avecque les armes Rompre vos chaînes et vos fers?

N'ai -je pas le cœur aussi haut, Et, pour oser tout ce qu'il faut, Un aussi grand désir de gloire, Que j'avois lorsque je couvri D'exploits d'éternelle mémoire Les plaines d'Arqués et d'Ivry?

Mais quoi ! ces lois, dont la rigueur Retient mes souhaits en langueur, Régnent avec un tel empire , Que si le ciel ne les dissout,

Pour pouvoir ce que je désire, Ce n'est rien que de pouvoir tout.

Je ne veux point, en me flattant, Croire que le Sort inconstant De ces tempêtes me délivre; Quelque espoir qui se puisse offrir , Il faut que je cesse de vivre , Si je veux cesser de souffrir.

Arrière donc ces vains discours, Qu'après les nuits viennent les jours, Et le repos après l'orage.

Autre sorte de reconfort Ne me satisfait le courage Que de me résoudre à la mort.

C'est là que de tout mon tourment Se bornera le sentiment; Ma foi seule, aussi pure et belle Comme le sujet en est beau, Sera ma compagne éternelle, Et me suivra dans le tombeau.

Ainsi , d'une mourante voix , Alcandre, au silence des bois, Témoignoit ses vives atteintes , Et son visage sans couleur Faisoit connoître que ses plaintes Étoient moindres que sa douleur

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