‹ PoésiesChapitre 28 sur 42 · DU CONCOURS DE BLOIS · texte numérisé non relu

DU CONCOURS DE BLOIS

Je meurs de seuf au près de la fontaine,

Chault comme feu, et tremble dent à dent ;

En mon païs suis en terre loingtaine ;

Lez [près d'] ung brasier frissonne tout ardent :

Nu comme ung ver, vestu en président ;

Je riz en pleurs, et attends sans espoir ;

Confort reprens en triste desespoir ;

Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun ;

Puissant je suis sans force et sans povoir ;

Bien recueuUy [accueilli], débouté [chassé] de chascun.

Rien ne m'est seur que la chose incertaine.

Obscur, fors ce qui est tout évident ;

Doubte ne fais, fors en chose certaine ;

Science tiens à soudain accident ;

Je gaigne tout, et demeure perdent ;

Au point du jour, diz : « Dieu vous doint [donne] bon soir ! »

Gisant envers, j'ay grand paour de cheoir ;

J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas ung ;

Eschoicte [échéance] attens, et d'omme ne suis hoir [héritier] ;

Bien recueuUy, débouté de chascun.

De riens n'ay seing, si mectz toute ma paine

D'acquérir biens, et n'y suis prétendent ;

Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine [me tour-

Et qui plus vray, lors plus me va bourdent ; [mente],

Mon amy est, qui me fait entendent

D'ung cigne blanc que c'est ung corbeau noir :

Et qui me nuyst, croy qu'il m'ayde à povoir;

Bourde, verte au jour d'uy m'est tout un ;

Je retiens tout ; rien ne sçay concepvoir ;

Bien recueully, débouté de chascun.

Prince clément, or vous plaise sçavoir

Que j'entens moult, et n'ay sens ne sçavoir :

Parcial suis, à toutes loys commun.

Que fais je plus ? Quoy ? Les gaiges ravoir,

Bien recueully, débouté de chascun.

Page 1