‹ Poésies fugitives de Jacques DelilleChapitre 13 sur 45 · A M»». LA COMTESSE DE B · texte numérisé non relu

A M»». LA COMTESSE DE B

SUR SON JARDIN d'a.**. ( I774« )

JTai parcouru ce jardin enchanté , Modeste en sa richesse, et simple en sa beauté.

Qu'on vante ces jardins tristement magnifiques ,

Où Tart, de ses mains symétriques , Mutile avec le fer les tendres arbrisseaux , Où des berceaux pareils répondent aux berceaux^ Où le sable jaunit les terres nivelées , Où l'ennuyeux cordeau dirigea les allées^ Où l'œil devine tout, et prompt à tout saisir.

D'un seul regard dévore son plaisir.

Oh ! que j'aime bien mieux l'énergique franchise Et la variété de ces libres jardins,

Où le dédale des chemins M'égare doucement de surprise en surprise.

Ces bouquets d'arbres verts négligemment épars , Et cet heureux désordre, et ces savants hasards!

En contemplant cette heureuse imposture , Ces naïves beautés dont Plutus est jaloux , J'ai dit de vos jardins ce que Ton dit de vous :

C^est l'art conduit par la nature.

Cet asile délicieux.

Peuplé de bois , tapissé de prairies , Inspire, dites- vous, de doctes rêveries; Mais celle qui l'habite inspire beaucoup mieux; Et , .malgré les attraits de ces simples retraites ,

Ce n'est pas la beauté des lieux Qui fait rêver dans les lieux où vous êtes.

i(S8 POÉSIES

VERS

Adressés à M°^®. Lebrun^ dans un moment où, V Auteur sentait sa vue affaiblie. ( I784- )

Quand de Milton y au bout de sa carrière ^ Les yeux furent prives de la douce lumière ^ Il s'écriait: « O regrets superflus l » C'en est donc &it? je ne les verrai plus ^ » Ce beau soleil^ ces fleurs^ cette verdure!

» Et pour moi la nature est voilée à jamais ! » Moi j je dis : « De Lebrun je ne vois plus les traits j » Ces traits que pour modèle eût choisis la peinture! » De sa touche élégante et pure » Je ne puis plus admirer les secrets :

» Adorable Lebrun! ce sont là mes regrets^ » Et c'est encor regretter la nature. »

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