‹ Poésies fugitives de Jacques DelilleChapitre 18 sur 45 · LA ROSE ET L'ÉTOURNEAU · texte numérisé non relu

LA ROSE ET L'ÉTOURNEAU

Fable allégorique' à madame la P. d*ff.. , sur ce que V Auteur était le seul qui lui fut resté attaché après sa petite-vérole.

L'aimable fille du Printemps ,

La Rose , à qui tout rend hommage ,

(i) Ces yers sont traduits des vers latins de Milton.

Vit au nombre de ses amants

Un Étourneaa du voisinage :

Sans regret il avait quitté

De ses frères la troupe errante ,

Pour ranger son ame inconstante

Sous l'empire de la beauté. '

Perché sur un buisson d'épine ,

Où la Rose tenait sa cour,

n ne cessait à sa voisine

De jurer un fidèle amour.

« Mille autres amants , lui dit-elle,

I) Chaque jour m'en jurent autant ;

» Mais , si je cessais d'être belle ,

» Aucun d'eux ne serait constant.

» — Ah ! dit l'oiseau , vous verriez naître

» En moi des feux toujours nouveaux ;

» J'ose en prendre à témoin le maître

» Dés Roses et des Étourneaux. »

Le petit dieu , dans sa volée,

Entendit £ûre ce serment :

Il retint son souffle un montent •

Et la nature fut glacée.

La Rose en perdit ses appas }

Son éclat, sa fraîcheur passèrent ,

Zéphyrs, Papillons- délogèrent;

L'Étourneau ne délogea pas.

« Calmez, lui dit-U, vos alarmes;

» Si mon cœur suffit à vos vœux,

».I1 vous reste bien plus de charmes

» Qu'il n'en &ut pour me rendre heureux. »

i8o POÉSIES

Sans faire une épreuve nouvelle y L'Amour, étonné du succès, A la fleur rendit ses attraits , Et l'oiseau seul fut aimé d*elle.

De la Rose facilement On devine la ressemblance :

C'est moi qui suis l'oiseau constant y Mais je n'ai pas sa récompense !

VERS

Page 1