LA ROSE ET L'ÉTOURNEAU
Fable allégorique' à madame la P. d*ff.. , sur ce que V Auteur était le seul qui lui fut resté attaché après sa petite-vérole.
L'aimable fille du Printemps ,
La Rose , à qui tout rend hommage ,
(i) Ces yers sont traduits des vers latins de Milton.
Vit au nombre de ses amants
Un Étourneaa du voisinage :
Sans regret il avait quitté
De ses frères la troupe errante ,
Pour ranger son ame inconstante
Sous l'empire de la beauté. '
Perché sur un buisson d'épine ,
Où la Rose tenait sa cour,
n ne cessait à sa voisine
De jurer un fidèle amour.
« Mille autres amants , lui dit-elle,
I) Chaque jour m'en jurent autant ;
» Mais , si je cessais d'être belle ,
» Aucun d'eux ne serait constant.
» — Ah ! dit l'oiseau , vous verriez naître
» En moi des feux toujours nouveaux ;
» J'ose en prendre à témoin le maître
» Dés Roses et des Étourneaux. »
Le petit dieu , dans sa volée,
Entendit £ûre ce serment :
Il retint son souffle un montent •
Et la nature fut glacée.
La Rose en perdit ses appas }
Son éclat, sa fraîcheur passèrent ,
Zéphyrs, Papillons- délogèrent;
L'Étourneau ne délogea pas.
« Calmez, lui dit-U, vos alarmes;
» Si mon cœur suffit à vos vœux,
».I1 vous reste bien plus de charmes
» Qu'il n'en &ut pour me rendre heureux. »
i8o POÉSIES
Sans faire une épreuve nouvelle y L'Amour, étonné du succès, A la fleur rendit ses attraits , Et l'oiseau seul fut aimé d*elle.
De la Rose facilement On devine la ressemblance :
C'est moi qui suis l'oiseau constant y Mais je n'ai pas sa récompense !
VERS