‹ Poésies fugitives de Jacques DelilleChapitre 26 sur 45 · A M. LE MARQUIS D'ÉTAMPES · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS D'ÉTAMPES

Qui annonçait a l'Auteur la nouvelle d'uk

accouchement.

Un grand papa^ d'un style triomphant^ M'écrit qu'un très aimable enfant Vient de naître dans sa famille : Est-ce un garçon , est-ce une fille ?

Je n'en sais rien ; mais cette tendre fleur

Ne déparera point celles qui sont écloses ;

De sa tige natale elle sera l'honneur:

C'est un bouton de plus dans un bouquet de roses.

AU mêmî:,

QUI m'avait ENVOYB^DES VERS.

Les Grecs y en courtois chevaliers ^ Dans leurs combats y s'il en faut croire Ce qu'ont dit la fable et l'histoire, Changeaient entr'eux de boucliers;

Ainsi de vers ^ d'estime et de louange ^ Jios Muses à Tenvi font un heureux échange :

Me défendre est bien noble , et vous louer bien doux.

Mais quelle distance entre nous!

Contre la censure rigide, Lorsqu'on rivaux unis nous élevons la voix, Mon suffrage pour vous n'est qu'un faible pavois ,

Et votre éloge est mon égide; De votre jugement je tire vanité ; Oui, puisque je vous plais, je dois blesser l'envie, Et si Virgile est sûr de l'immortalité.

Tous deux vous m'assurez quelques instants de vie. Vous êtes mes garants; car, enfin, c'est beaucoup

D'être inspiré par le génie ,

Et d'être guidé par le goût.

VERS

Envoyés a M. DELILLE.

L'Imagination est l'ouvrage d'un ange ; Ce poëme a le feu, la grâce et la beauté , Qui tous les trois en font une lettre-de-change Que vous tirez sur l'immortalité.

d'Étampes.

RÉPONSE

Je ne puis encor supputer De quoi l'âge futur me sera redevable.

Quand le temps viendra d'escompter j Mais envers vous je demeure insolvable.

VERS

Pour le Portrait de M. et M"**. d'Étàmpes.

Plus d'un sot qui revit dans de sottes estampes, Bientôt dans mes cartons est remis à l'écart ; Mais je bénis l'artiste et l'art Dont le burin mit en regard Ce couple révéré sous le nom de d'Étampes ; £t lorsqu'il se présente à mon œil enchanté , Je dis : « C'est le bonheur regardant la bonté. »

VERS

A l'âutetjr des Amours épiques.

Chantre aimable, sur plus d'un ton. Sous vos habiles doigts votre lyre résonne; Virgile , Homère , et le Tasse , et Milton , De leurs lauriers détachent un feston

Pour composer votre couronne.

Autrefois du brave Memnon ,

Fabuleux enfant de l'Aurore,

Le simulacre harmonieux ,

Au gré de l'astre radieux

Par qui le monde se colore.

Rendait un son mélodieux; Vous, par un art plus merveilleux encore, De six chantres divins, astres brillants des. arts.

Poètes de Roland^ d'Achille et des Césars,

Dont le Pinde moderne , et le vieux temps s'honore ,

Vous rassemblez tous les rayons épars ^ Et répétez les chants de leur lyre sonore.

Poursuivez y heureux Grandmaison, Vers la célébrité courez d'un vol agile.

Je m'en souviens y dans ma jeune saison^ Des amis indulgents, du surnom de Virgile,, Sur la trompeuse foi de la terminaison, Grâce à la consonnance , honorèrent DeUUe , Et j'étais fier alors de la comparaison.

Le charme est dissipé, ce sobriquet sublime^

Je vous le rends; je le dus à la rime,.

Vous le devez à la raison»

A M. LE Comte BELOZOSRY.

Est-il bien vrai qu'au séjour des hivers De si brillantes fleurs sous vos mains sont éclbses? L'esprit fait les climats, l'esprit dicta vos vers ,

Dans nos jardins vous répandez des roses.

Brillant comme l'été , doux comme le printemps ^

Des chevaliers vous vantez le courage^ Vous chantez la beauté , les exploits éclatants ,

Et, sage historien du temps , Vous mesui^ez sa course et bravez son outrage..

A M. DANLOUX, Peintre.

Grâces à ces couleurs dont Zeuxis eut fait choix^ Mon aimable Antigone existe donc deux fois; Dans un même tableau vit notre double image.

Reçois donc notre double bommage ^ Hardi , correct y sage et briQant Danloux^ Qui sans rivaux^ mais non pas sans jaloux, De tous les goûts as conquis le suffrage.

Ainsi Tastre dont les rayons

Dirigent tes crayons j Quand il a percé le nuage , Par ^^^ vives splendeurs plaît à tous les climats \ Du Maure est adoré sur son brûlant rivage, Dore les sommets de l'Atlas , Du froid Caucase empourpre les frimas, Pénètre dans la terre , étincèle sur Tonde, Est l'ame , le foyer et le peintre du monde.

A cet art enchanteur qu'honore ton pinceau.

Et qu'enrichit encor ce chef-d'œuvre nouveau, Mal à propos je servis de modèle.

Je le sais bien ; mais si j'en croi Mes sentiments pour toi.

J'en puis servir à l'amitié fidèle.

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