A M. LE MARQUIS D'ÉTAMPES
Qui annonçait a l'Auteur la nouvelle d'uk
accouchement.
Un grand papa^ d'un style triomphant^ M'écrit qu'un très aimable enfant Vient de naître dans sa famille : Est-ce un garçon , est-ce une fille ?
Je n'en sais rien ; mais cette tendre fleur
Ne déparera point celles qui sont écloses ;
De sa tige natale elle sera l'honneur:
C'est un bouton de plus dans un bouquet de roses.
AU mêmî:,
QUI m'avait ENVOYB^DES VERS.
Les Grecs y en courtois chevaliers ^ Dans leurs combats y s'il en faut croire Ce qu'ont dit la fable et l'histoire, Changeaient entr'eux de boucliers;
Ainsi de vers ^ d'estime et de louange ^ Jios Muses à Tenvi font un heureux échange :
Me défendre est bien noble , et vous louer bien doux.
Mais quelle distance entre nous!
Contre la censure rigide, Lorsqu'on rivaux unis nous élevons la voix, Mon suffrage pour vous n'est qu'un faible pavois ,
Et votre éloge est mon égide; De votre jugement je tire vanité ; Oui, puisque je vous plais, je dois blesser l'envie, Et si Virgile est sûr de l'immortalité.
Tous deux vous m'assurez quelques instants de vie. Vous êtes mes garants; car, enfin, c'est beaucoup
D'être inspiré par le génie ,
Et d'être guidé par le goût.
VERS
Envoyés a M. DELILLE.
L'Imagination est l'ouvrage d'un ange ; Ce poëme a le feu, la grâce et la beauté , Qui tous les trois en font une lettre-de-change Que vous tirez sur l'immortalité.
d'Étampes.
RÉPONSE
Je ne puis encor supputer De quoi l'âge futur me sera redevable.
Quand le temps viendra d'escompter j Mais envers vous je demeure insolvable.
VERS
Pour le Portrait de M. et M"**. d'Étàmpes.
Plus d'un sot qui revit dans de sottes estampes, Bientôt dans mes cartons est remis à l'écart ; Mais je bénis l'artiste et l'art Dont le burin mit en regard Ce couple révéré sous le nom de d'Étampes ; £t lorsqu'il se présente à mon œil enchanté , Je dis : « C'est le bonheur regardant la bonté. »
VERS
A l'âutetjr des Amours épiques.
Chantre aimable, sur plus d'un ton. Sous vos habiles doigts votre lyre résonne; Virgile , Homère , et le Tasse , et Milton , De leurs lauriers détachent un feston
Pour composer votre couronne.
Autrefois du brave Memnon ,
Fabuleux enfant de l'Aurore,
Le simulacre harmonieux ,
Au gré de l'astre radieux
Par qui le monde se colore.
Rendait un son mélodieux; Vous, par un art plus merveilleux encore, De six chantres divins, astres brillants des. arts.
Poètes de Roland^ d'Achille et des Césars,
Dont le Pinde moderne , et le vieux temps s'honore ,
Vous rassemblez tous les rayons épars ^ Et répétez les chants de leur lyre sonore.
Poursuivez y heureux Grandmaison, Vers la célébrité courez d'un vol agile.
Je m'en souviens y dans ma jeune saison^ Des amis indulgents, du surnom de Virgile,, Sur la trompeuse foi de la terminaison, Grâce à la consonnance , honorèrent DeUUe , Et j'étais fier alors de la comparaison.
Le charme est dissipé, ce sobriquet sublime^
Je vous le rends; je le dus à la rime,.
Vous le devez à la raison»
A M. LE Comte BELOZOSRY.
Est-il bien vrai qu'au séjour des hivers De si brillantes fleurs sous vos mains sont éclbses? L'esprit fait les climats, l'esprit dicta vos vers ,
Dans nos jardins vous répandez des roses.
Brillant comme l'été , doux comme le printemps ^
Des chevaliers vous vantez le courage^ Vous chantez la beauté , les exploits éclatants ,
Et, sage historien du temps , Vous mesui^ez sa course et bravez son outrage..
A M. DANLOUX, Peintre.
Grâces à ces couleurs dont Zeuxis eut fait choix^ Mon aimable Antigone existe donc deux fois; Dans un même tableau vit notre double image.
Reçois donc notre double bommage ^ Hardi , correct y sage et briQant Danloux^ Qui sans rivaux^ mais non pas sans jaloux, De tous les goûts as conquis le suffrage.
Ainsi Tastre dont les rayons
Dirigent tes crayons j Quand il a percé le nuage , Par ^^^ vives splendeurs plaît à tous les climats \ Du Maure est adoré sur son brûlant rivage, Dore les sommets de l'Atlas , Du froid Caucase empourpre les frimas, Pénètre dans la terre , étincèle sur Tonde, Est l'ame , le foyer et le peintre du monde.
A cet art enchanteur qu'honore ton pinceau.
Et qu'enrichit encor ce chef-d'œuvre nouveau, Mal à propos je servis de modèle.
Je le sais bien ; mais si j'en croi Mes sentiments pour toi.
J'en puis servir à l'amitié fidèle.