DE LA PREMIERE EDITION
e jeune homme — j'allais dire l'enfant — qui a écrit ces vers, avait à peine dixneuf ans quand la mort vint l'arracher à l'affection de tous ceux qui l'entouraient, à l'avenir qui s'ouvrait devant lui, à tout ce que la vie enfin peut donner et promettre. Né à Paris le 24 août 18^7, mort en quelques jours, à Paris, d'une fièvre cérébrale, le 2 décembre 1 876, Henri-
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Charles Rcad était français avec un nom étranger, et aussi français d'âme et d'esprit qu'on peut l'être, — je dirais aussi parisien, si le mot dans ces derniers temps n'avait été flétri de telle manière qu'il me répugne presque de l'employer. C'est dans Paris et de Paris que ce jeune esprit a vécu, c'est à ce mobile et vivant spectacle qui développe et affine de bonne heure les intelligences que la sienne s'était formée, sans s'étioler pourtant, ce qui est le danger de cette grande serre chaude. Mais, contre ce danger, Henri-Charles Read avait deux préservatifs : d'abord une certaine netteté d'esprit presque scientifique dans sa précision, qui lui venait peut-être de son grandpère, l'éminent géologue Cordier, — et puis surtout la grande honnêteté de la vie de famille. Rien n'était charmant et touchant comme de voir ce grand et beau jeune homme passant sa vie dans la paix profonde de cet intérieur dont il faisait la
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joie, reste entant auprès de sa mère et de sa sœur, confidentes de ses moindres pensées, et partageant avec elles toutes ses admirations, toutes ses émotions de jeune poète.
C'est là, dans ce milieu d'intime et tendre affection qu'il composa ses premiers vers. Un jour il vint me les dire, et je fus bien profondément touché de cette marque de confiance et d'amitié dont le souvenir m'a engagé à écrire ces quelques lignes. Je le vois encore m'apportant son manuscrit, le déroulant avec un certain embarras et débutant d'une voix un peu hésitante d'abord, puis s'animant, s'échauffant bientôt à sa lecture même, à ce souffle idéal qu'il avait mis et sentait vibrer dans ses vers. Cette lecture et ces poésies me frappèrent vivement : ce n'était point là le cahier banal de chaque élève de rhétorique. Il y avait dans ces premiers essais une originalité de la pensée, une délicatesse du sentiment, un souci delà forme